Cinéma,  Films

I’m Your Man : Don Juan de synthèse

Auréolé de l’Ours d’Argent de la Meilleure Interprétation à la Berlinale 2021, I’m Your Man est une romance aussi charmante qu’authentique qui interroge notre rapport à la tendresse artificielle, et plus largement au bonheur et à l’amour, dont on ressort avec un large sourire.

Alma (Maren Eggert) est une brillante scientifique célibataire et la candidate idéale pour se prêter à une expérience unique : vivre pendant trois semaines avec Tom (Dan Stevens), un robot à l’apparence humaine parfaite spécialement programmé pour correspondre à sa définition de l’homme idéal. L’existence de cet humanoïde ne doit servir qu’un seul but : rendre Alma heureuse. Après Stefan Sweig, Adieu l’Europe (2016) et la série Netflix Unorthodox (2019), Maria Schrader choisit d’adapter sur grand écran une nouvelle d’Emma Braslavsky dans laquelle une femme rencontre un robot. Dans un Berlin intemporel à la mise en scène simple mais élégante, la réalisatrice allemande réveille nos questionnements autour de la création d’humains bioniques et la possibilité qu’un jour des robots puissent être des partenaires romantiques. Une idée qui suscite à la fois fascination et crainte, tant on assiste régulièrement aux avancées majeures en matière d’intelligence artificielle et les dérives qui peuvent en découler si cela tombe entre de mauvaises mains. Mais il y a un hic dans la machine, car un être créé de toutes pièces par l’Homme, malgré une mission plus que louable dans I’m Your Man, n’est pas doté du même panel d’émotions que nous autres pauvres mortels. Un humanoïde ne peut que chasser la solitude et combler en apparence le désir d’amour et de confiance en soi de son partenaire en chair et en os. Une ambivalence que comprend rapidement Alma, qui ne va avoir de cesse de lutter contre une certaine anxiété face à son isolement et le côté artificiel et froid de la relation qu’elle entretient avec Tom qui, de son côté, met les bouchées doubles pour la combler (bain, bougies et pétales de rose compris).

En s’intéressant à la relation trouble et ambiguë entre une femme et un humanoïde masculin, le film casse par ailleurs le mythe du robot féminin sexy et source de désir largement majoritaire au cinéma. On pense notamment à Metropolis (1927), les femmes androïdes de la première série Star Trek (1966), Rachel dans Blade Runner (1982), la voix féminine artificielle dans Her (2013) ou encore le personnage d’Ava dans Ex Machina (2014), pour ne citer qu’une poignée d’exemples. Et là où I’m Your Man aurait pu tourner au manifeste anti robots pour faire l’éloge de l’amour et du bonheur véritables entre vrais gens, il choisit l’humour par le biais de situations délectables dans une relation étonnante qu’on imagine volontiers vouée à l’échec. Le film se mue alors progressivement en un conte aussi charmant que poétique. Le comportement de Tom, interprété brillamment par Dan Stevens, entre serviteur éclairé et machine consentante, vous fera (sou)rire à de multiples reprises par ses réactions, ses mouvements, ses punchlines et ses capacités incroyables malgré son absence de conscience, d’ambition, de liberté et d’humanité. Maren Eggert est quant à elle bluffante dans les traits de la renfrognée et pragmatique Alma, qui s’attache lentement mais sûrement à son Don Juan de synthèse. Avec son esthétique colorée et douce digne d’une comédie romantique, I’m Your Man dépeint les péripéties d’un duo bancal mais attachant qui ne laisse pas de marbre et donne envie de roucouler encore et encore – surtout avec l’arrivée des beaux jours. Un flirt estival avec un humain ou un robot, ça, c’est à vous de voir.

Réalisé par Maria Schrader. Avec Maren Eggert, Dan Stevens, Sandra Hüller… Allemagne. 01h45. Genres : Romance, Science-fiction, Comédie, Drame. Distributeur : Haut et Court. Ours d’Argent de la Meilleure Interprétation à la Berlinale 2021. Sortie le 22 Juin 2022.

Crédits Photo : © Christine Fenzl.

Camille écrit et réalise des courts métrages, et officie en tant que directrice de casting sur de nombreux projets. Passée par les rédactions de Studio Ciné Live, Clap! Mag & Boum! Bang!, elle est rédactrice chez Les Écrans Terribles depuis 2018.

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