Festival Atmosphères 2018,  Festivals

Festival Atmosphères : Et si ce n’était pas une utopie ?

Débats sur le virtuel, rencontres ou encore projections de films et de documentaires autour d’actions citoyennes… C’est en peu de mots le programme du Festival Atmosphères qui a agité les salles de Courbevoie du 9 au 14 octobre. Comment penser un monde meilleur via le cinéma, à l’aune des enjeux climatiques et scientifiques les plus probants ?

Marie Ingouf, Léa Casagrande

Un autre chemin : La résilience québécoise de Muriel Barra

Alors que défilaient dans les rues de Paris les manifestants de la Marche pour le climat, la journée du samedi fut marquée par la projection du documentaire de Muriel Barra, “Un autre chemin : la résilience québécoise”. Troisième épisode d’une série consacrée aux modes de vie alternatifs, ce docu prend place au coeur de l’éco-hameau de la Baie, un village humaniste basé sur une gestion écologique des ressources renouvelables. Véritable laboratoire social, situé au confluent du fjord du Saguenay, au Québec, son principal défi est de s’adapter à un climat particulièrement rigoureux. Si l’expérience fonctionne dans des conditions de froid extrêmes, elle pourrait alors s’appliquer à n’importe quelle région du monde – tel est le postulat que défend Patrick, à l’initiative du projet. Muriel Barra dialogue avec les désormais cinquante résidents de ce projet initié il y a plus de vingt cinq ans et qui semble bien loin des communautés New Age des années soixante-dix. Oui, ici on apprend à couper du bois, faire pousser ses légumes et pétrir son pain. Mais pas d’atelier macramé, de groupe de méditation ni de flûte de pan. Physicien, spécialiste en énergétique, Patrick Déry ne rejette pas les nouvelles technologies mais réfléchit à leur utilité pour pallier le manque de pétrole à venir. Le GREB, le centre de recherche implanté dans le hameau, à la pointe des techniques de constructions écologiques, ouvre régulièrement ses portes aux étudiants de la région. Car ce n’est pas contre la société mais bien en s’ouvrant à elle que les habitants tentent de sensibiliser leurs visiteurs aux enjeux climatiques. Et si on ne redoutait pas tant les huit mois d’hiver polaire, nos valises seraient déjà faites !

Un autre chemin : La résilience québécoise de Muriel Barra © Latosensu / Les gens biens production

Intelligence Artificielle de Paul Bozymowski

De Blade Runner à I-Robot, de nos téléphones portables aux applications d’éveil pour les enfants, l’intelligence artificielle est partout. Si elle nourrit depuis toujours l’imaginaire collectif (des robots humanoïdes apparaissent déjà dans la mythologie grecque), elle investit aujourd’hui tous les pans de la société. Les machines vont-elles nous voler notre travail ? Se rebelleront-elles contre nous ? Autant de fantasmes qui traversent le champ de la fiction et trahissent les inquiétudes des hommes. Point après point, le méthodique documentaire de Paul Bozymowski tend à déconstruire ces idées reçues, tout en les confrontant aux exigences du siècle. Face à l’explosion de l’intelligence artificielle, il s’agit avant tout de s’approprier les enjeux à venir, plus que de les craindre. Médecine, robotique, transports… L’IA révolutionne notre rapport au monde, jour après jour. L’homme saura-t-il faire face à ce pari ?

Après Demain de Cyril Dion et Laure Noualhat

En 2015, les initiatives écologiques filmées aux quatre coins du globe par Cyril Dion avaient enthousiasmé les spectateurs de Demain. Mais est-ce qu’une belle histoire suffit à changer le monde ? De retour sur les routes, le réalisateur a rencontré les citoyens inspirés par son premier documentaire, ceux qui construisent la société “d’après Demain”. Usines vertes, toits végétaux, micro-fermes… Les actions sont variées et nombreuses. Mais ne représentent qu’un grain de sable dans le désert de l’industrialisation de masse. Cyril Dion et Laure Noualhat doutent, s’interrogent, espèrent. “C’est un début, c’est mieux que rien.” Loin de proposer une vision univoque d’Eco-Bisounours, les réalisateurs discutent tour à tour les arguments de leurs détracteurs, les climatosceptiques, les cyniques, ceux qui ont cessé d’y croire. Et si l’on considère qu’une grande majorité d’êtres humains a accepté l’idée qu’une liasse de bout de papiers, parce qu’elle sort de la fabrique de monnaie, peut s’échanger contre de la nourriture, des vêtements, une maison, qui peut encore affirmer qu’un récit collectif est incapable de redessiner notre rapport au monde ?

Après-demain de Cyril Dion et Laure Noualhat © Yami 2 production

Car ces différentes utopies, mythes ou actions concrètes qui parcourent le festival interrogent précisément la capacité à transmettre aux spectateurs réunis dans une salle noire les ébauches narratives de ce monde moins désespérant, débarrassé des fantasmes nihilistes. Le temps n’est plus à la mise en garde mais à la construction d’un activisme pluriel. Peut-être est-ce aussi une vieille histoire du cinéma qui réapparaît ici. Celle en laquelle croyait déjà le philosophe Walter Benjamin en imaginant un médium politique capable de transmettre à la foule un “choc” collectif, de retranscrire l’histoire discontinue des masses, du peuple. Cette fragmentation est directement visible dans la programmation du festival qui n’hésite pas à diffuser des formes variées, parfois très sobres au point de s’effacer derrière le sujet. Privilégier le message plutôt que l’esthétique ? Ce serait oublier que ces formes existent tout simplement. Qu’un documentaire scientifique, un reportage caméra embarquée ou un film de Damien Chazelle (First Man, le premier homme sur la lune, présenté en ouverture), sont autant de citations de ce récit collectif. Mais Benjamin a lui aussi fait son temps. Et l’utopie politique a laissé place à un activisme qui intègre directement le cinéma à un projet écologique. Atmosphères est un festival “éco-conçu” : programmes imprimés sur du papier recyclé, décor scénique réalisé à partir de déchets de bois, présence d’associations locales sur le site, ateliers de sensibilisation… bref, le fond rejoint finalement la forme. Par ailleurs, si la fréquentation du festival était de 14 000 personnes en 2017 contre 24 000 au Champs-Elysées Film Festival, pour comparer avec un événement cinématographique parisien lancé en 2012 soit un an plus tard, nous pouvons affirmer à notre tour, “que c’est un début, ce n’est sûrement pas rien !”

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