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Souvenirs, souvenirs

Le cube et la matrice

Comme beaucoup d’enfants des années 90, ma culture cinéma me vient d’abord de la télévision. Pour contourner l’interdiction nocturne de petit écran, j’enregistrais ce qui m’intéressait sur VHS : Star Wars, Retour vers le futur, films des Jeudis de l’angoisse sur M6… Je pouvais ainsi les visionner à l’envi dès le samedi matin, jusqu’à user la bande.

Mes souvenirs de salles obscures sont plus diffus, avec quelques dates clés : Batman Forever en 1995, Le Roi Lion en 1996, Titanic en 1997, Taxi en 1998… J’étais un gamin facilement impressionnable, OK ? Durant l’été 1999, le cinéma de ma petite ville bretonne passe deux films orientés SF, un genre qui a déjà mes faveurs : Matrix des Wachowski et Cube de Vincenzo Natali.

À l’époque, pas d’Internet chez moi et aucun magazine spécialisé sous la main. Comment décider d’aller voir un long métrage plutôt qu’un autre ? Eh bien on marche à l’intuition, ce qui ne m’arrive malheureusement plus jamais aujourd’hui. L’affiche, le type d’univers, les deux lignes de synopsis, éventuellement un acteur connu… et c’est tout.

Une fois devant la salle de cinéma, Matrix me fait envie mais le résumé ne laisse pas entrevoir l’incroyable richesse du scénario et sa mise en scène révolutionnaire (je les découvrirai plus tard… dans une salle de classe !). De son côté, la simplicité du pitch de Cube décuple sa force d’évocation. Comment ne pas être séduit par une histoire d’êtres humains prisonniers d’un dédale mortel ? Le succès du blockbuster pour ados Le Labyrinthe le prouvera des années plus tard. Cube, enfin, est interdit aux moins de 12 ans, un atout indéniable pour un gosse de 11 ans qui traque habituellement les triangles orange* sur le programme télé. Va pour le film de Natali. Je m’assois dans la petite salle, un peu fébrile quand même.

Un homme chauve au faciès étrange se réveille dans un pièce cubique blanche ornée de motifs cryptiques. Chaque mur possède une trappe en son centre. L’homme en ouvre une, au hasard. De l’autre côté, une salle bleue. Hum… non. Une autre trappe ? Salle rouge cette fois. Non plus. La troisième dégage une lumière indéfinissable, entre l’orange et le rose. Allez, pourquoi pas ? Soudain, l’homme se fige et des lignes pourpres apparaissent sur sa combinaison et sur son visage, qui commence à dégouliner. Du sang ! Sa tête s’effrite en gros morceaux de chair, puis sa main, puis le reste du corps… Une grille aux fines mailles mortelles apparaît et se replie dans le plafond.

Voilà sans doute l’une des scènes d’introduction les plus marquantes vues au cinéma. Même si le mystère finit par être en partie levé (puis totalement dans la suite et le préquel), Cube reste une proposition fascinante de radicalité. De la SF horrifique dérangeante qui questionne les comportements humains, les dynamiques de groupe. Du genre à marquer au fer rouge un gamin impressionnable de 11 ans. Du genre à lui donner envie de découvrir toujours plus de films. Et d’écrire dessus.

*déconseillé ou interdit aux moins de 12 ans

Cube. Un film canadien de Vincenzo Natali. Avec Maurice Dean Wint, Nicole de Boer, Nicky Guadagni, David Hewlett, Andrew Miller… Distribution France : Metropolitan FilmExport. Durée : 1h26. Sortie France : 28 avril 1999.
Photo en Une : Maurice Dean Wint et Nicole de Boer ©Metropolitan FilmExport

Nourri aux blockbusters testostéronés et aux Jeudis de l'angoisse, je suis resté très friand de castagne, de SF et d'hémoglobine (on ne se refait pas). Cela dit, je ne suis pas insensible à la folie poétique d'Alejandro Jodorowsky, au réalisme tendre de Hirokazu Kore-eda et l'élégance de Nicolas Winding Refn. Les potentialités de l'animation me fascinent, sur grand ou petit écran.

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