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Films

SISTER : L’ange mythomane

Le deuxième long métrage de Svetla Tsotsorkova compte l’histoire de Rayna, jeune femme au quotidien morne et à forte tendance mythomane. Non sans quelques bémols, Sister séduit grâce à sa lumineuse interprète principale et ses quelques jolies trouvailles. 


Rayna (Monika Naydenova) est une jeune fille au tempérament explosif et au visage d’ange. Avec sa mère (Svetlana Yancheva) et sa sœur (Elena Zamyarkova), elles tentent de survivre en fabricant des figurines en terre cuite qu’elles vendent aux touristes sur le bord de la route de leur village bulgare. Pour échapper à l’ennui de son existence, Rayna invente souvent des histoires – et surtout beaucoup de mensonges. Mais ce jeu au début amusant finit par menacer le fragile équilibre de sa famille. Miro (Assen Blatechky), ours mal léché qui maquille des moteurs de voiture, entretient une relation avec la grande sœur de Rayna. Une relation qui intrigue tellement la jeune fille qu’elle ne peut s’empêcher d’y mettre son grain de sel. Entre mensonges éhontés, sous-entendus déplacés et interventions répétées, Rayna sème rapidement la zizanie. Sans limite, la jeune femme se laisse emporter dans un tourbillon incessant de mythomanie. La première séquence du film en est un bel exemple : Rayna, face caméra, conte son passif familial morbide – et inventé, évidemment – à des touristes de passage. Un drame familial fictif immoral qui ne fait à aucun moment sourciller les touristes. 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Svetla Tsotsorkova ne met pas la société bulgare en valeur : la difficulté de gagner sa vie, la corruption et les abus sexuels dans la police, les couacs du système de santé… Les touristes ne sont cependant pas en reste avec leurs sourires niaiseux, leurs vêtements dépareillés et leur indifférence frappante face aux dires de Rayna. La réalisatrice offre une version misérabiliste factice à un auditoire qui l’attend, et si les touristes étaient finalement la représentation des spectateurs ? Rien n’est moins sûr. Le film adopte par moments un sérieux qui frôle l’excès, et donc l’ennui. Pourtant, la réalisatrice parvient à allier habilement les genres du drame social, du thriller psychologique et parfois même de la comédie.

Si Sister apparaît comme un film sombre teinté d’un humour burlesque, il prend une teinte dramatique en seconde partie lorsque le passé de la famille refait surface. Le scénario est très simple, voire minimaliste : c’est l’histoire d’une jeune fille menteuse qui va apprendre de ses erreurs pour finalement dire la vérité. Rien de révolutionnaire a priori, et pourtant le film est captivant. Mais alors pourquoi est-on séduit malgré tout par Sister ? 

Un début de réponse se trouve dans la mise en scène de Svetla Tsotsorkova. Des cadres soignés, des travellings aussi rares que bien réalisés, un goût pour le surcadrage assumé ou encore des points de vue se voulant originaux, la réalisatrice n’a pas lésiné sur les détails techniques et confère à Sister une esthétique austère mais maîtrisée. Mais le véritable point fort du film est Monika Naydenova, bluffante dans la peau de Rayna. Déjà au casting du premier long métrage de Svetla Tsotsorkova, la jeune comédienne aux yeux azurs captive sur l’intégralité du film. Monika Naydenova insuffle une intensité étonnante à la complexité de son personnage au visage aussi angélique que dur, têtue, peu aimable, entre mensonges et innocence. Si Sister ne s’impose pas par son originalité scénique et scénaristique, il n’en reste pas moins un joli film au dénouement aussi simple (un plan fixe où aucun personnage ne dit mot) que touchant.

Sister. Réalisé par Svetla Tsotsorkova. Avec Monika Naydenova, Svetlana Yancheva, Assen Blatechky… Bulgarie, Qatar. 01h37. Genre : Drame. Distributeur : Tamasa Distribution. Sortie : 7 Octobre 2020.

Crédits Photo : © Tamasa Distribution.

Touche-à-tout, Camille a écrit et réalisé plusieurs courts métrages, et tenu différents postes sur des projets courts (première assistante, chef opératrice, cadreuse, scripte, photographe de plateau). Elle officie également en tant que directrice de casting sur des courts et moyens métrages. En parallèle, elle écrit pour Les Ecrans Terribles et Boum! Bang!, photographie compulsivement tout ce qui l’entoure, et voue un culte inexplicable aux ratons laveurs et au groupe The Clash, entres autres.

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