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Voyage Of Time : The IMAX Experience

Nous ne l’attendions plus. Présenté à la Mostra de Venise en 2016 puis lors d’une poignée de séances uniques en salles en 2017, Voyage Of Time était depuis totalement sorti des esprits. Notre rédactrice Camille Griner revient sur la version raccourcie de ce documentaire oublié, découverte de son canapé et désormais disponible sur Mubi.

Je n’ai pas eu la chance de découvrir la version longue de Voyage Of Time lors de l’une de ses projections uniques en 2017. Un projet signé Terrence Malick et narré par Cate Blanchett dont le développement s’est étendu sur plusieurs décennies et qui a sur le papier tout d’une épopée sensorielle titanesque aux confins du temps. Un documentaire qui en a hypé plus d’un à l’époque, malgré un réalisateur qui semble depuis plusieurs années trop embarqué dans un trip spirituel intérieur et a fini par perdre une fraction de son public. Je n’avais jamais eu non plus l’occasion de visionner sa version raccourcie, rythmée par la voix de Brad Pitt, avant aujourd’hui. C’est maintenant chose faite, et après quarante-quatre minutes posée devant mon modeste téléviseur, le casque vissé sur les oreilles : Que retenir de ce projet à la distribution étonnante et au bouche-à-oreille quasi inexistant ?

Pour tous ceux qui n’auraient pas accroché à The Tree Of Life (2011), premier véritable essai expérimental de Malick, Voyage Of Time ne vous transcendera pas. Le documentaire aurait d’ailleurs pu s’appeler The Tree Of Life Volume 2 tant il est sur la forme et le fond dans la continuité de la Palme d’Or élégiaque et cosmogonique du cinéaste américain. On retrouve ici tout ce qui rend atypique le cinéma de Malick. Notamment son perfectionnisme calculé au millimètre près. Pas de protagoniste à qui s’accrocher ici, si ce n’est une petite fille que l’on aperçoit à la volée au début et à la fin de Voyage Of Time, incarnation presque fantomatique de la jeunesse et du futur de notre monde. Dans le court métrage, c’est plutôt à la voix off de Brad Pitt que nous nous cramponnons, à nouveau dans une « narration décentrée » (dixit Michel Chion), l’une des nombreuses autres marques de fabrique de Terrence Malick. Tandis que Brad Pitt scande ce qui s’apparente à un poème construit comme une ode au temps et au monde, des images du Big Bang, de l’arrivée des premières créatures marines, des dinosaures, des singes puis des hommes défilent sous nos pupilles ébahies. Car il faut bien l’admettre, Terrence Malick nous en met visuellement plein les yeux (comme souvent) : des animaux préhistoriques en CGI aux paysages désertiques et cosmiques, le dépaysement est effectivement au rendez-vous. Une célébration visuelle de la nature et du monde à laquelle le cinéaste nous a depuis longtemps initiée et qui pourtant, une nouvelle fois, manque cruellement de narration, qui apparaît ici creuse et répétitive.

Le court métrage interroge des thématiques aussi vastes que la science et l’esprit, la naissance et la mort, la création et la destruction, l’immensité du cosmos et les microcosmes terrestres. Et malgré la beauté de ses plans, Voyage Of Time souffre quelque peu de sa voix off austère et abstraite, qui donne une dimension institutionnelle à vertus éducatives au film. Ce qui n’est pas un mal en soi, mais manque d’humanité, de chaleur et presque de cinéma, ce qui peut expliquer le faible bouche-à-oreille qui a suivi les projections. Voyage Of Time est finalement un bon court métrage à visionner avant de s’endormir, puisqu’il reste un projet contemplatif sur l’écoulement inéluctable du temps qui a l’ambition et le mérite de nous faire voyager aux confins de la terre et de l’univers en moins d’une heure. Que l’on s’endorme devant ou que l’on divague à nos propres réflexions existentielles ensuite dépendra de chacun.

Réalisé par Terrence Malick. Avec Brad Pitt. États-Unis. 44 minutes. Genre : Documentaire. Sur Mubi le 17 Décembre 2021.

Crédits Photo : © D. R.

Camille écrit et réalise des courts métrages, et officie en tant que directrice de casting sur de nombreux projets. Passée par les rédactions de Studio Ciné Live, Clap! Mag & Boum! Bang!, elle est rédactrice chez Les Écrans Terribles depuis 2018.

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