Le Grand Bal by Les Ecrans Terribles
Films

LE GRAND BAL conjugue danses traditionnelles et vivre ensemble

Chaque été en France, plusieurs milliers d’anonymes se rejoignent le temps de quelques jours pour se couper du monde et virevolter ensemble de longues heures durant aux sons de musiques traditionnelles européennes. Un Grand Bal enivrant que Laetitia Carton nous présente avec une humanité et une poésie incroyablement touchantes.

Passionnée par les danses traditionnelles depuis son premier bal dans les années 1990, la réalisatrice de J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd a décidé de partager avec le public cette passion de toujours. Embarquée avec une équipe très réduite au sein du Grand Bal de l’Europe (qu’elle fréquente elle-même assiduement), Laetitia Carton est parvenue à capter la convivialité, l’énergie, la magie pourrait-on même dire, qui parcourent en chaque instant ce bal captivant où se mêlent cours de danse la journée et mise en pratique endiablée une fois la nuit tombée. Coupés du monde dans une campagne où le réseau mobile disparaît pour le plus grand bonheur de tous, les participants se livrent devant la caméra amoureuse et bienveillante de la cinéaste. Et croyez-nous, son amour est contagieux.

Nul doute que, pour Laetitia Carton, tourner au Grand Bal était un pari risqué. La caméra saura-t-elle capter toute la beauté de ce microcosme qui semble hors du temps et de l’espace ? Un film sur la danse pourra-t-il intéresser les spectateurs et ne pas se révéler froid et opaque ? Ces craintes somme toute légitimes, le film les efface au bout de quelques minutes, alors que la voix chaude et réconfortante de la réalisatrice nous accompagne dans ce monde étranger où règnent le vivre ensemble et l’expérience collective. On pouvait redouter une oeuvre impersonnelle, et c’est tout un journal intime qui s’ouvre à nous. Pas à pas, Laetitia Carton nous guide, dans ce bal comme dans l’histoire des danses. Dans le vécu des participants comme dans ses propres expériences. Durant Edmond, un portrait de Baudoin et J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd, déjà, Carton parlait des autres pour parler d’elle-même. En admirant des centaines de gens virevolter, en s’attardant sur ce qui leur plaît dans ce grand bal et leur manière d’aborder la danse, le corps et le collectif, la cinéaste nous ouvre une porte vers son âme et sa propre vision du monde. 

Le Grand Bal by Les Ecrans Terribles
© Pyramide Distribution

Pourtant, si ce Grand Bal captive et fascine, ce n’est pas tant pour sa poésie et ses moments de grâce entre musique traditionnelle et danseurs en pleine communion, mais pour sa manière d’y faire vivre un petit monde à taille réduite, bien ancré dans l’air du temps. Le Grand Bal de l’Europe a beau sembler hors du temps, comme tout microcosme qui se respecte, on y voit se rejouer bon nombre de préoccupations sociales, le rapport à l’autre en premier lieu. Dans la danse, il y a le geste, le corps, et la personne en face. Le Grand Bal questionne notre manière de vivre et d’interagir ensemble, dans un moment fugace comme sur la durée. Tourné à l’été 2016 (soit avant que le scandale autour d’un certain producteur américain n’éclate), le film de Laetitia Carton voit déjà se profiler le grand mouvement féministe qui naîtra l’année suivante. Lors de grands moments de discussions, les participantes s’interrogent d’ailleurs sur la manière de dire “non” à un potentiel partenaire avec qui elles n’ont pas envie de danser, et leur difficulté à exprimer leur gêne lors d’une danse qui les met mal à l’aise. Bien plus pertinent qu’il n’en a l’air, ce Grand Bal cache bien son jeu, et séduit rapidement par son acuité sur le monde qui nous entoure, sa poésie de chaque instant et les précieux moments d’osmose sensorielle qu’il nous offre. Laissez-vous emporter sur la piste de danse, vous ne le regretterez pas !

Le Grand Bal, de Laetitia Carton. Documentaire humaniste. Durée : 1h30. Distributeur : Pyramide. Sortie le 31 octobre 2018.

Gauthier Moindrot

Élevé dès le collège à la Trilogie du Samedi, je me suis vite forgé un amour véritable pour les séries télés, bientôt rejoint durant le lycée par une fascination pour le grand écran. Télé ou ciné, il n'y a pas de débat tant que la qualité est là. Je voue un culte à Zach Braff, Guillermo DelToro et Balthazar Picsou (because why not ?)

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