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Cannes 2019

Journal de prod #5 – Du régional à l’international, il n’y a qu’un pas

Chaque année, je me rends au village Pantiero, lieu où l’on peut rencontrer les chargés de mission des différents fonds régionaux. Les régions sont une source de financement public pour le cinéma et la télévision en France. Depuis la redéfinition de la carte des régions, la compétition s’est durcie pour obtenir une aide à la production régionale. C’est également au village Pantiero que se trouve l’Atelier de la Cinéfondation, le lieu de rencontre pour des projets étrangers à la recherches de partenaires pour une coproduction.

J’ai rendez-vous sur la terrasse du stand Film France avec le chargé de mission du fonds Corse et de son adjointe pour un court-métrage assez ambitieux car il comporte des effets numériques importants. Je n’ai jamais eu l’occasion de travailler avec cette région et j’appréhende un peu de leur présenter le film et le parcours atypique de la jeune réalisatrice qui a une formation de plasticienne. Elle n’a pas choisi la voie royale de la FEMIS, la plus importante école de cinéma de France, le sésame. Dans le cinéma comme dans beaucoup d’autres secteurs en France, il y a aussi cette notion d’élite dès la formation. Mais bien heureusement, il est également possible d’emprunter d’autres chemins et d’y arriver (c’est juste plus sinueux, plus long et plus difficile). Je constate une grande ouverture d’esprit du chargé de mission du fonds Corse, il me présente un jeune vidéaste de l’île qui dirige une résidence artistique pluridisciplinaire dans le nord de la Corse. En échangeant avec lui, je pressens qu’il connaît de nombreux techniciens et qu’il pourra certainement me diriger vers les bonnes personnes pour le film lors de nos repérages prévus en juillet avec la réalisatrice. A cet instant, je reçois justement un sms : elle me prévient qu’elle m’envoie la prochaine version lundi prochain et qu’elle avance bien. Hyper-connectées 🙂

A Cannes aussi on parle série TV

Sur le chemin de la sortie du stand, je croise une personne en charge d’un fonds régional que je connais bien pour avoir travaillé avec lui sur un précédent projet. Il me parle de son envie de créer une résidence d’écriture et de son intérêt pour la série. Il voudrait avoir un avis pratique de producteur. J’ai été plusieurs années dans le comité de sélection de la résidence du Moulin d’Andé et je lui parle de son fonctionnement que je trouve vraiment réussi et pensé pour les auteurs. Puis, au gré de la conversation, je lui suggère d’aborder cette résidence avec une forme de transversalité. Les jeunes auteurs sont autant portés par un désir de long-métrages que de séries. Mais la narration des deux formats est tellement différente qu’il faut favoriser au maximum des passerelles.

Par ailleurs, nous faisons le même constat sur les séries françaises qui souffrent beaucoup de fragilité d’écriture (quelques exceptions existent heureusement). Je lui parle de l’idée d’un partenariat avec un ou plusieurs diffuseurs de séries pour bénéficier d’une writing room, sur certains projets encadrés par une convention de développement. Les productions françaises indépendantes n’ont pas toutes le réflexe et les moyens d’organiser ce travail en groupe de scénaristes. Leur mettre cet outil à disposition pourrait être profitable à l’amélioration des scénarios des séries françaises. Je lui raconte la conférence d’un patron de la BBC à laquelle j’ai assisté au festival de la fiction TV de la Rochelle il y a quelques années. Il débutait sa conférence en présentant la photo d’une petite maisonnette en bois au milieu de la forêt. Il affirmait que les gros succès de la BBC comme Dr Who sont nés dans cette maisonnette, où les auteurs ont travaillé en groupe dans une émulation permanente sans distraction d’aucune sorte. Ils ont le sens du storytelling et du show sur scène ces Anglo-Saxons !

Cet échange autour d’une nouvelle résidence d’écriture était aussi inattendu que stimulant et j’espère qu’il trouvera les moyens de la mettre en place sur un modèle différent de ce qui existe déjà…

Coproduire à l’international, c’est comprendre la culture de l’autre

Je rejoins mon associée pour un rendez-vous avec un producteur allemand : nous avions rencontré K. au marché de coproduction de la Berlinale, pour éventuellement coproduire le deuxième long-métrage d’un jeune réalisateur hongrois installé à Berlin et dont nous avions beaucoup apprécié l’univers. K. s’excuse de son retard, il a dû déposer ses enfants à la garderie Le ballon rouge. Cette année le festival, le marché et le collectif Parenting at Film Festival, soucieux des difficultés à trouver l’équilibre entre la vie professionnelle et familiale, a mis en place cette garderie financée par crowdfunding. De nombreux donateurs sont des acteurs professionnels du cinéma… Changement de mentalité? Avec K., nous comparons les dispositifs de congés parentaux en Allemagne et en France : ils sont nettement plus longs et favorables en Allemagne où le taux de natalité reste faible et où l’épanouissement de la femme-mère au travail n’est pas une priorité.

Nous reprenons une conversation plus professionnelle et il nous annonce qu’il ne lui semble pas possible de faire entrer la France en coproduction, car le financement dont il bénéficie avec le crédit d’impôt est hongrois En revanche, il nous redit qu’il a été vraiment très heureux des retours que nous avons faits sur le scénario et nous invite à lui envoyer un projet pour une coproduction future. Une belle rencontre professionnelle qui se concrétisera peut-être plus tard ?

Nous poursuivons cette démarche de coproduction à l’international car elle est réellement enrichissante pour évoluer et garder une ouverture d’esprit sur notre métier de productrices. De plus, mon associée a une très bonne connaissance du marché international, c’est ce qui fait la complémentarité de notre duo. Nous avons des rendez-vous à la Cinéfondation et à la Fabrique des cinémas. Le principe est le même : pendant une vingtaine de minutes, il s’agit d’échanger sur nos expériences, le calendrier de production, de comprendre ce que recherche le duo de producteur et réalisateur étrangers et de voir si on est tous sur la même longueur d’onde. On ne va pas se mentir, c’est comme un speed dating, c’est l’occasion de voir s’il y a un courant qui passe mais le travail commence après le festival, après la lecture du scénario qui reste la pierre angulaire de toute prise de décision pour (co)produire un projet. Nous avons eu un coup de coeur à l’atelier de la Cinéfondation et un coup de coeur à la Fabrique des cinémas, hâte de lire les scénarios en anglais à mon retour de festival !

Enfin, on se détend à la soirée de deux films espagnols (Nuestras Madres et Viendra le feu) où je danse avec une Norvégienne qui porte un chapeau de viking en plastique sur la tête. Je fais la connaissance d’une réalisatrice espagnole, d’un réalisateur français qui vit à Los Angeles, du directeur de la cinémathèque de Tanger. Je partage aussi ce bon moment en compagnie d’une réalisatrice franco-algérienne avec qui je développe un projet de série et une jeune productrice bourguignonne que je connais depuis un an. Du régional à l’international, de l’international au régional, la boucle est bouclée….

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