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Paris Shark Fest : Passion squales

Notre rédactrice Camille Griner a fait une plongée au cœur de la deuxième édition du Paris Shark Fest, qui s’est tenue du 17 au 19 septembre au Club de l’Étoile. Au menu de ce journal de bord marin : requins (évidemment), documentaires et nanars en eaux profondes.

Jour 1 : Première plongée

19h15. Arrivée au Club de l’Étoile. Toute de bleu vêtu, l’équipe du Paris Shark Fest nous accueille masquée, mais les sourires se devinent facilement sous le tissu qui couvre le bas de leurs visages. L’ambiance est bonne, on sent l’excitation et l’appréhension en ce premier jour de deuxième édition. On s’installe à la hâte dans les fauteuils vieillis, mais moelleux, du cinéma et la cérémonie d’ouverture démarre. Jan Kounen, parrain de cette édition, monte sur scène aux côtés de Fabien Delage, coorganisateur du Paris Shark Fest, rapidement rejoints par certains membres du jury. Le réalisateur franco-néerlandais nous tease son expérience de plongée avec des requins en compagnie de Steven Surina, spécialiste du comportement des squales. Une expérience, vécue non sans une certaine anxiété, que l’on découvre ensuite en images dans le court métrage Sharkwave. Un projet en eaux profondes à portée pédagogique d’où l’on ressort moins apeurés par ces bestioles aquatiques et avec la sensation d’être prêts à plonger au milieu de sélachimorphes si l’occasion se présentait, là, maintenant.

Après un petit questions/réponses entre les spectateurs et l’équipe du film, où l’on apprend à la dérobée que Kounen a refusé un scénario de requins tueurs blindés de coke made in Miami, le premier documentaire en compétition, Save This Shark de Taylor Steele, ouvre le bal. Problème, la copie du film a oublié sa voix off au fond de l’Océan. On se retrouve donc à lire les sous-titres avec seulement des bruits d’ambiance et la bande originale en fond. De quoi en faire râler deux ou trois dans la salle, avant que la lumière ne se rallume sous les plus plates excuses des organisateurs. Il en faut cependant plus aux férus de squales pour annuler la séance, « on a les sous-titres, on peut quand même le regarder ! On a la chance d’être devant un grand écran ! », lance ma voisine de gauche. Oui, pourquoi pas, me suis-je dit à ce moment-là. C’est vrai qu’on est bien dans cette salle de cinéma et que ça nous a trop longtemps manqué. Les trois mécontents ont donc pris leurs cliques et leurs claques et nous voilà replongés dans le noir. Alors oui, le visionnage du film a forcément pâti de son souci de copie, mais l’histoire du surfeur Mick Fanning, et son tour des océans pour prouver au monde que les requins ne sont pas une menace pour l’Homme, reste une jolie réussite. Un message d’autant plus précieux lorsque l’on sait qu’il s’est retrouvé face à un requin en juillet 2015, alors qu’il était en pleine compétition. Une rencontre traumatique dont il est heureusement sorti indemne, que cette légende australienne du surf est parvenue à surmonter en faisant la paix avec ces poissons cartilagineux par le biais de toutes les rencontres et plongées relatées dans ce documentaire. Une première immersion au Paris Shark Fest somme toute mémorable, en espérant ceci dit que les problèmes techniques ne seront pas de la partie demain !

© Camille Griner

Jour 2 : Du (fou) rire aux larmes

Météo plus grisonnante aujourd’hui, même si les températures n’ont pas oublié d’être douces en ce samedi après-midi. Il est 17h00 et j’attends patiemment de découvrir la version longue remasterisée de Jaws 5 : Cruel Jaws, sorti en 1995. Un film italo-américain dans lequel le réalisateur Bruno Mattei (qui apparaît au générique sous le nom de William Snyder) a pompé impunément des passages des films La Mort au Large (1981) et Deep Blood (1990). Le plagiat ne s’arrête pas là, puisqu’il utilise également des thèmes musicaux ressemblant comme deux gouttes d’eau aux bandes originales des Dents de la Mer et de Star Wars, en plus de s’être largement inspiré du pitch du légendaire film de Spielberg. Ce Snyder’s Cut est un bon nanar comme je n’en avais pas vu depuis (trop) longtemps. Jeu d’acteurs discutable, incohérences scénaristiques, hyper sexualisation des femmes, hyper bodybuilderisation des hommes, personnages tous caricaturaux, requin et intrigue en carton, tout y est. Sans oublier une panoplie de répliques incroyables. On retiendra notamment qu’un requin est « une locomotive avec des couteaux en guise de roues » et que s’il mange les hommes, « c’est parce qu’il a faim tout le temps » (tout simplement). Un plaisir coupable dont je me suis largement délectée.

La séance suivante s’est avérée beaucoup moins drôle, avec le documentaire poignant et nécessaire Envoy Shark Cull d’Andre Borell. Le film expose au grand jour le plus grand abattage marin de l’Histoire qui se déroule sur les côtes d’Australie, d’Afrique du Sud et de France depuis les années 1930. Un abattage dissimulé par les autorités, qui justifie la mise en place de filets et de palangres au large des côtes à des fins de protection pour les nageurs et surfeurs face aux requins, mais qui détruit en réalité la faune environnante des plages et de la Barrière de Corail. A coups d’images chocs d’animaux agonisants, emmêlés dans les filets anti requins ou empalés sur les palangres, le documentaire démonte pendant une centaine de minutes les fausses excuses et motivations des gouvernements face à l’installation de ces dispositifs, dont l’efficacité est depuis longtemps incertaine. Envoy Shark Cull est la claque du jour (et peut-être du festival), tant il m’a chamboulé et secoué face à ce système ignoble installé aux larges des plages touristiques, dont j’ignorais totalement l’existence. La fin de journée se résume en un gros point d’interrogation avec la première mondiale de Noah’s Shark de Mark Polonia. Un film américain, made in les moyens du bord, sans queue ni tête et qui, au grand désespoir de la salle bondée, ne contenait pas (du tout) assez de scènes de squales. Les organisateurs nous avaient pourtant prévenu, « le visionnage va être très dur », et on ne nous avait pas menti. Inutile d’en dire plus sur le film, mon cerveau l’a déjà rejeté et oublié.

Jour 3 : Dernière plongée

La fatigue est présente en cette troisième et dernière journée au Paris Shark Fest. Mais le passage du fameux Hooked On A Feeling en préséance me remet les idées en place et donne l’énergie nécessaire pour le programme d’aujourd’hui. Les hostilités démarrent avec le documentaire Great White Encounters de Jason Perryman, qui nous immerge dans la relation entre l’Homme et le requin blanc. Après une première partie captivante, où l’on apprend par exemple que si l’on touche le nez d’un grand blanc, sa gueule s’ouvre automatiquement, ou encore que les cellules des requins sont utilisés pour soigner certains cancers, le film se perd en tentant de traiter de trop nombreux sujets : l’abattage des requins, la pêche intensive, le braconnage, la pêche sportive de requins blancs… Des sujets intéressants, certes, mais qui se diluent en longueurs et répétitions. On a la sensation que Great White Encounters survole son sujet, tourne en rond et nous martèle les mêmes choses pendant une heure (qui en paraît trois au visionnage).

On a ensuite fait un retour en arrière avec Great White Death, un documentaire inédit sorti en 1981 dont les copies originales ont été perdues. Avec ses propos plus que discutables, ce film sensationnaliste, vestige d’une époque révolue, oscille constamment entre fascination et peur irréelle face à cet animal marin encore très peu étudié et compris à l’époque. Entre apologie des filets anti requins, images racoleuses d’un plongeur australien qui a perdu sa jambe suite à une attaque de requin et celles prises dans des cages parsemées d’appâts afin de filmer la « monstruosité » de l’animal (qui s’approche forcément des cages et des plongeurs pour manger), Great White Death est un bel exemple des raccourcis nombreux que fait l’Homme face à l’inconnu malgré sa curiosité débordante pour le monde qui l’entoure. La cérémonie de clôture a démarré peu de temps après, sacrant Envoy Shark Cull du Prix du Public (youpi !) et le documentaire Playing With Sharks, The Valerie Taylor Story, passé par le Festival de Sundance, du Prix du Jury. Un film dont j’ai malheureusement raté la projection, mais que je rattraperai dès que possible. Qui dit cérémonie de clôture, dit film de clôture, et le Paris Shark Fest dénote une nouvelle fois son côté décalé et bourré d’humour en choisissant le douteux Sharks Of The Corn de Tim Ritter pour terminer le week-end. Un nanar américain oubliable, mais non moins rigolo, où il est question de requins voguant au gré des épis dans un champ de maïs, d’un tueur en série qui se prend pour un requin blanc et d’un culte obscur à la lumière de la lune qui ferait naître des êtres mi-hommes mi-requins, entre autres. On ne vous en dévoile pas plus, au cas où certains curieux auraient envie de découvrir le film. On aura en tous cas beaucoup ri et appris dans cette deuxième édition du Paris Shark Festival, un festival qui suinte la coolitude tout en sensibilisant très sérieusement à la cause des squales. L’immersion était folle, et on replongera avec plaisir pour le volume 3.

Affiche Sharks Of The Corn © D. R.

Crédits Photo : Jaws 5 : Cruel Jaws © D. R.

Camille écrit et réalise des courts métrages, et officie en tant que directrice de casting sur de nombreux projets. Après un passage chez Studio Ciné Live, Clap! Mag & Boum! Bang!, elle est rédactrice chez Les Écrans Terribles depuis 2018.

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