Films

Ces scènes de 2018 qui nous restent en tête

Février est arrivé, cela fait donc plus d’un mois que 2018 a fermé ses portes. Mais, le cinéma et les séries faisant bien leur job, quelques scènes nous hantent encore et se rappellent à nous, parfois quand on s’y attend le moins. 2018, année marquante ? On en a toujours été convaincu, et les six séquences qui vont suivre ne pourront que le confirmer.

 

La séquence d’ouverture d’Hostiles de Scott Cooper 

« L’américain a, par essence, une âme rude, solitaire, stoïque, une âme de tueur. Il l’a toujours eue ». Scott Cooper, avec cette citation d’ouverture, donne déjà le ton d’Hostiles. Et cela se confirme avec la première séquence du film, où rien n’est épargné au spectateur, où la cruauté humaine se révèle dans toute sa brutalité. Le réalisateur américain met en scène une séquence de massacre, celui de la famille de Rosalee Quaid (Rosamund Pike), qui voit périr sous ses yeux son mari et ses trois enfants. Spectaculaire, brutale et sanguinaire, cette séquence efficace est l’élément déclencheur de la rage – et du deuil – de Rosalee. Un état d’esprit dont elle tente de sortir sur le reste du film.

Camille Griner

Hostiles by Les Ecrans Terribles

Une certaine idée du pourrissement : Under the Silver Lake  (2018)

Au début du dernier acte du film survient le face à face déjà culte entre Sam (Andrew Garfield) et le Compositeur (Jeremy Bobb), un homme mystérieux et instable qui révèle au jeune homme qu’il est LE créateur de tous les tubes pop/rock du monde entier, que c’est lui qui a tout composé et que personne ne pourra rien y faire. Perturbé par cette révélation, Sam finit par lui fracasser la tête avec la guitare de Kurt Cobain pour sauver sa peau, dans un effet ultra gore qui convoque les Evil Dead de Raimi. Le Père est tué, le Fils peut enfin avancer et s’élever pour de bon afin d’atteindre la Vérité Ultime qu’il recherche inlassablement depuis le début. Au-delà de son visuel choc, la séquence synthétise surtout la symbolique vertigineuse du film : nos vieilles idoles de la Pop Culture sont soit des imposteurs, soit des cadavres en décomposition qui errent dans l’inconscient collectif.

Gabriel Perron

Hérédité, d’Ari Aster 

Si Hérédité ne manque pas d’images fortes, il brille avant tout par la puissance de son montage lent et rigoureux qui multiplie les jeux de miroir. Parmi les raccords brillants qui structurent ses meilleures séquences, on retiendra évidemment le fantastique plan inaugural, usant de trucages astucieux pour attirer notre attention sur les pièces du puzzle que nous devrons construire. Tout le film est déjà là, de la cabane encore paisible qui abritera le grand finale, à l’étrange demeure familiale fondue dans le décor d’une maison de poupées… Habile métaphore pour initier l’histoire d’une famille manipulée, tout comme notre regard déjà pris en otage par le cinéaste. Bien joué, Mr Aster.

Thomas Manceau

Hérédité by Les Ecrans Terribles

Chaleur des souvenirs vs. froideur de l’existence : l’épilogue de Call me by your name

À la toute fin de ce chamboulement amoureux, après deux heures d’une épopée intime et sensuelle enivrante, Elio apprend que son amant américain est fiancé à une jeune femme. Face à la cheminée, alors que ses parents dressent la table autour de lui, Elio ressasse ces quelques semaines d’émotions brutes, ses espoirs et ses regrets, son éveil sexuel et le deuil qui l’a suivi. Dans un long plan fixe à la beauté déchirante, la lumière des flammes dansent sur le visage de Timothée Chalamet tandis que Sufjan Stevens chante la perte de l’être aimé. Amira Casar finira par l’interpeller et le sortira de ses souvenirs. La vie continue et l’appelle, froide et quotidienne, bien loin de la chaleur de son premier amour. Toute la beauté de Call me by your name est condensée en quatre minutes : Guadagnino nous donne envie de retomber amoureux pour la première fois, quitte à en pleurer de désespoir. Aimer, c’est aussi souffrir (et inversement), non ?

Gauthier Moindrot

The Haunting of Hill House
Episode 2 : Open Casket – « We’re all stories, in the end ».

Chaque épisode ajoute sa pierre à l’édifice dramaturgique du couple Crain et de leurs cinq enfants. L’épisode 2 se concentre sur Shirley (deuxième née de la fratrie). Flashback : la jeune fille fait face à la mort pour la première fois alors qu’elle doit enterrer un chaton. Shirley prononce son premier éloge funèbre, l’histoire qui continue de faire vivre le défunt après sa mort. Une réflexion sur la relation entre vivants et disparus qui n’est pas sans rappeler Six Feet Under, la géniale série d’Alan Ball. Shirley Crain (Elizabeth Reaser) est la nouvelle David Fisher (Michael C. Hall) : même obsession de la perfection, même sang-froid à toute épreuve, même choix de carrière. Mais si poésie et philosophie parsèment l’intrigue de The Haunting of Hill House, l’effroi sait reprendre ses droits. Et la cérémonie bucolique du petit félin de se transformer en souvenir traumatique…

Laïss Barkouk

The Haunting of Hill House by Les Ecrans Terribles

Avengers : Infinity War – Tomber les masques…

Alors que la main baguée de Thanos bouleverse l’ordre du monde, l’évaporation des corps tend au vertige dans une perturbante beauté. Un à un, les héros du MCU s’envolent en lambeaux, laissant les quelques survivants hagards et interdits. Lors de cet événement attendu mais redouté, un plan suspend un instant la course du chaos  : mon regard retient l’image d’un père et de son fils que le sang ne lie pas, mais dont l’amour pudique s’est affirmé au fil de leurs aventures. Après une étreinte avec Stark où l’on sent le désespoir du fils (« I don’t want to go »), c’est en gros plan que Peter Parker s’évapore, le visage nu, dans son humanité profonde. Tony Stark est penché sur lui, immobile, comme pour fixer dans son esprit l’image de ce visage innocent pris dans la tourmente d’une apocalypse. La fin d’un monde et la fin d’un sentiment de contrôle… Dans la salle de cinéma, les corps se raidissent à mesure que Peter s’envole après un « sorry » qui vient dire à la fois la candeur et l’engagement du jeune Spider-man, en quête de la reconnaissance de la figure paternelle qui le couve à présent de son regard sans aucun jugement. De tout ce que Tony Stark aura eu à affronter jusqu’à présent, ce moment anti-spectaculaire est nécessaire et fondateur. Faire tomber l’armure, accepter son impuissance, accéder à sa propre vulnérabilité… La vraie étoffe des héros.

Carole Milleliri

Avengers Infinity War by Les Ecrans Terribles

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