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Films

RÊVES DE JEUNESSE : Les millenials vus par un soixante-huitard

Après une décennie d’absence, le discret Alain Raoust signe son retour dans les salles obscures avec la fresque caniculaire Rêves de jeunesse, portée par de jeunes comédiens éclatants. Une pépite politique et poétique, entre drame et comédie, qui n’est pas sans défaut mais mérite le coup d’œil ! 

Salomé (Salomé Richard) décroche un job d’été dans la déchetterie de son village natal. Sous un soleil de western, dans ce lieu hors du monde, son adolescence rebelle la rattrape. De rencontres inattendues en chagrins partagés, surgit la promesse d’une vie nouvelle… 

Avec ce troisième long métrage, Alain Raoust poursuit l’exploration de destins humains, après avoir mis en scène une jeune femme sortie de prison dans La Cage (2001) et un homme qui doit faire face à celui qu’il a été au risque de perdre sa fille dans L’Été Indien (2007). Dans Rêves de jeunesse, il met en lumière des personnages gentiment rebelles, habités par la même utopie d’une vie différente loin de ce que la société leurs propose. Sous le regard du spectateur, Salomé mûrit et éclot au fil des rencontres et des aléas. Le choix même de centrer son intrigue dans une déchetterie en dit long. N’est-ce pas dans cet endroit précis que l’on se débarrasse des choses du passé ? Quant au côté politique de ce long métrage, il se trouve dans ce que le cinéaste retient de notre époque et non dans un « message » clair. Le motif passe par les personnages secondaires, comme un cycliste qui s’en veut d’avoir voté Front National ou encore un jeune zadiste tué par un gendarme… A l’image de ses personnages, Rêves de jeunesse profite du présent avec ses rencontres improbables, ses amours, son soleil écrasant et la promesse d’un lendemain meilleur. Raoust pose un regard doux sur la jeunesse, et lui insuffle un vent de liberté. Dans son écriture comme sa mise en scène, Rêves de jeunesse se joue des codes et surprend d’une scène à l’autre. Et si le film comporte quelques éléments bancals (notamment les traits parfois caricaturaux de certains de ses personnages), ils sont cependant balayés par l’inattendu délicieux dans lequel nous berce le réalisateur. 

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© Shellac Distribution

On remercie par ailleurs le cinéaste de mettre en lumière de jeunes pousses prometteuses – pour la plupart encore méconnus et trop rares à l’écran. A commencer par Salomé Richard, que l’on est ravis de retrouver après son rôle remarqué dans Baden Baden (2016) de Rachel Lang. En jeune femme taiseuse et mystérieuse, la Belge solaire captive, tout autant que Yoann Zimmer, que l’on a pu apercevoir dans Les Fauves (2018) de Vincent Mariette. Quant à la chanteuse Estelle Meyer, elle tient le rôle de Jessica, une participante de jeu de télé-réalité. Son personnage parvient à toucher par moments, malgré un côté grotesque trop poussé frisant le ridicule. C’est ici le personnage qui est bancal, et non la prestation de la comédienne, qu’on se le dise. 

Avec ce troisième long métrage, tourné en 20 jours, Alain Raoust pose une nouvelle fois sa patte particulière dans le paysage cinématographique français. Malgré ses défauts, Rêves de jeunesse mérite de piquer la curiosité des spectateurs puisqu’il est un « petit » film certes, mais un film bien plus intéressant que bon nombre de « mastodontes cinématographiques estivaux » du cru 2019. 

Rêves de jeunesse. Un film réalisé par Alain Raoust. Avec Salomé Richard, Yoann Zimmer, Estelle Meyer… France, Portugal. 1h32. Genre : Drame. Distributeur : Shellac Distribution. Sortie le 31 Juillet 2019.
Crédits photo : Yoann Zimmer et Salomé Richard © Shellac Distribution


Touche-à-tout, Camille a écrit et réalisé plusieurs courts métrages, et tenu différents postes sur des projets courts (première assistante, chef opératrice, cadreuse, scripte, photographe de plateau). Elle officie également en tant que directrice de casting sur des courts et moyens métrages. En parallèle, elle écrit pour Les Ecrans Terribles et Boum! Bang!, photographie compulsivement tout ce qui l’entoure, et voue un culte inexplicable aux ratons laveurs et au groupe The Clash, entres autres.

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