Films

Nous, les coyotes : Pérégrinations in L.A

Après leur premier court métrage Diane from the Moon en 2015, porté par Mya Taylor (l’actrice révélée dans Tangerine de Sean Baker), le duo français Ladoul et La Via passe au format long avec Nous, les coyotes. Sélectionné à l’ACID au Festival de Cannes 2018, le film relate les pérégrinations d’un jeune couple et livre une aventure intimiste tout en justesse.

Amanda (Morgan Saylor) et Jake (McCaul Lombardi) ont la vingtaine et veulent commencer une nouvelle vie ensemble à Los Angeles. Mais rien ne se passe comme prévu pour le jeune couple. Leur première journée dans la Cité des Anges va les emmener de déconvenues en surprises d’un bout à l’autre de la ville… Le rêve américain est ici mis à mal par les deux réalisateurs français, qui se sont par ailleurs inspirés de leurs propres expériences lorsqu’ils sont partis faire leurs preuves aux Etats-Unis. Nous, les coyotes s’apparente presque à un western contemporain où Los Angeles, cité des anges et des stars, est le territoire à conquérir pour le jeune couple. Si tout est possible dans cette ville, il faudra commencer par s’y faire une place. Tout au long du film, les protagonistes vont se confronter à la réalité brutale d’une société pleine d’illusions et d’exclusion. Porté par ses rêves, le jeune couple se retrouve face à de multiples obstacles : la famille d’Amanda, qui juge et considère Jake d’un (très) mauvais œil du fait de son côté bohême, le monde impitoyable de l’emploi qui propose à Amanda un stage non rémunéré au lieu du poste auquel elle postule (« Il faut donc être riche pour pouvoir travailler ? », lance-t-elle avec dégoût lors de son entretien). Derrière la cool-itude apparente se camoufle donc en réalité un cynisme déconcertant. Des motifs cinématographiques connus qui ne sont ici pas réinventés, mais qui piquent toujours.

Durant les 24 heures où l’on suit les protagonistes, les mésaventures plus ou moins difficiles et les lueurs d’espoir s’enchaînent dans cette ville compliquée. Mais au milieu des engueulades et des soucis, il y a aussi des retrouvailles avec de vieux amis et la plage de Venice, qui viennent tour à tour adoucir l’atmosphère du film. Là où tout semble perdu, il y a toujours du bon. Nous, les coyotes respire cette ambivalence et pose la question de savoir comment continuer à rêver son désir d’émancipation, son innocence et sa liberté dans un monde qui ne fait pas de cadeaux. Il nous laisse à penser qu’il faut faire avec ces aléas, même si l’on finit relayé au rang de véritables coyotes errants dans la ville. Et quand tout semble joué pour le jeune couple, le scénario prend le spectateur par surprise sur l’évolution de l’un des deux personnages principaux. Personnages principaux qui, par ailleurs, sont campés tout en justesse par l’attachante Morgan Saylor (Homeland) et l’hypnotique McCaul Lombardi – et ses grands yeux bleus azur (révélé dans American Honey). Un casting de jeunes pousses qui ne paie pas de mine, mais qui assure. Nous, les coyotes, s’il manque d’inventivité dans sa mise en scène, reste cependant un joli film attachant et plein d’espoir pour la jeunesse d’aujourd’hui.

Réalisé par Hanna Ladoul et Marco La Via. Avec Morgan Saylor, McCaul Lombardi, Betsy Brandt… France, Etats-Unis. 1h27. Genre : Drame. Sortie le 12 Décembre 2018.

Crédits Photo : © Noodles Production.

Touche-à-tout, Camille a écrit et réalisé plusieurs courts métrages, et tenu différents postes sur des projets courts (première assistante, chef opératrice, cadreuse, scripte, photographe de plateau). Elle officie également en tant que directrice de casting sur des courts et moyens métrages. En parallèle, elle écrit pour Les Ecrans Terribles et Boum! Bang!, photographie compulsivement tout ce qui l’entoure, et voue un culte inexplicable aux ratons laveurs et aux Clash, entres autres.

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