Rise by Les Ecrans Terribles
Séries

Rise aurait-elle compris tous les travers de Glee ?

Avec ses intrigues de lycée, sa passion pour la musique comme vecteur d’expression et ses méli-mélos amoureux, la nouvelle série du vétéran de Friday Night Lights Jason Katims avait comme une odeur de réchauffé. Bonne nouvelle : la véritable filiation de Rise est bien plus complexe qu’on ne le soupçonnait. La jolie découverte du printemps.

Loin de nous l’envie de forcer des comparaisons, pourtant. Mais à la lecture de son pitch, Rise partait d’avance avec un sérieux air de déjà-vu. Professeur d’anglais dans une petite ville de Pennsylvanie, Lou Mazzuchelli parvient à convaincre le principal de le laisser gérer le club de théâtre du lycée. Son rêve : abandonner les comédies musicales au rabais déjà mises en scène quinze fois pour monter L’Éveil du printemps (Spring Awakening), une pièce difficile traitant de la découverte de la sexualité. Mais dans cette entreprise Lou et sa jeune bande de comédiens impopulaires se frottent aux difficultés de faire exister ce spectacle ambitieux et complexe à défendre face aux parents récalcitrants, à des camarades hostiles et à l’équipe de football du lycée – et ses supporters -, pour qui l’art est une perte de temps et de moyens. Oui, bien malgré nous, Rise nous faisait d’avance penser à un néo-Glee, la série de Ryan Murphy qui nous a enchantés pendant six saisons (bon, surtout les deux premières). Que celui qui n’y a pas pensé nous jette la première pierre.

La rivalité débile entre les sportifs et les artistes, l’incompréhension du personnel enseignant devant le désir de légitimer ce club de théâtre, le footballeur qui navigue entre le terrain et la scène et s’entiche d’une de ses partenaires, le coach sportif antipathique et menaçant… Indéniablement, les ingrédients de Rise nous paraissent bien familiers – Glee en ayant déjà récupéré quelques-uns de l’incontournable High School Musical quelques années auparavant. Bien heureusement, les comparatifs s’arrêteront là. Malgré tout le bien qu’on a pu penser (et pense toujours) des premières années de Glee, la série de Ryan Murphy était vite devenue un juke-box ambulant, sacrifiant sa propre cohérence narrative et celle de ses personnages sur l’autel du divertissement musical souvent forcé. Au vu des quelques épisodes déjà diffusés par NBC, Rise semble prendre un tout autre chemin, de quoi s’éloigner de cette impression de réchauffé qui a persisté durant tout le visionnage du pilote.

Rise by Les Ecrans TerriblesLa mission de Lou Mazzuchelli (Josh Radnor) ? Apprendre la passion aux jeunes pousses du lycée. 

Theater Night Lights ?

Mettons les choses au clair : le chant en lui-même ne tient qu’une place infime dans la narration de Rise. Deux minutes, peut-être trois au maximum, sur la quarantaine que dure chaque épisode. Bien moins que dans Glee ou même Smash, qui racontait elle-aussi l’élaboration d’un spectacle musical (de Broadway celui-là). Rise se moque d’être pop et se contrefout des performances. Lorsque Lilette, Robbie, Simon ou Gwen, les quatre vedettes du spectacle, apposent leurs voix sur les textes des chansons, ce n’est pas tant la musique qui compte, ou leur habileté à la mettre en valeur, mais leurs regards, leurs attitudes. Le malaise ou le confort, la sécurité ou le dilemme. Ce sont les regrets et les attentes, les espoirs et les sentiments, qui se trouvent exacerbés ou mis à mal par les quelques airs qu’ils entonnent et qui résonnent souvent bien singulièrement. Contrairement aux héros de Glee, qui peinaient parfois à exister et se limitaient souvent à une simple idée de personnages (la jeune fille juive à la voix d’or qui se rêve en nouvelle Barbra Streisand, le footballeur au grand coeur, le gay dans le placard, la cheerleader bitchy…), ceux de Rise s’incarnent vite. Les problèmes familiaux se répercutent au sein du lycée, et inversement. Ils impliquent des prises de décisions, des choix cornéliens. Ils sont difficiles, ils sont vitaux. Ils font grandir.

À travers ces adolescents, mais aussi ces adultes, Rise nous parle de la difficulté d’évoluer dans un univers qui ne nous comprend pas. Les parents qui décident à notre place, les enfants qui n’écoutent pas nos conseils, les incompréhensions entre les différents milieux sociaux, l’être aimé et ses réactions imprévisibles. Les autres, tout simplement. Définitivement, en quelques épisodes, Rise s’est vite distinguée de son aînée musicale. Bien moins accessible, bien plus dramatique. Peut-être trop. Les sujets graves s’enchaînent, les moments de respiration se font rares : l’alcoolisme adolescent, la solitude, l’incommunicabilité entre les parents et leurs enfants, les rêves déchus, et partout, cette quête d’identité, qu’elle soit sexuelle, transgenre, familiale. Des thèmes forts hérités du savoir-faire de son showrunner, Jason Katims. En 2001 déjà, Katims observait l’Amérique populaire à travers le prisme d’une passion : le football. “It’s not just some game, you realize that ?”, pouvait-on entendre dans Friday Night Lights à l’époque. “It’s about tradition, and spirit and keeping this town alive !’. À sa manière, Lou Mazzuchelli (Josh Radnor) cherche lui aussi à faire revivre sa petite ville, à lui faire retrouver son âme, à travers la musique, l’émotion et l’investissement de sa jeunesse. À deux âges où s’entassent tous les grands questionnements (l’adolescence et la quarantaine), les héros de Rise tentent de faire le point et cherchent leur place, individuelle et collective, dans le monde qui les entoure. Avec peut-être un peu trop de drama, mais une humanité insoupçonnée !

Rise, créée par Jason Katims. Avec Josh Radnor, Marley Shelton, Rosie Perez. 10x40min.Diffusé sur NBC le mardi soir depuis le 13 mars 2018. Inédit en France.

update : Trop de drame tue le drame ? NBC a officiellement annulé la série après une saison de dix épisodes ce samedi 12 avril. Tristesse.

Gauthier Moindrot

Élevé dès le collège à la Trilogie du Samedi. Une identité se forge quand elle peut ! Télé ou ciné, il n'y a pas de débat tant que la qualité est là. Voue un culte à Zach Braff, Jim Carrey, Guillermo DelToro, Quentin Tarantino et Balthazar Picsou (because why not ?).

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