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Mon nom est Clitoris : laisse les filles (s’ex)primer !

Exit les monologues du vagin !  Il est temps de conjuguer le sexe au féminin en dialoguant autour du seul organe humain 100% dédié au plaisir.  Et attention, le clitoris ne se limite pas à son petit capuchon : seule partie visible d’un iceberg à mille lieux d’être glacial. Saviez-vous qu’il est en moyenne aussi grand qu’un pénis ? Elfée et Mélissa, tandem interviewé dans ce documentaire made in Belgium, l’ont appris en direct live. Preuve tangible que le corps des femmes reste encore un mystère contraint doublé d’un tabou construit. Avec Mon nom est Clitoris, Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet donnent la parole à 14 jeunes femmes acceptant de mettre leurs ovaires sur la table pour parler de leur rapport au sexe en tant que femmes.

Dès ses premières images, le documentaire met le doigt là où il faudrait qu’il y soit davantage. Avec plus de 8 000 terminaisons nerveuses, le clitoris est la partie la plus sensible et pourtant la moins connue du sexe féminin. Autant le dire tout de go : les discussions autour de la vulve ne sont pas légions lorsqu’on est une fille sur le chemin de la puberté.

Règles, anatomie, masturbation : libérer la parole

Les premières infos arrivent souvent avec les premières règles. Ça y est, on est une femme ! Autrement dit, on est en mesure d’enfanter. Très vite, les petites filles placent leur féminité autour de leur appareil reproducteur. La question du plaisir sexuel n’est pas encore de la partie. Avant, il y a l’apprentissage de la douleur. Tous les mois, les femmes saignent. Et tous les mois, il est de bon ton de souffrir en silence.

© Iota production

Lorsque le plaisir devient sujet, les femmes sont priées de le potasser dans leur coin. Car si la masturbation masculine va de soi, ce documentaire rappelle aussi haut et fort que celle des femmes se colporte comme des bruits de couloirs. Discrétion et pudeur sont de mise. Brosse à dents électrique, pommeau de douche ou force manuelle : les premières sensations sous la ceinture laissent place à des expérimentations à tâtons qui, avant d’être fructueuses, peuvent d’abord se révéler frustrantes. Et à la frustration s’ajoute parfois la honte. La honte de se faire du bien, seule. Car la jouissance féminine, lorsqu’on en parle effectivement, se présente comme la résultante d’un rapport sexuel avec un partenaire – masculin, évidemment (société hétéronormative et phallocentrée oblige). Pas de plaisir sans pénis. Une idée bien ancrée à l’heure des premiers émois : on ne parle pas de plaisir mais de rapport sexuel. On ne parle pas de découverte du corps mais de perte de virginité. Comme le tabou règne en maître sur la sexualité des femmes, elles apprennent sur le tas à apprivoiser et à s’approprier leur plaisir. Non sans obstacle.

Pédagogie, mon amie

Les témoignages du documentaire s’accordent tous pour dire que les préceptes d’éducation sexuelle que les femmes gardent en mémoire passée l’adolescence tournent autour de la fécondité. Ovaires, trompes de Fallope, vagin et utérus sont toujours méticuleusement fléchés et légendés. Certains livres admettent l’existence d’un clitoris en lui accordant un petit point d’à peine un millimètre de diamètre. Même l’anus a droit à plus de considération niveau réalisme. Et puis pour certains manuels, le clitoris n’existe pas. C’est le constat de Mon nom est clitoris qui se permet, non sans finesse et humour, de remettre le clitoris au milieu du village via de petites animations colorées. Parce qu’il porte une vocation pédagogique, le documentaire dénonce les oublis, brise les tabous et tente d’offrir un tutoriel ludique et sincère aux jeunes filles (et aux jeunes garçons) des ressentis et questionnements féminins sur la sexualité. À travers le dialogue engagé avec ses intervenantes, Mon nom est Clitoris pose les clichés pour mieux les déconstruire. Et les clichés sont tenaces… Celui de la fille coincée et celui de la grosse salope ; celui de la mal baisée qui préfère brouter des minous plutôt que de se faire pénétrer ou encore celui de la femme ronde à qui on peut faire n’importe quoi.

Le corps féminin, plus que tout autre, est scruté, fantasmé, sexualisé, jugé, markété. Ce documentaire, c’est donc aussi un coup de gueule, sans agressivité, de jeunes femmes qui rappellent que le sexe est avant tout une aventure intime et propre à chacune. Encore faudrait-il que l’amour de soi prenne le dessus sur le diktat de la séduction de l’autre. Spoiler alert : il y a encore du boulot !

© Iota production

Le féminisme : une histoire de Q ?

Pas de doute là-dessus, la démarche des deux réalisatrices aux manettes est profondément féministe. En s’arrêtant sur les sujets sensibles et en décortiquant les carcans sociaux qui continuent de régir le corps des femmes, Mon nom est Clitoris ajoute sa pierre à l’édifice croissant de la lutte pour le droit des femmes. Droit d’aimer son corps quelle que soit sa morphologie, droit d’avoir de multiples partenaires sans se voir traiter de salope, droit à une sexualité qui sort de la norme dominante, droit de désirer les personnes de son choix, droit de ne désirer personne, droit à une diversité des figures féminines auxquelles s’identifier, droit d’avoir envie et de changer d’avis juste après. Droit de disposer de son corps et d’avoir une sexualité épanouie !

La première de Mon nom est Clitoris a eu lieu sur la chaîne belge Be tv le 6 mars 2019, juste avant la journée internationale des droits des femmes. Les diffusions, pour l’instant réservées aux abonnés, sont programmées jusqu’en mai. Après ça, le documentaire se prévoit une belle saison festivalière avant d’être partagé au plus grand nombre sur internet. Et le plus grand nombre a tout intérêt à s’y intéresser, quitte à se repasser certains passages en boucle, pour le plaisir…

Mon nom est Clitoris, un film de Lisa Billuart Monet & Daphné Leblond Produit par Iota Production / En coproduction avec Pivonka, Lisa Billuart Monet & Daphné Leblond, CBA, Betv / Avec le soutien Centre du Cinéma de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Casa Kafka / Durée : 80 minutes .

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