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Everything Sucks! : Welcome back in the 90’s !

Alors que Stranger Things provoque l’engouement général avec sa nostalgie des années 80, voici venir Everything Sucks!, la nouvelle production de Netflix, qui se décline cette fois dans les 90’s. Une ambiance pop et colorée, une intrigue simple, des personnages profonds et attachants, les thématiques de la construction et de l’affirmation de soi, sans oublier la question de la sexualité abordée avec délicatesse. Autant d’ingrédients qui construisent une série de qualité et bien différente de sa grande sœur.

Bienvenue dans la petite ville de Boring (soit Ennuyeuse) en Amérique ! Inutile de vous dire qu’à Boring, on ne s’attend à rien de passionnant, rien de fou, rien d’extraordinaire. À Boring, vous ne trouverez que des gens et leurs petites histoires. Everything Sucks! assume son rôle de teen show vintage avec brio parce que la série ne ment pas à son public : malheureusement pour Netflix (qui s’attendait au même ultra-phénomène), mais heureusement pour les fans (qui veulent de la nouveauté), on est bien loin d’une imitation de Stranger Things !

Everything Sucks! est un plongeon dans les 90’s et le mot d’ordre est « kitsch ». Avec des décors aux couleurs acidulées, un tamagotchi qui sort d’une poche, des grosses bagues diamants en plastique bleu, des VHS un peu partout… J’ai retrouvé les sons et les couleurs de mon enfance. Nostalgie quand tu nous tiens… Et puis, que dire de la BO ? Oasis avec leur Wonderwall, Elton John et son Rocket-Man, et Tori Amos qui n’est pas une Cornflake Girl sont autant d’artistes qui nourrissent le caractère vintage et universel de la série.

Parmi les nombreux thèmes abordés, il semble que le principal soit le passage à l’âge adulte ; et par cela, on entend construire sa personnalité. Les personnages sont tous des marginaux à leur façon : Emaline est la drama-queen du lycée, Kate se découvre comme lesbienne, Luke incarne l’archétype de l’artiste incompris, McQuaid est l’handicapé social doté d’un gros cerveau, Tyler le gentil suiveur un peu benêt, Oliver la Super-Star ou autrement dit le Super-Égocentrique de la série… Ces personnalités s’affrontent, s’entremêlent et chacune de leurs interactions les font évoluer.

Everything Sucks ! ©Netflix

La notion de féminité est questionnée à travers les personnages de Kate et Emaline : l’une est une jeune fille discrète et garçon manqué, l’autre est d’une exubérance sans limites et plutôt peste au départ : personne ne peut lui voler la vedette. On découvre très rapidement que Kate est lesbienne, et elle n’aura de cesse de l’assumer dans un contexte où l’homosexualité, sans être dénigrée, semble simplement appartenir à une autre dimension. Emaline à l’inverse, ne cherche qu’à être remarquée sans savoir qui elle est. La relation des deux jeunes filles est touchante : l’antonymie de leurs caractères, qui les destine au départ à se détester, finit par les rapprocher. Leurs personnalités se complètent et elles deviennent ainsi un véritable appui l’une pour l’autre. Ces deux personnages sont finement tissés, et il est extrêmement agréable de voir les questions de genre et l’orientation sexuelle abordées avec innocence et délicatesse.

Les personnages secondaires de ce teen show, les parents donc, ne sont pas en reste. Une histoire d’amour se tisse entre le père de Kate, Ken Mesner, et la mère de Luke, Sherry O’Neil. L’un est le principal de l’école, gentil mais sans folie ; l’autre est une hôtesse de l’air très pétillante. Contrairement à leur progéniture, on les voit retomber en enfance au contact l’un de l’autre et à mesure que leur amour naît. Ces deux personnages sont attachants et permettent aux plus âgés du public se retrouver en eux. Les enfants cherchent comment devenir des adultes, et les adultes veulent retrouver leur âme d’enfant pour vibrer à nouveau. Ainsi, les publics de la série peuvent être divers car on peut s’identifier aux uns ou aux autres sans problème. Tous les personnages sont creusés ; et comme cette série d’amuse à nous le faire comprendre, rien d’extraordinaire n’arrive à Boring, la simplicité de la vie est déjà en elle-même une vraie aventure. Malheureusement, sa qualité n’a pas suffit à sauver la série : elle ne sera pas renouvelée par Netflix et s’arrêtera donc à une saison. Bien que cela entraîne le désespoir des fans (moi y compris), on ne peut que vous inviter à regarder cette petite perle ! Elle vous apportera un peu de légèreté et de fraîcheur et vous ne serez pas obligés de vous transformer en larve de canapé pour regarder 4 saisons à la suite en l’espace d’une semaine. Parfait pour ce début d’été non ? À bon entendeur…

Créé par Michael Mohan et Ben York Jones. Avec Peyton Kennedy et Jahi Winston. Diffusée sur Netflix, 2018.

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