Été & Cinéma

Films de requins : Un genre en eaux troubles

Mille excuses pour cet article qui risque d’entacher les baignades de celles et ceux qui écument les plages en ce moment. Notre thématique estivale se prête cependant fort bien à l’évocation de quelques films où les requins jouent aux tueurs d’hommes. Un genre bien huilé, indissociable des grandes vacances, qui contient son lot (important) de ratés, mais surtout une poignée de pépites en haute mer. Pépites qui m’empêchent de nager en eaux profondes depuis le début des années 2000, soit dit en passant. Sur la plage abandonnée, squales et corps ensanglantés…

Le film de requins a perdu de sa saveur depuis de nombreuses années. La faute, probablement, au nombre impressionnant de nanars et de films ratés mettant en vedette ces carnassiers marins. De la série Sharknado aux méfaits incalculables de requins hybrides tous plus farfelus les uns que les autres (Sharktopus, L’Attaque du Requin à Six Têtes, Roboshark, Shark Exorcist, Sharkman) en passant par Sky Sharks (des requins volants créés par les nazis) ou encore Ice Sharks (des requins préhistoriques sortis de la banquise), les nanars de requins sont devenus un passe-temps amusant, certes, mais finalement très vite ennuyeux. Quant aux plus grosses productions, à l’image de Shark 3D, Bait et autres 47 Meters Down, elles sont toutes rapidement tombées dans les abysses avec leurs scénarios aussi plats que la houle méditerranéenne. Les férus du genre, (très) loin d’être rassasiés malgré les déceptions récurrentes, sont ceci dit toujours les premiers intéressés lorsqu’un nouveau projet porté par un squale pointe son aileron en salles. Pourtant, le monde inégal du film de requins n’est pas uniquement peuplé de navets. A noter que la qualité d’un film de squales tueurs se mesure souvent aux sons émis par la bête, et sa durée de présence à l’image. Plus le squale est tapi dans les récifs et silencieux, plus le film se révèle agréable à nos pupilles, voire intéressant. A contrario, plus la bête (le plus souvent très mal animée par ailleurs) grogne fort et plus on la voit à l’image, plus le film est nul – ou un sympathique nanar dans le meilleur (des meilleurs) des cas. Pour vous rabibocher avec ce genre disparate, retour subjectif sur les trois meilleurs longs métrages mettant en vedette un squale tueur.

Les Dents de la Mer (1975) de Steven Spielberg

Malgré ses 43 ans, le premier blockbuster américain de l’histoire du cinéma n’a pas pris une ride et nous fait toujours autant frémir. La recette ? Un leitmotiv musical obsédant qui personnifie la menace froide du super-prédateur marin, et des prises de vues en contre-plongée adoptant son point de vue carnassier. Des plans subjectifs qui découlent en réalité de la fragilité et du dysfonctionnement des trois faux squales animatroniques conçus pour le film, contraignant le réalisateur à entamer le tournage sans requin. Cela explique aussi le fait que la bête n’apparaisse qu’à la seconde moitié de l’intrigue. Un heureux coup du sort pour un film considéré aujourd’hui encore comme le meilleur long métrage d’épouvante avec un requin tueur en tête d’affiche.

Open Water (2004) de Chris Kentis

Huis clos angoissant, Open Water relate l’histoire d’un couple adepte de plongée sous-marine oublié en plein océan suite à une sortie sur la barrière de corail. En résulte quatre-vingt minutes glaçantes en eaux profondes où la houle donne des sueurs froides (et accessoirement un petit mal de mer). Ce film encore trop méconnu vaut définitivement le coup d’œil, non seulement parce qu’il est inspiré de faits réels, mais surtout parce qu’il a été entièrement réalisé en conditions naturelles et sans effets spéciaux. Un tournage éprouvant pour les deux comédiens, qui ont baigné pendant près de cent vingt heures dans l’eau salée à plus de 10 kilomètres des côtes entourés de véritables requins. L’immersion est aussi terrifiante qu’impressionnante.

The Reef (2011) d’Andrew Traucki

Alors qu’un groupe d’amis (et plus si affinités) navigue paisiblement au large de l’Australie, leur bateau heurte un récif qui déchire la coque. Pour survivre, la petite bande décide de quitter l’embarcation pour rejoindre l’île voisine à la nage, sans se douter qu’elle est pourchassée par un grand requin blanc bien décidé à casser la croûte. Malgré un jeu d’acteurs plus que discutable, The Reef a pour lui un réalisme louable et utilise judicieusement le hors-champ pour amplifier la menace du requin. Comme dans Les Dents de la Mer, le squale n’apparaît que très rarement à l’image. A défaut d’être un chef d’œuvre, le film contient son lot terriblement efficace de suspense et coche la case du bon divertissement estival.

Petite liste subjective de films de requins moins réussis, mais tout de même divertissants, pour celles et ceux qui ne sont pas encore rassasiés :
Les Dents de la Mer 2 (1978) de Jeannot Szwarc, même si Roy Scheider est moins inspiré, et nous aussi, que sur le premier opus réalisé par Spielberg.
Peur Bleue (1999) de Renny Harlin, pour la mort soudaine (et tordante) de Samuel L. Jackson en plein monologue inspiré.
Gang de Requins (2004) de Bibo Bergeron, Vicky Jenson et Rob Letterman, pour ses références aux Dents de la Mer et sa mafia de requins (dirigée d’une nageoire de fer par Don Lino, doublé par De Niro).
Instinct de Survie (2016) de Jaume Collet-Serra, pour l’amitié bancale entre Blake Lively et une mouette, toutes deux coincées sur un rocher.
The Meg (2018) de Jon Turteltaub, parce que Jason Statham est décidément indestructible.

Crédits Photo : Les Dents de la Mer © D. R.

Camille écrit et réalise des courts métrages, et officie en tant que directrice de casting sur de nombreux projets. Après un passage chez Studio Ciné Live, Clap! Mag & Boum! Bang!, elle est rédactrice chez Les Écrans Terribles depuis 2018.

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