Cinéma,  Films

Irma : Double fin du monde

Premier long métrage des réalisateurs brésiliens Luciana Mazeto et Vinicius Lopes, Irma a le mérite de sortir des sentiers battus grâce à son côté expérimental et poétique. Plutôt inventif, ce coming of age féministe, quoiqu’un peu long sur sa première partie, raconte une double fin d’un monde mélancolique : celle de l’innocence de ses protagonistes, couplée à celle de la planète.

Lorsque la maladie de leur mère s’aggrave, Ana (Maria Galant) et sa petite sœur Julia (Anaís Grala Wegner) se rendent dans le sud du Brésil à la recherche de leur père. Sur la route, entre fantômes, super-pouvoirs et dinosaures, Julia ne se doute pas du caractère funèbre du voyage, mais son aînée sait que plus rien ne sera jamais comme avant. Alors que l’astéroïde WF42 se dirige vers la Terre, le paysage apparaît sous une lumière rose inconnue, le vent souffle et le voyage dissout la frontière entre le monde intérieur et extérieur…

Irma s’ouvre mystérieusement sur des plans fixes des deux jeunes filles, tour à tour de dos puis face à la caméra, immobiles. Elles ne font qu’un avec les images projetées sur elles, s’apparentant dans un premier temps au voyage, puis au cosmos – leurs corps et visages se fondant dans l’infini des astres roses. En lien avec l’introduction, mais plus ancrée dans la réalité, la scène suivante montre Julia et Ana au début d’un road-trip en bus. Leurs discussions nous laissent deviner deux jeunes femmes indépendantes et sauvages qui, au détour d’une conversation sur le mariage forcé, n’accordent pas plus d’intérêt à cette union qu’au prince charmant. Par ce biais, les réalisateurs appuient les valeurs de cette nouvelle génération contemporaine de femmes, protestant pour l’égalité et l’autonomie de leur corps. Des motifs qui reviennent tout au long du film. Le personnage d’Ana est l’illustration même de la combattante qui connaît ses droits et ne s’incline devant aucune imposition sociale. Quant à sa cadette Julia, elle est en proie à un changement important puisqu’elle est entrée dans l’adolescence et cherche sa place dans le monde. On assiste à l’instabilité progressive de la vie des deux sœurs, causée par le décès imminent de leur mère et des retrouvailles redoutées avec leur père. S’ajoute à cela la menace omniprésente de l’astéroïde WF42, des plus inquiétantes, puisque ni les personnages ni le spectateur ne savent ce qui se passera lorsque celui-ci frappera la Terre.

Le film aurait pu tomber dans un drame familial plus convenu au mélo poussif. Mais il n’en est rien, puisque Vinicius Lopes et Luciana Mazeto choisissent de faire de l’imaginaire des deux sœurs la réalité du film. L’univers visuel d’Irma est donc volontairement onirique, oscillant entre réalité et fantaisie. Le fait d’y avoir intégré la paléontologie avec la présence de fossiles et de dinosaures donne également une impression de changement imminent, et de cycles dans le temps. Toute la première partie du film, quoiqu’un peu longue par moment, laisse entrevoir un bouleversement irrémédiable chez les protagonistes – la perte de leur innocence – et du monde – le crash de l’astéroïde. L’ambiance est donc tendue et ébranlée pour Ana, Julia et le spectateur. Le point le plus intéressant du récit est cette incertitude face à l’avenir. Un sentiment qui anime chacun d’entre nous à plusieurs étapes de la vie. Lopes et Mazeto restituent joliment cette période charnière en choisissant d’entrer dans l’intimité des deux sœurs pendant que le monde entier autour d’elles s’effondre. Tandis que l’innocence et la planète vivent leurs dernières heures, Irma nous invite tout en finesse à un voyage intérieur peuplé d’imaginaire, de séquences expérimentales et poétiques.

Réalisé par Vinicius Lopes & Luciana Mazeto. Avec Maria Galant, Anaís Grala Wegner, Felipe Kannenberg… Brésil. 01h28. Genre : Drame. Distributeur : Wayna Pitch. Sortie le 7 Juillet 2021.

Crédits Photo : © Wayna Pitch.

Touche-à-tout, Camille écrit et réalise des courts métrages, et officie en tant que directrice de casting sur de nombreux projets. Elle est également la rédactrice en chef des Écrans Terribles depuis mai 2021. Sur son temps libre, elle photographie compulsivement tout ce qui l’entoure, et voue un culte inexplicable aux ratons laveurs, aux bandes originales mélancoliques et au grand écran, entres autres.

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