Doctor Who by Les Ecrans Terribles
Séries

Le retour de Doctor Who devrait faire taire les rageux

Après soixante-cinq ans d’existence, Doctor Who passait cette semaine un cap légendaire, en faisant interpréter pour la toute première fois le fameux Doctor aux multiples visages par une femme. Diffusé ce jeudi soir sur France 4, décidément au taquet pour proposer cette nouvelle saison événement, l’épisode d’intronisation de Jodie Whittaker devrait calmer bien des inquiétudes.

Soixante-cinq ans d’existence à l’antenne, un millier d’années à voyager dans le temps et l’espace, des centaines de créatures en tous genres rencontrées au quatre coins des galaxies, quatorze incarnations différentes, et UN tollé apparu en 2017 : le Docteur allait changer de genre. Parce que même en pleine science-fiction où tout est possible et accepté, régénération des corps incluse, une chose devait rester immuable. Le. Docteur. Est. Un. Homme. Bordel ! Lorsque Jodie Whittaker a été annoncée dans le rôle en juillet de l’année dernière, une partie de la fanbase a crié au scandale et ne s’en est jamais remise, gageant que la série se tirait une balle dans le pied tout en se prostituant auprès du politiquement correct. Un argument dont on a encore du mal à saisir la logique, tant un geste aussi couillu ne pouvait que diviser les aficionados… et donc l’audimat potentiel. La prédiction des trolls d’internet s’est d’ailleurs révélée bien foireuse, l’épisode de dimanche ayant fait péter les compteurs de la BBC One (8.2 Millions de spectateurs, contre 7.7 millions pour l’intronisation de Matt Smith en 2010 et 6.8 pour celle Capaldi en 2014)

Doctor Who by Les Ecrans Terribles
Jodie Whittaker for the win ! © BBC

Pour nous, l’arrivée de Whittaker, couplée à celle d’un nouveau showrunner, était le signe d’un renouveau pour la série. Ces dernières années, Steven Moffat, sa tête pensante depuis la saison 5, a fait du surplace, noyant la série et le Docteur de Peter Capaldi dans des intrigues peu inspirées et peu ambitieuses. The Woman Who Fell to Earth, premier épisode de cette onzième saison, confirme ce que l’on suspectait. Whittaker et Chris Chibnall, intronisé grand manitou de la série après le départ de Moffat, insufflent une vitalité nouvelle à une série qui se reposait un peu trop sur ses lauriers. Aux abords de Sheffield, dans le nord de l’Angleterre, une créature électrique attaque un train, tandis qu’un alien aux allures de Predator démarre une chasse à l’homme en ville. Quatre individus se retrouvent au milieu des événements, bientôt rejoints par une Docteur à la mémoire vacillante, mais bien déterminée à sauver tout le monde. Un pitch tout à fait classique pour Doctor Who, mais comme le clamait X-Files en son temps, la vérité (de Chibnall) est ailleurs.

“Why are you calling me Madam ?”

S’il a écrit plusieurs épisodes de Doctor Who (et de son spin-off Torchwood) les années passées, c’est grâce à une série bien moins spatiale que Chibnall s’est fait connaître : Broadchurch, une petite pépite en trois saisons entre enquête policière et portrait d’une communauté près de la mer. Une série où se côtoyaient David Tennant, l’un des Docteurs les plus appréciés de l’histoire du programme, et une certaine Jodie Whittaker… Si The Woman Who Fell to Earth semble aussi fluide, aussi naturel, ce n’est donc pas un hasard : la série est entre les mains de la bonne personne. Et la grande force de l’épisode réside dans l’habileté du showrunner à mettre en place à une rapidité fascinante un groupe de protagonistes attachants (là où la série se contentait d’un tandem Docteur-Compagne depuis 2005). Les héros de l’épisode sont au nombre de cinq et possèdent tous leurs compétences, leur réseau, leurs failles. À travers eux, c’est la bourgade de Broadchurch qui nous revient en tête. En soixante-cinq minutes chrono, Chibnall parvient à influer une dynamique de groupe inédite dans la série, qui laisse présager le meilleur pour les neuf épisodes à venir.

Doctor Who by Les Ecrans Terribles
La nouvelle Docteur et sa troupe. Non, son équipe. Son gang. Sa famille ? © BBC

Avec The Woman Who Fell to Earth (on notera en passant le petit clin d’oeil au film de Bowie), Chibnall témoigne d’une envie palpable d’éloigner Doctor Who des effets spéciaux et fonds verts kitschouilles qui ont fait son charme pour une esthétique plus pro. Rarement a-t-on vu une aussi belle image dans la série, même si l’ère Moffat a su imprégner nos rétines de très beaux plans qu’on est pas près d’oublier. Sobre, léchée, la photographie de l’épisode impressionne, et met aisément en valeur le Docteur de Whittaker, dont la loufoquerie n’en est que plus marquante. Vivace, énergique et sacrément débrouillarde – qu’elle manie parfaitement les métaux et la soudure dans une ville aussi marquée par la sidérurgie que Sheffield coule de source -, cette nouvelle incarnation du légendaire voyageur rappelle d’ailleurs le style lumineux et optimiste de Matt Smith. Et ce n’est sans doute pas un hasard si, comme son prédécesseur dans The Eleventh Hour, sa Docteur finit par assumer son identité et tenir tête à l’ennemi en prenant de la hauteur. Toît d’hôpital ou grue de chantier, même combat : on s’élève et on envoie chier !

Voilà donc de quoi nous rassurer : Doctor Who est loin d’être morte et enterrée ! Même si l’on regrette un peu la dimension épique et bien plus adulte qu’a su insuffler Moffat au programme durant l’ère Matt Smith… Ce sont désormais des épisodes stand alone qui s’annoncent, à savoir des histoires bouclées sans grand fil rouge. On regrettera la complexité d’antan, tout en reconnaissant à la série cette volonté de chercher une nouvelle manière de raconter ses histoires, de dédramatiser en une simple réplique le bouleversement de genre qui perturbe tant de fans, et d’offrir une importance prépondérante aux oubliés de la télévision. Que ce soit en terme de diversité ethnique, d’orientation sexuelle ou de handicap. Car ce qui rend la série aussi belle, c’est qu’elle est suivie par des millions d’enfants. Des enfants qui verront sur écran des personnages qui leur ressemblent sauver le monde. À l’image de la militaire sourde en saison 9, ou de Ryan Sinclair, nouveau compagnon souffrant de dyspraxie, un trouble de la coordination des mouvements qui rend certains de ses gestes compliqués. Les témoignages de mamans, partageant sur Facebook leur fierté de voir leurs enfants tenter de remonter sur un vélo après l’épisode de dimanche soir, fait déjà chaud au coeur. De même que ceux des parents ravis de voir leurs petites filles jouer avec des Barbie à l’effigie d’une Docteur qui les émerveille. Doctor Who, d’utilité publique ? On en a toujours été convaincus.

Doctor Who, saison 11. Avec Jodie Whittaker, Bradley Walsh, Tosin Cole, Mandip Gill.
Diffusion le dimanche soir sur BBC One au Royaume-Unis, et sur France 4 le jeudi soir à partir du 11 octobre.

Gauthier Moindrot

Élevé dès le collège à la Trilogie du Samedi, je me suis vite forgé un amour véritable pour les séries télés, bientôt rejoint durant le lycée par une fascination pour le grand écran. Télé ou ciné, il n'y a pas de débat tant que la qualité est là. Je voue un culte à Zach Braff, Guillermo DelToro et Balthazar Picsou (because why not ?)

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