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Notre année 2020

Gauthier Moindrot : « Comment The Hobbit est devenu mon film de Noël 2020 »

Vingt ans. Cette année, La Communauté de l’anneau de Peter Jackson va avoir vingt ans. Je ne l’avais pas réalisé avant d’écrire ces quelques mots. C’est une information anecdotique en soi (il y a tant de films bien plus vieux que ça, après tout), mais elle m’a mis une baffe. Parce que comme beaucoup d’entre vous, je suppose, la trilogie du Seigneur des Anneaux m’a hypnotisé à sa sortie. Le hasard a fait que j’ai terminé 2020 en me refaisant une autre saga, celle du Hobbit. Et ça a probablement été mes neuf plus belles heures de cette année pourrie. Je vous explique.

Je me dois d’être honnête : mon rapport à cette deuxième trilogie a toujours été complexe. The Hobbit, c’était comme Le Seigneur des anneaux… mais en moins bien. En moins long, en moins épique, en moins attachant. La faute sans doute à une première trilogie qui m’avait mis une grosse mandale à l’époque (comme à une bonne partie de la planète) et à de nouveaux héros bien moins caractérisés que les précédents. Malgré tout, en cette fin d’année 2020, The Hobbit me faisait de l’œil pour une raison simple : revoir cette trilogie, c’était ouvrir une porte menant à d’innombrables et précieux souvenirs. C’était revenir au bonhomme de sept ans que j’étais la première fois que j’ai entendu ce titre, lors d’une séance de lecture à la bibliothèque de mon école primaire. C’était redécouvrir des lieux familiers, la Comté, Fondcombe, Isengard. C’était comme revenir dans un village ou une région qu’on a fréquentés lorsqu’on était petits et y retrouver des sensations oubliées. Ce n’est plus tout à fait pareil, c’est un peu moins fascinant, mais on s’y sent quand même vachement bien. Je me souviens avoir déjà éprouvé ces sentiments lors de la sortie des films au cinéma, mais ça n’avait pas suffi. En décembre dernier, ils ont été décuplés. Au point que je suis sorti de ce visionnage bouleversé, éprouvé, triste et heureux à la fois. Et il m’a fallu du temps pour en comprendre la cause. Pour comprendre que ce gloubiboulga d’émotions, je le devais à 2020.


Martin Freeman (Bilbo Baggins) dans The Hobbit: Un voyage inattendu (2012). ©Warner Brothers Pictures – MGM

2020 a apporté beaucoup de bouleversements sur tous les plans de nos existences. Mais avant tout, c’est le lien social qui a pris cher à cause de confinements, de couvre-feu et d’un peu de paranoïa générale, quand même. De fait, non : l’année dernière, je n’ai pas vu grand monde. Et les zooms, les coups de fil, les coucous par la fenêtre et les réveillons masqués et distancés, ça ne remplace pas les câlins, les bises, la proximité, les high five ou les claques dans le dos (en fonction de ce que vous aimez). “L’Homme est un animal social”, on l’a beaucoup entendu à la radio et à la télé. C’est devenu la maxime vedette de l’être humain frustré par son manque de connexion sociale. Nos proches nous manquent, nos collègues nous manquent, même les gens qu’on ne voit qu’une ou deux fois par an nous manquent. Et quel autre œuvre repose autant sur le manque que la trilogie du Hobbit

La saga de Peter Jackson est intrinsèquement nostalgique, et elle a pleinement conscience de la force de frappe qu’a détenu Le Seigneur des Anneaux une décennie plus tôt. C’est sa plus grande qualité, et peut-être aussi sa limite. En 2020, comme en 2012, The Hobbit a essayé de me présenter de nouveaux héros, Bilbo Baggins et Thorin Oakenshield en tête, et okay, ça fonctionne… Ils sont attachants, charismatiques et pleins de ressources. Mais soyons honnêtes : ce ne sont pas eux qui m’ont fait sautiller sur mon canapé. Qui m’ont captivés, qui m’ont fait sourire, qui m’ont fait rêver. Non : ce sont les apparitions de Gandalf, de Legolas ou de Galadriel. Tout comme ce sont les mélodies d’Howard Shore, reconnaissables entre mille dès les premières notes, qui m’ont immédiatement embarqué dans ce nouveau périple. Peter Jackson est un gars malin ! En rappelant Ian McKellen, Orlando Bloom et Cate Blanchett (et Hugo Weaving, et Christopher Lee, et…), il savait évidemment qu’il ramenait à l’écran (et, d’une certaine manière, dans nos vies) des figures du passé chers à notre cœur.

C’est idiot de s’attacher autant, je le sais, j’en ai conscience, mais ces personnages, je les aime. Profondément. Sans jugement. Comme d’anciens compagnons d’armes, avec qui j’aurais vécu des choses fortes, traversé des dangers indescriptibles, affronté des peurs et des doutes d’une profondeur abyssale. On s’est battu contre des Balrogs et des Nazguls ensemble, merde, ça crée des liens ! Et ces gens-là, ils avaient disparu de ma vie depuis le début des années 2000. Depuis près de vingt ans, donc. En découvrant les trois films du Hobbit à leur sortie, j’avais déjà retrouvé cette affection, à défaut d’avoir été totalement convaincu par la trilogie (hormis Smaug, soyons clair, j’ai une adoration sans limite pour Smaug). Mais 2020 a totalement transformé mon regard et mes attentes.

©Warner Bros. Entertainement & MGM

Revoir The Hobbit en 2020, c’était prendre part à une aventure hors normes, alors que j’avais passé cinq mois de ma vie enfermé dans mon appart. C’était redécouvrir la Nouvelle-Zélande grâce aux caméras de Peter Jackson, alors que mon dernier voyage en dehors de l’Hexagone remontait à deux ans déjà. C’était retrouver des gens que j’ai aimés, à une époque où je ne pouvais pas serrer dans mes bras ceux auxquels je tenais. C’était accepter que le temps passe, que j’avais vieilli, comme Ian McKellen, comme Christopher Lee, comme Hugo Weaving, mais que malgré le temps passé sans eux, je les retrouvais comme si rien ne s’était passé. Et qu’au fond, ils n’avaient pas trop changé… et moi non plus. C’était me dire aussi que, s’il y a des maux contre lesquels on ne peut pas lutter parce qu’ils sont invisibles, immatériels, microscopico-bactériologiques, il y en a d’autres, plus concrets, contre lesquels des héros se sont battus. Comme un dragon cracheur de feu et convoiteur de trésors. Par exemple. A côté, rester enfermé chez soi, c’est faisable, franchement…

Et puis c’était se dire adieu, une nouvelle fois, après de nouveaux exploits héroïques. Se dire qu’on ne les reverra plus, que c’est fini pour de bon. Que la chanson du générique final, non pas chanté par une vedette comme Enya ou Ed Sheeran mais par un vétéran de la Comté (Billy Boyd, aka Pippin), est à la fois une ode aux disparus et le chant du cygne de toute la saga. “We came all this way, but now comes the day to bid you farewell”. Larmes, larmes, larmes. Comprenez-moi, je n’étais pas prêt, cette fois ! Et ça m’a laissé désemparé pendant des jours. Parce que mes émotions avaient été amplifiées par cette sordide année 2020. Par ses drames humains, sa culture en jachère, ses confinements étouffants et sa carence sociale. 

Du coup, voilà. I bid you all a very fond farewell, les copains de la Terre du Milieu. Vous m’avez fait du bien. Vous m’avez réchauffé le cœur, vous m’avez fait voyager, je me suis senti chez vous comme si c’était un peu chez moi. Comme lorsqu’on regarde un film de Noël : c’est hyper familier, on connaît déjà les personnages, et ça fait du bien au moral, justement parce qu’on sait ce qui nous attend. Mais cette année, ça a été un film de Noël avec des orques, des trolls et des gobelins. Pourquoi pas, après tout ? N’est-ce pas ce qu’on pouvait attendre d’une fin d’année estampillée “2020” ? Ce qui est certain, c’est que quelques semaines plus tard, tout cela me manque déjà. Je recommencerais bien un cycle de visionnage avec La Communauté de l’anneau, mais j’ai peur que ce ne soit plus aussi bon. Allez, dans vingt ans peut-être ?


Photo en Une : The Hobbit – La Bataille des cinq armées (2014) ©Warner Bros. Entertainment & MGM

Élevé dès le collège à la Trilogie du Samedi. Une identité se forge quand elle peut ! Télé ou ciné, il n'y a pas de débat tant que la qualité est là. Voue un culte à Zach Braff, Jim Carrey, Guillermo DelToro, Buffy et Balthazar Picsou.

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