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Série Series 2021 : Rencontre avec les créateurs de Survivors (RAI/France Télévisions)

Depuis ses premières éditions, le Festival Série Series de Fontainebleau accueille un grand nombre de séries européennes en devenir. Certaines en développement, d’autres en tournage, d’autres encore préparant leur diffusion avec des premiers épisodes en avant-première. Difficile de prédire quels projets deviendront grands d’une édition à l’autre, mais depuis le mouvement de coproduction générale touchant les diffuseurs publics comme privés, certains ont su tirer leur épingle du jeu. C’est le cas de Survivors, série de la chaîne publique italienne RAI présentée en 2018, qui est devenue depuis une coproduction internationale avec les Allemands de la ZDF et France Télévisions. Tournée en Italie depuis octobre 2020, avec des ralentissements dûs au COVID, la série comptera dans son cast Stéfi Celma (Dix Pour Cent) et Adèle Wismes (Les Grands). Le principe est simple : un bateau porté disparu depuis plus d’un an, L’Arianna, est miraculeusement retrouvé avec certains de ses passagers sains et saufs. Sept survivants (sur la douzaine de passagers au départ) vont devoir se réadapter à leur vie alors que de sombres secrets ne tardent pas à se faire jour. A l’été 2018, nous avions rencontré la directrice d’écriture Viola Rispoli et un des co-créateurs, Giovanni Galassi, alors qu’ils présentaient leur projet, encore en écriture. L’édition 2021 de Série Series a vu la diffusion des premières images pendant un panel composé de la directrice de la fiction internationale de France Télévisions, Nathalie Biancolli, et un des producteurs pour la RAI, Michele Zatta. La date de diffusion est encore inconnue.

Pourriez-vous me dire si Survivors est la première série de cette envergure sur laquelle vous avez travaillé, que ce soit pour une chaîne publique ou privée ?

Viola Rispoli : Oui, j’ai travaillé sur la série Squadra Criminale et d’autres séries très connues en Italie, comme Il Paradiso dell Signore (ndr : également sur Doc, série procédurale diffusée cette saison sur TF1). L’idée originale est venue de quatre jeunes scénaristes dont Giovanni Galassi, Sofia Bruschetta et Tommaso Matano. 

Giovanni Galassi : Et pour nous autres, c’est notre premier gros projet. Le premier que nous avons créé, même si nous avions écrit un téléfilm auparavant. Nous l’avons créé à une école de scénaristes à Perugia, qui est financée par la RAI. C’est un programme d’un semestre pour la création et l’écriture de séries. Et la chaîne a amené Viola sur le projet car ils avaient besoin de quelqu’un de plus expérimenté. Donc nous travaillons tous ensemble dessus.

Le pitch de la série est un concept ambitieux, et les sériephiles auront tôt fait de le rapprocher de séries comme Lost. Vous avez évoqué des éléments qui rappellent fortement la série : deux chronologies séparées, six ou sept rescapés, un mystère central sur le bateau… 

V.R. : Dans Lost, les personnages sont perdus. Dans Survivors, on retrouve les rescapés…

G.G. : On est à l’opposé, puisque la série commence avec les rescapés retrouvés vivants.

V.R. : On raconte aussi ce qu’il s’est passé sur le bateau dans des flashbacks, pour éclairer ce qu’il se passe dans le présent.

G.G. : Il y a le même cadre, avec l’eau, mais notre série se rapproche plus de séries avec un retour à la vie normale des disparus, un peu comme Homeland et la série originale Hatufim

Survivors est donc une série dramatique sans élément fantastique : le bateau n’a pas disparu dans le triangle des Bermudes. Est-ce que c’est quelque chose que vous allez affirmer d’emblée au public ?

V.R. : Notre intérêt est d’explorer la psychologie et l’humanité de ces personnages. C’est notre projet. 

G.G. : Mais nous voulons quand même laisser libre cours à l’interprétation. Nous n’allons pas incorporer des événements surnaturels, mais le concept lui-même peut verser dans ces territoires. 

En termes de personnages, avez-vous constitué un ensemble de protagonistes aussi divers que possible ? Le concept parle d’une douzaine de passagers qui quittent la baie de Gênes (ville portuaire du nord de l’Italie) sur ce bateau. Sont-ils de tous bords et de toutes origines ?

V.R. : Nous avons une douzaine de passagers, et six sont rescapés au début de la série. Nous allons aussi jouer avec le mystère d’un septième passager, qui n’était pas sur le bateau au départ.

G.G. : Nous avons un jeune garçon de 14 ans, et quelqu’un de plus âgé, de 65 ans…. Nous n’avons pas d’immigrants, mais nous avons vraiment un panorama large. Même si nous n’avons pas de visée sociologique, il est intéressant de voir la création d’une nouvelle société, avec ses propres règles. 

Pour les flashbacks, avez-vous prévu un tournage en pleine mer sur le bateau ?

G.G. : On peut dire qu’une partie se fera en pleine mer, mais une autre se fera dans un environnement maritime contrôlé à Malte. 

Est-ce que Survivors aborde le traumatisme lié à l’expérience des rescapés, le complexe du survivant ? La fin de la présentation esquisse la question des limites que chacun est prêt à repousser afin d’assurer sa propre survie. Vous avez parlé de Homeland : Brody vit toutes sortes d’épreuves pendant sa captivité…

V.R. : On veut vraiment aller aussi loin que possible dans le vécu des rescapés, même pour une série de prime time sur la RAI. Mais ça ne veut pas dire que ce sera sanglant. La série parle de ce qui peut arriver à une personne normale mise dans une situation extrême, questionner la notion de bien et de mal. Quelquefois, ces notions sont claires ; dans ces situations, elles le sont moins. Il est difficile de s’identifier à ce qu’ils font pour survivre physiquement. Et lorsqu’ils sont secourus, comment vont-ils survivre en étant si différents de ce qu’ils étaient au départ ? Et comment peuvent-ils vivre avec les secrets qui ont changé leurs vies ?

G.G. : Évidemment, ce sera plus moderne et complexe, avec un ton plus fédérateur pour l’international, mais la RAI et notre producteur Michele Zatta nous ont vraiment poussé à renforcer la dramaturgie.

V.R. : Beaucoup de choses et de problèmes arrivent aux rescapés dans le présent. Un des proches des rescapés est un policier qui a perdu son fils, et mène sa propre enquête. Mais il n’y a pas d’enquêteurs ou de police dans cette série. Il a cette obsession d’honorer la mémoire de son fils, et à travers ses yeux, les téléspectateurs vont reconstituer une partie du puzzle et de la vérité.

Survivors, série franco-germano-italienne en 12 épisodes de 50 minutes. Créée par : Giovanni Galassi, Sofia Bruschetta, Tommaso Matano et Ivano Fachin. Avec : Lino Guanciale, Barbora Bobulova, Stéfi Celma, Vincenzo Ferrera, Adèle Wismes… Date de diffusion inconnue.

Crédits Photo : Survivors © D. R. 

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