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The Batman : Gotham a peur de moi, j’ai vu son vrai visage

Le premier flic de Gotham renfile son costume dans un film nerveux et gothique d’un premier degré perturbant, offrant malgré tout un spectacle grandiose et excitant non sans une certaine complaisance. Analyse avec spoilers d’un The Batman pétri de bonnes intentions et de contradictions.

Tous les soirs, les pavés de Gotham City accueillent les larmes de sang et de ciel d’une ville en tension permanente. Les nuits se suivent et se ressemblent pour le chevalier noir qui doit faire face à la population gangrénée par une société malade et avide de pouvoir. Terrifié par la violence de sa propre métropole, l’adulescent millionnaire Bruce Wayne enfile une armure pour se la jouer sombre et innocent à l’instar de ses pensées qu’il tient dans un journal de bord écrit au rythme d’un thème musical emo. Batman se veut symbole de justice, tapi dans l’ombre, là où on ne l’attend pas, là où parfois même il n’est pas, pour susciter chez les petits voyous un sentiment de peur viscérale. Mais tel est pris qui croyait prendre, puisque notre super-détective a de la concurrence, le mystérieux Riddler campé par un Paul Dano ravagé, qui élimine violemment les politiciens corrompus en laissant une traînée de signes aussi inquiétants que ceux du Batman lui-même. On suit ainsi des scènes de bagarre éprouvantes et excitantes dans un univers bariolé de rouge et de noir, agrémenté de grognements et trempé d’une invulnérabilité qui frise parfois le ridicule.

Monstrueux

Chaque itération de Batman permet d’avoir un nouveau point de vue sur ses agissements et Matt Reeves, dans une mise en scène soignée et brutale, se joue d’un jeune Bruce Wayne maladroit et torturé, persuadé d’avoir trouvé dans sa performance de mercenaire une façon de contenir une cité étouffée par la violence. Mais il comprend, un peu trop tard, que toute l’imagerie de terreur qu’il a fabriqué se retourne contre lui. En effet, Riddler singe la méthodologie de Batman. Notre héros a un Bat Signal qu’il projette dans le ciel pour prévenir les bandits ? Le Riddler dessine sur le visage scotché de ses victimes une cible avec un point d’interrogation en guise de mire. Batman est « La Vengeance », mais son antagoniste aussi ! Gare aux mauvais esprits qui ne voient cependant aucune différence entre les deux personnages. Le Riddler pose des énigmes et assassine, alors que Batman déteste réfléchir et limite ses pulsions meurtrières à de modestes coups de grappins dans les mollets.

Tout ce parallèle sert de terreau à une comparaison prolifique : Batman et le Riddler sont des monstres. Les similarités ne s’arrêtent d’ailleurs pas à leurs sémiologies communes de la représaille mais aussi à leur façon d’agir, de voir et d’être. Pour parfaire cette comparaison habile entre Batman et le vilain, la caméra confond les points de vue des deux personnages : ils sont voyeurs et observent les habitants à travers des jumelles hitchcockiennes à la cime des buildings ; ils sont orphelins et pensent que la ville est dangereuse, prêts à tout pour la guérir de son mal. Et tous deux pensent avoir la légitimité de la violence. Personne n’est d’ailleurs surpris, quand dans un twist final, le Riddler inspire des terroristes en herbe à devenir eux-mêmes « La Vengeance ».

© 2021 Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved.

Oui, mais moi j’ai le droit

En plus d’être une enquête aussi bien ficelée qu’un épisode de Detective Conan, The Batman est un film d’action qui ne retient pas ses coups, plus brutal que ses prédécesseurs, et se focalise en grande partie sur l’agressivité de ses personnages. Plongé dans une direction artistique littéralement gothique, de la photographie rouge et noire, à la pointe menaçante de la Tour Wayne, en passant par la sublime musique de Michael Giacchino, Batman se lâche dans de longues séquences de bagarres excitantes et parfois même un peu flippantes. Sa première apparition dans une lugubre station de métro face à une bande de voyous maquillés retranscrit bien toute l’ambivalence du protagoniste, capable dans une chorégraphie impeccable de briser mécaniquement des os à la chaîne, sans jamais desserrer la mâchoire.

Mais il est difficile de ne pas se sentir floué quand l’intrigue tente de retourner son protagoniste en involontaire bras droit armé d’un putsch, alors qu’il a largement profité de toute la légitimité et l’intensité jouissive d’une violence décomplexée aux symboles fascisants pendant plus de 02h45. Surtout quand cette rhétorique de la vengeance s’impose aussi à Catwoman avec du paternalisme mal placé mais sans pouvoir d’exécution.
En effet, Selina Kyle, voleuse vengeresse opérant sous le masque d’une Catwoman et sous les traits d’une Zoé Kravitz qui oscille entre acte de présence et jeu lumineux, n’a pour sa part malheureusement pas la chance de pouvoir dézinguer les vilains. Pire, sa violence incontrôlable est mise sur le dos d’une forte sensibilité à laquelle Batman, parangon maniaque de la vertu, répond en séchant ses larmes et en lui retirant ses armes. Et le contrôle de Bruce ne s’arrête pas là. Durant toute une séquence d’infiltration, Selina, équipée d’une paire de lentilles, reçoit par l’intermédiaire d’une oreillette une ligne de conduite pour servir d’appât au Pingouin tandis que Bruce est calé au frais au fond de sa maxi Batcave.

Fasciste, nan ?

On tire du film une expérience mitigée. L’univers proposé par Reeves est terriblement grisant, les acteurs sont fantastiques et heureux d’être là mais l’intrigue s’étiole sur la longueur avec des énigmes en poupée rousse à base de jeux de mots rétro futuristes et de maquillage coulant. Si le caractère pensée magique cryptofasciste de Batman est pris au sérieux, rien ne semble vraiment abouti et tout s’achève dans le kitsch d’une voix off, avec notre chauve-souris dépressive favorite  qui se demande si, au fond, exploser à coup de BatPoing la moitié de la ville en agitant un signal cauchemardesque ne ferait pas de lui un méchant. Le retournement de situation final aurait sûrement mérité un traitement plus poussé pour ne pas se contenter d’être un outil scénaristique kleenex qui ne changera probablement rien à la brutalité de Batman au prochain opus (s’il y en a un). Dans un film de 3h, ne pas prendre le temps pour traiter son sujet, c’est un peu dommage. On s’interroge, notamment, sur la nécessité du Pingouin qui, bien qu’excellent, étire le récit sans ajouter de substance à l’ensemble. On en ressort avec la satisfaction coupable mais éphémère d’un emoboy des années 2000, qui joue de la gratte sur sa Batguitare dans une Batgrotte remplie de posters de Kurt Cobain, en boucle sur Smell Like Teen Spirit parce que c’est la seule musique qu’il connaît et qu’il est persuadé d’être le seul à vraiment la comprendre. Et en plus c’est la classe en soirée.

Réalisé par Matt Reeves. Avec Robert Pattinson, Zoë Kravitz, Paul Dano… États-Unis. 02h57. Genres : Action, Policier, Thriller. Distributeur : Warner Bros. France. Sortie le 2 Mars 2022.

Crédit Photo : © 2021 Warner Bros. Entertainment Inc.

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