Océan by Les Ecrans Terribles
Chéries-Chéris,  Films

OCÉAN : devenir soi n’est pas un chemin de croix

Lassé de ne voir au cinéma que des portraits de personnes transgenres pessimistes ou simplistes, le comédien Océan a pris la caméra et enregistré les moments charnière de sa propre transition. Au coeur du film, un désir brûlant de représentation, sensible et chaleureux, à des années-lumières des documentaires habituels sur le sujet.

Le film commence par une déclaration. Celle qu’Océan lui-même, à l’aube de sa transition, fait à sa famille. C’est une scène de coming out, assez classique dans la forme, mais primordiale dans le fond.  “Je tenais à vous informer mais je ne vous demande pas votre autorisation”. Dès cette parole, très forte, le message est clair. Il fallait au moins ça. Le monde a beau être en apparence plus ouvert et compréhensif, les violences faites aux personnes transgenres sont toujours bel et bien présentes. Pas uniquement les violences physiques, mais aussi celles, plus perverses, d’une invisibilisation constante, d’une objectification malsaine ou plus simplement d’un manque flagrant d’ouverture. Ainsi que, comme le comédien le rappelle lui-même, ce besoin étrange de toujours tout commenter et tout juger, même les sujets qu’on ne maîtrise pas bien (voire pas du tout). Océan, à sa manière, se bat contre tout cela. Plutôt que – ou en plus – d’aller manifester, de protester et de condamner, le comédien et réalisateur a fait un film. Et il l’a fait avec une chaleur humaine et une joie de vivre qui tranche avec les chemins de croix qu’on nous présente habituellement.

Océan © Arizona Films

Si le film vous paraît familier, c’est que vous en avez peut-être déjà entendu parler. Avant d’être projetée sur grand écran, la transition d’Océan a été diffusée sur Youtube, en dix épisodes d’une dizaine de minutes. Dans chacun d’entre eux, le comédien partageait ses questionnements, ses petites joies et ses moments de doutes et nous faisait découvrir l’envers du décor d’une transition. Sur grand écran, les épisodes ne perdent évidemment rien de leur pertinence et de leur nécessité. Car ce qu’Océan nous donne à voir, c’est le quotidien d’un homme transgenre et les défis qu’il doit rencontrer pour pouvoir enfin être reconnu pour qui il est (et a toujours été). C’est à dire l’incompréhension de la famille, la transphobie ordinaire ou les rendez-vous médicaux qu’on ne soupçonne pas. Mais malgré tout ça, Océan nous montre une transition solaire, ponctuée d’éclats de rires et de soupirs de soulagement. Jamais nous ne tombons dans le portrait d’un être torturé mal à l’aise dans cet affreux monde de cisgenres. Au contraire, nous observons le parcours d’une âme rayonnante et combative, qui se donne les moyens de trouver sa place et de se faire accepter, quels que soient les remous provoqués.

À la fois outil pédagogique précieux, journal intime émouvant et bouffée d’air frais sur grand écran, Océan fait partie de ces films qu’il faudrait montrer au plus grand nombre pour que la tolérance et l’acceptation des personnes transgenres se fassent moins rares et plus naturelles. Dans cette optique, le comédien orchestre actuellement une grande tournée pour présenter le film dans le plus de salles de France possible. Que vous soyez intéressés par le sujet ou un peu perdus face à la notion de transidentité, le film répondra à vos attentes (et vos éventuelles questions). Ne passez pas à côté !

Envie de rencontrer Océan ? N’hésitez pas à consulter la liste des projections-débats (régulièrement mise à jour)
Prochaine projection au Festival Chéries-Chéris, dimanche 17 novembre à 19h10.
Pour en savoir plus sur le film, retrouvez notre longue interview avec Océan.

Océan, la bande-annonce

Élevé dès le collège à la Trilogie du Samedi. Une identité se forge quand elle peut ! Télé ou ciné, il n'y a pas de débat tant que la qualité est là. Voue un culte à Zach Braff, Jim Carrey, Guillermo DelToro, Quentin Tarantino et Balthazar Picsou (because why not ?).

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