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Films

JEUNE JULIETTE : la friandise de cette fin d’année

Bercée par les coming of age des années 1980, la réalisatrice québécoise Anne Émond délaisse le drame intime qui a fait sa renommée outre-atlantique pour une comédie sur l’adolescence. Jeune Juliette : un véritable bonbon acidulé, à la fois réconfortant et impertinent.

On avait connu Anne Émond dans des ambiances beaucoup plus sombres. Nuit #1 contait une nuit d’amour et de déchirures entre deux inconnus. Les Êtres chers s’attelait à la question du deuil au sein d’une famille rongée par les non-dits. Nelly revenait sur la vie tumultueuse et le suicide d’une romancière québécoise. Autant dire que la réalisatrice opère un virage à 180° avec Jeune Juliette. Aussi lumineux que Nuit #1 était sombre, aussi joyeux que Les Êtres chers était mélancolique, ce nouveau film voit Anne Émond abandonner la tristesse et la solitude pour les terres ensoleillées des premières amours. La cinéaste nous emmène donc à la rencontre d’une jeune fille de quatorze ans (la Juliette du titre) au quotidien plutôt paisible, jusqu’à ce qu’un de ses camarades de classe lui fasse remarquer qu’elle est grosse. Prise de conscience, perte de confiance, perturbation soudaine… Se pose alors pour Juliette une question inévitable : on fait quoi maintenant ?

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Alexane Jamieson est Juliette / Copyright Ligne 7

Jeune Juliette est de ces œuvres qu’on dévore avec délice et un plaisir un peu coupable. Car si l’on doute que le film restera dans les mémoires (le lot commun malheureux des comings of age, et ce malgré leurs qualités), il parvient à distiller le temps d’une petite heure et demie le parfum suranné des sucreries d’antan. Anne Emond a toujours aimé regarder le passé pour parler d’aujourd’hui. Jeune Juliette se donne les atours d’un film des années 1980, semblable à ceux que la réalisatrice consommait à la chaîne, mais il parle de sujets bien actuels. Les premiers émois, l’amitié qu’on pense indestructible, la confiance en soi, mais aussi le divorce, le harcèlement scolaire et cette impression tenace d’être un peu plus bizarre que les autres.

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Léanne Désilets et Alexane Jamieson / Copyright Ligne 7

Anne Émond n’a pas peur de s’attaquer aux grands sujets malgré la légèreté assumée du film. La grossophobie, véritable fardeau sociétal, reste une forme de harcèlement difficile à endiguer et rarement représentée sur grand écran. On ne peut que louer la volonté de la réalisatrice de souligner ce mal qui mine encore bien des personnes autour du monde, quel que soit leur âge. Juliette, elle, ne se laisse pas atteindre par ces attaques. Si le film fonctionne aussi bien, en particulier grâce à sa fibre nostalgique qui parle à merveille aux anciens adolescents que nous sommes, c’est aussi parce que nous avons tous été un jour la victime de moqueries ou d’intimidations de toutes sortes. Voir Juliette ne pas s’en laisser compter a quelque chose d’incroyablement attendrissant et de légèrement jouissif, comme une petite victoire qui arriverait quelques décennies trop tard et boosterait notre moral en un éclair. Une belle manière aussi pour Anne Émond de se démarquer et de sortir des sentiers (un peu trop) balisés des coming of age, ces films inoffensifs quoique réconfortants qu’on a tendance à oublier une fois consommés. Et une bonne raison de plus de ne pas bouder notre plaisir et d’accepter Jeune Juliette pour ce qu’il est : un joli conte estival qui donne chaud au coeur, tout à fait bienvenu en cette période de fraîcheur hivernale.

Jeune Juliette. Un film québécois réalisé par Anne Émond. Avec : Alexane Jamieson, Léanne Désilets, Robin Aubert, Gabriel Beaudet… Distribution : Ligne 7. Durée : 1h37. Sortie France : 11 décembre 2019.

Élevé dès le collège à la Trilogie du Samedi. Une identité se forge quand elle peut ! Télé ou ciné, il n'y a pas de débat tant que la qualité est là. Voue un culte à Zach Braff, Jim Carrey, Guillermo DelToro, Buffy et Balthazar Picsou.

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