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I Feel Good : « Pas le SMIC Monique ! »

Dans la lignée des remarquables Louise-Michel (2008), Mammuth (2010), Le Grand Soir (2011) ou encore Saint Amour (2016), la nouvelle comédie douce-amère de Kervern et Delépine, I Feel Good, est LA pépite franco-belge made in Groland à découvrir fin septembre.

Monique (Yolande Moreau) dirige une communauté Emmaüs près de Pau. Après trois années d’absence, elle voit débarquer son frère Jacques (Jean Dujardin), un bon à rien qui n’a qu’une obsession : trouver l’idée qui le rendra riche. Son salut réside peut-être dans l’exploitation du filon de la chirurgie esthétique low cost… au grand dam de sa sœur. Mais à force de vendre du rêve aux habitants de la communauté, Jacques finit par convaincre un petit groupe d’individus (dont Monique) de se rendre à ses côtés dans une clinique de chirurgie esthétique en Roumanie.

Nouvelle pierre à l’édifice du cinéma social  de Kervern et Delépine, I Feel Good confronte à nouveau des personnages marginaux et lunaires qui se muent au fil du récit en des êtres sensibles et poétiques. Et c’est là toute la force de l’univers du duo grolandais : contrairement à bon nombre de cinéastes, ils aiment profondément leurs personnages, tels qu’ils sont, et savent le faire ressentir au spectateur. Émouvants dans leurs rôles respectifs, Yolande Moreau (pour sa troisième collaboration avec les réalisateurs) et Jean Dujardin (pour sa première) illuminent l’écran pendant tout le film. s’il agace (beaucoup) au départ, le protagoniste campé par Dujardin, obsessionnel de la réussite, finit par devenir touchant. Prônant les méthodes des grands patrons comme Bill Gates – et même Trump – et n’hésitant pas à critiquer le physique des « compagnons d’Emmaüs » afin qu’ils envisagent une opération chirurgicale, Jacques a tout d’un imbécile qui ne réfléchit pas et tient des propos dont il n’a pas du tout conscience. Et quel plaisir de le voir se prendre les pieds dans le tapis ! Il a d’autre part une poignée de répliques absolument délicieuses que nous ne vous dévoilerons pas ici, histoire que vous riiez à pleines dents en salles.

I Feel Good est à l’image des précédents projets de Delépine et Kervern : chaleureux et original. Et le duo s’emploie cette fois-ci à dénoncer le diktat de la chirurgie esthétique. Promettre à des gens que leur vie va changer parce qu’ils seront beaux ? En voilà une idée saugrenue pour les réalisateurs. Et ils poussent cette idée à l’extrême par le biais de Jacques, qui promet à l’un des habitants de Emmaüs qu’il pourra devenir footballeur professionnel (même passé la cinquantaine) s’il se fait liposucer, ou à une autre qu’elle pourra devenir actrice si elle subit une mammoplastie et quelques autres opérations. Mais après de nombreuses tribulations, la vérité éclate : la beauté, même si elle n’est pas physique, se trouve en chacun de nous. Comme toujours, une multitude de thèmes se croise, comme la relation entre frère et sœur, les préjugés physiques, le partage, l’ambition, l’autogestion d’une communauté, l’opportunisme, le communisme… Des motifs permettant de créer une histoire empreinte de rêves mais également de discordes, puisqu’entre Jacques et Monique, au-delà de leurs retrouvailles familiales, ce sont avant tout deux mondes qui s’affrontent. L’un se veut patron richissime (avec une tour de verre à son nom), tandis l’autre prône le partage, la solidarité et l’entraide. Dénoncer par l’absurde : un leitmotiv dans les œuvres des deux réalisateurs. Une patte artistique à quatre mains, aujourd’hui reconnaissable entre mille, faisant du cinéma de Delépine et Kervern un cocktail détonant, très punk et qui fait un bien fou dans le paysage cinématographique français.

Réalisé par Benoît Delépine & Gustave Kervern. Avec Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jean-Benoît Ugeux… France. 1h43. Genre : Comédie. Distributeur : Ad Vitam. Sortie le 26 septembre 2018.

Crédits Photo : © Ad Vitam.

Camille Griner

Touche-à-tout, Camille a écrit et réalisé plusieurs courts métrages, et tenu différents postes sur des projets courts (première assistante, chef opératrice, cadreuse, scripte, photographe de plateau). Elle officie également en tant que directrice de casting sur des courts et moyens métrages. En parallèle, elle écrit pour Les Ecrans Terribles et Boum! Bang!, photographie compulsivement tout ce qui l’entoure, et voue un culte inexplicable aux ratons laveurs et aux Clash, entres autres.

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