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Escape at Dannemora : Cavale cela ne tienne

Présentée en grandes pompes devant les huiles de l’industrie de la télé au MIPCOM, Escape at Dannemora se veut un projet de prestige pour gluer les abonnés à Showtime. Alors que Canal + le diffuse dès cette semaine en VOST, on fait un petit tour en tête-à-tête avec le nouveau projet de celui qui aurait pu être en congé sabbatique : Ben Stiller.

Plus encore que sa consoeur ambitieuse du câble FX, Showtime n’a pas réellement brillé cette année , si l’on excepte le coup de poker terrassant de la satire de Sasha Baron Cohen, Who Is America ?. La chaîne, depuis bien des années, se concentre sur les nouvelles saisons de ses séries à succès et… c’est à peu près tout. Vu le peu de séries à l’antenne, elle peut se permettre de miser le paquet sur des événements comme un projet indépendant et exigeant en 7 épisodes : Escape at Dannemora. Soit l’histoire vraie d’une évasion de deux détenus du pénitencier de Clinton, à Dannemora, au nord de New York, en 2015.

C’est donc un trio trié sur le volet qui va incarner un triangle sexuel avec bénéfices : deux prisonniers qui purgent une longue peine pour meurtre, Richard Matt (Benicio del Toro) et David Sweat (Paul Dano), et une employée de prison, Joyce, dite Tilly (Patricia Arquette) qui va être d’une aide précieuse dans la fuite des deux premiers et s’investir dans une relation extraconjugale. L’univers oppressant de la prison, deux détenus plus intelligents que le reste… on a déjà vu ce film. Certes. Mais Escape at Dannemora compte, en plus des deux scénaristes Brett Johnson et Michael Tolkin, un allié de poids, celui qui va faire décoller un albatros vers les hauteurs du polar social exigeant. Son nom ? Zoolander himself, Ben Stiller.

On ne sait pas trop si le comédien et producteur de renom est arrivé au bout de son potentiel comique, après la franchise Nuit au Musée et plusieurs projets télé et Internet avec sa société de production Red Hour. Toujours est-il que pour son projet dramatique pur jus derrière la caméra, il fait preuve d’une assurance de vétéran, sous haute (très haute) influence de films de prison réussi, Les Evadés en tête. Malgré une histoire dont on découvre assez vite les tenants et aboutissants, Escape At Dannemora  s’élève dès son premier épisode, grâce à cette influence prestigieuse.

Envie d’ailleurs

Dans une série faite de rôles de composition millimétrés, Patricia Arquette se démarque avec une transformation physique radicale, en quinqua anonyme dans un établissement pénitentiaire à l’administration autoritaire et ingrate. Si voir Arquette affublée d’un accent à couper au couteau et plisser des lèvres de frustration peut paraître grotesque au premier abord, elle fait de son mieux dans un rôle implacable : celui de la complice frustrée qui participe à un plan d’évasion rocambolesque.

Patricia Arquette as Tilly and Eric Lange as Lyle Mitchell Escapae at Dannemora © Canal +

Stiller n’a pas besoin de scènes de violence collective. Tout ce dont il a besoin, c’est de faire balader les regards de matons et prisonniers en second plan pour appuyer la pression mise sur le trio de sa série. La série nous demande de faire preuve de patience, et dans ses troisièmes et quatrièmes épisodes, elle ne s’en montre pas toujours digne, tant le plan élaboré par Richard et David semble pédaler dans la semoule. Mais elle délivre, avec son sixième épisode, un brillant moment de représentation de l’ignominie et la cruauté humaine, interrogeant le regard du spectateur tout du long.

Le visionnage d’Escape at Dannemora, c’est un peu un marathon au pas, dont le rythme d’escargot est souvent rompu par de la musique pop stridente d’époque. C’est pourtant l’aspect qui sera sans doute le moins commenté de la série, tant Dano comme Del Toro crèvent l’écran avec leur verve (Del Toro, en particulier, délaisse un peu les gimmicks de ses bad guys cabotinant pour affirmer une présence à la Charles Bronson). Mais la dérision de Stiller accompagne un commentaire ironique sur la puissance du rêve américain : des prisonniers travaillent gratuitement pour l’Etat, sur fond de « Bills » de Lunchmoney Lewis. Une aparté sardonique illustrant une réalité qu’un pays entier refuse de regarder en face. Stiller arrive ainsi à insérer des choix musicaux ambitieux dans sa minisérie. On peut avoir des regrets, comme celui de ne pas développer les personnages de matons, beaucoup trop en retrait (et un David Morse qui assure le minimum syndical). Ou encore, des dialogues qui se contentent, dans le cas de Tilly et son mari Lyle, de se complaire dans la banalité redneck qui menace souvent de tourner à la sitcom bas du front façon My Name Is Earl (ndr : Hello, Crabman !). Mais l’essentiel n’est pas là.

L’essentiel se niche dans la gestion des grands espaces et le talent de Stiller pour la mise en scène classique, épaulé par sa chef opératrice canadienne Jessica Lee Gagné. Son regard donne de la densité aux machinations discrètes entre prisonniers ou employés, vues cent fois. Pour les fanatiques de polar élégant avec gueules burinées, Escape at Dannemora ne susurre que de la grandeur perdue qui ne demande qu’à être retrouvée. Un exercice de style très probant, malgré ses petites longueurs, qui risque bien de faire basculer la carrière de Ben Stiller loin des pitreries éhontées, et plus près d’un Darabont (Les Evadés, La Ligne verte) minutieux et moins noir dans sa vision du monde.

Réalisé par Ben Stiller, créé et écrit par Brett Johnson et Michael Tolkin, avec la collaboration de Jerry Stahl. Avec : Benicio Del Toro, Patricia Arquette, Paul Dano, David Morse. 7 épisodes (6×60 mn, 1x100mn). Actuellement disponible sur myCANAL, diffusion à l’heure US sur Canal + Séries le mardi à 22h20, un nouvel épisode dispo sur myCANAL le lundi. Prochainement sur Canal +.

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