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The Beach Bum : Un loser au Soleil

Après le succès du sulfureux Spring Breakers (2012), Harmony Korine est de retour avec The Beach Bum, une ode à l’hédonisme privée de sortie en salles qui se retrouve directement sur OCS deux ans après son tournage.

Il serait réducteur d’affirmer que son cinéma n’est pas ma came, mais Harmony Korine semble le plus souvent parler à un public dont je ne fais pas partie. J’ai ceci dit aimé sa plume dans Kids (1995) de Larry Clarke et son premier saut derrière la caméra aux commandes du white trash Gummo (1997). Le réalisateur terrible du cinéma indépendant américain a cependant piqué ma curiosité lorsqu’a été évoqué le tournage de The Beach Bum, comédie sous acides avec un McConaughey en poète aussi hédoniste que rebelle en tête d’affiche. Un loser des plages magnifié, hybride 2.0 entre « The Dude » Lebowski et Hunter S. Thompson sous le soleil de Miami ? Pourquoi pas se jeter à l’eau avec lui. 

Harmony Korine nous conte ici les péripéties de Moondog (Matthew McConaughey), un homme à l’esprit rebelle qui n’obéit à aucune règle sinon les siennes. Boosté aux drogues et au sexe, ce poète de renom est persuadé de s’être constitué un butin lui permettant d’être peinard à vie. Mais lorsque l’argent se volatilise, il n’a pas d’autre choix que de se mettre à écrire un nouveau bestseller pour renflouer les caisses. Après vingt minutes de fumette et de bière à gogo en  passant par l’adoption impromptue d’un chat blanc abandonné, Moondog apparaît comme un glandeur attendrissant en vacances perpétuelles qui se laisse porter au gré du vent et des rencontres. Adulé par le plus grand nombre, Moondog vit sa meilleure vie sans se préoccuper du lendemain. Nous suivons son vagabondage avec entrain au départ, puis les rencontres s’enchaînent et nous comprenons alors que The Beach Bum ne s’est en réalité pas embarrassé d’un scénario. A l’image de son protagoniste, le film nous balade sans savoir si cela le/nous mènera quelque part.

Dénué d’intrigue, The Beach Bum illustre une nouvelle fois le penchant de Korine pour l’univers du bling-bling, des personnages fêlés, des baraques XXL, des strings XXS et des yachts à perte de vue. Les acteurs sont en roue libre (quoique bons dans leurs rôles) et la vulgarité ostentatoire. Pour autant, il est difficile de retirer au cinéaste cette façon improbable et décomplexée de parvenir à insuffler de la grâce dans des personnages dénués de dignité et de délicatesse. Cette virtuosité immature de branleur serait-elle le point commun entre Moondog et Korine ? Qui sait. Et si nous pouffons une (toute) petite poignée de fois devant la galerie de protagonistes too much et souvent clichés qui croisent la route de Moondog, cette célébration de l’hédonisme dans un monde aliéné perd tout son charme par son manque d’enjeux et son lot de personnages secondaires creux. Entre les paires de seins, les spliffs et la vacuité narrative, The Beach Bum dégage tout de même par moment une certaine mélancolie. Par exemple dans la scène nocturne de danse entre Moondog et sa femme campée par Isla Fisher, éclairée par la lumière léchée de Benoît Debie, ou encore dans la bande originale détonante du film. Face à ce stoner movie en demi-teinte, l’expérience aurait été décuplée si ce vieux loup de mer prêt à vivre comme il l’entend avait été à la hauteur de ses ancêtres réels ou fictifs, qu’il s’agisse de Jack Kerouac, Hunter S. Thompson, « The Dude » (The Big Lebowski) ou encore Skip Engblom (Les Seigneurs de Dogtown). Harmony Korine, cinéaste paresseux ou audacieux ? Je n’ai à ce jour pas encore tranché.

Réalisé par Harmony Korine. Avec Matthew McConaughey, Isla Fisher, Snoop Dogg, Zac Efron… États-Unis. 01h35. Genre : Comédie. En exclusivité sur OCS le 22 Août 2021.

Crédits Photo : © Constantin Film Verleih GmbH

Touche-à-tout, Camille écrit et réalise des courts métrages, et officie en tant que directrice de casting sur de nombreux projets. Elle est également la rédactrice en chef des Écrans Terribles depuis mai 2021. Sur son temps libre, elle photographie compulsivement tout ce qui l’entoure, et voue un culte inexplicable aux ratons laveurs, aux bandes originales mélancoliques et au grand écran, entres autres.

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