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CUNNINGHAM : Silence et actions

Merce Cunningham est l’un des chorégraphes les plus avant-gardistes de sa génération quand il commence à danser avec sa troupe dans les années 40. Alla Kovgan retrace le parcours d’une figure artistique passionnante de 1942 à 1975, avec ce documentaire pour lequel il faudra enfiler des lunettes 3D.

180, c’est le nombre de chorégraphies créées par le prolifique Merce Cunningham tout au long de sa carrière. Adepte du hasard, il jetait des pièces pour décider de certains éléments comme de la mobilité ou du caractère statique de ses danseurs, ou d’un cadre intérieur ou extérieur propice pour danser. Ses chorégraphies, totalement silencieuses, étaient dissociées de la composition musicale, celle-ci étant ensuite apposée au spectacle. Son partenaire, à la scène comme à la ville, fut le compositeur novateur John Cage, connu pour sa musique expérimentale et minimaliste. Pour trouver le bon rythme, Cunningham chronométrait ses danseurs, une pratique qui choqua beaucoup la profession. 

Avec Cunningham, la réalisatrice russe Alla Kovgan réalise un documentaire à l’image de la carrière foisonnante du chorégraphe. Pour y parvenir, elle mêle des images d’archives à des séquences de danse filmées dans des décors naturels, laissant un véritable espace à ce qui constitue l’objet de ce documentaire, la danse. Les corps évoluent avec grâce dans une forêt ou sur la passerelle d’un aéroport. On pense alors au Pina de Wim Wenders, qui filmait les danseurs de troupe de la mythique chorégraphe dans le métro ou au bord d’une grande route, insufflant beauté et poésie aux lieux du quotidien. Mais les envolées spectaculaires des chorégraphies de Cunningham ne sont pas très raccord avec les passages plus biographiques du documentaire. Une voix-off se superpose à des incrustations d’écrans dans l’écran ou des effets cartes postales qui manquent d’élégance et de sobriété sont insérés à plusieurs reprises. 

SecondHand © Martin Miseré

La palette du peintre

La 3D suscite des interrogations dans Cunningham. Apporte-t-elle vraiment une plus-value immersive à ce documentaire ? Après avoir été éblouis par la captation en réalité virtuelle du ballet hypnotique de la chorégraphe israëlienne Sharon Eyal Half Life, il était permis de penser qu’un outil comme la 3D apporterait son lot de surprises. Wenders avait lui aussi eu recours à la 3D pour Pina. Le spectaculaire et la matérialité des lieux sont plus palpables au cours de quelques séquences, mais dans l’ensemble les lunettes 3D sont un gadget qui fatigue et trouble la lisibilité, la pureté de la danse. Une danse qui a su créer un corps élastique, grâce à une combinaison de mouvements classiques pour les jambes et modernes pour le torse.

Summerspace- © Mko Malkshasyan

Les danseurs sont de véritables outils au service de l’expression. L’une des danseuses compare d’ailleurs Cunningham à un peintre et les danseurs à ses couleurs. Elle avoue ne pas toujours comprendre le choix des couleurs pour chaque chorégraphie. La palette est complète avec les tenues unies arborées par les danseurs dans des cadres épurés, ou imprimés, comme dans le célèbre spectacle “Summerspace”. 

Artiste souvent incompris, Merce Cunningham s’est consacré au perfectionnement de ses méthodes chorégraphiques et a finalement été salué internationalement. Ce documentaire est une belle façon de lui rendre hommage, une initiation visuelle, technique et poétique à une petite révolution artistique.

Cunningham. Un documentaire d’Alla Kovgan. Allemagne, France, Etats-Unis. 1h33. Distributeur : Sophie Dulac Distribution. Sortie le 1er janvier 2020.

AGENDA : Pour découvrir le travail de Merce Cunningham avec le spectacle RainForest / Cela nous concerne tous (This concerns all of us) :
MC93– Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis – 28 au 30 Novembre, Théâtre du Beauvaisis Scène nationale – 3 et 4 Décembre, Théâtre Paul Eluard à Bezons – 12 Décembre, Maison de la musique de Nanterre, scène conventionnée – 15 Décembre
Plus d’infos : Festival d’automne à Paris

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