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Deux Fils : L’Enfance d’Ivan

Avec Deux Fils, Félix Moati signe un premier long métrage drôle et mélancolique, avec un trio familial constitué de Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste et Mathieu Capella.

On prend les mêmes et on recommence. Après son court métrage Après Suzanne, Félix Moati met à nouveau en scène le personnage de Joachim, interprété par Vincent Lacoste, toujours en proie à un chagrin d’amour causé par une certaine Suzanne. Dans la lignée du cinéma de Thomas Lilti, Lacoste endosse une fois de plus le rôle d’un médecin, mais futur psychanalyste cette fois-ci. Benoît Poelvoorde joue avec une grande simplicité un père désemparé, en pleine crise existentielle. Le jeune et épatant Mathieu Capella, adolescent de 13 ans aux préoccupations d’adulte complète ce trio.

Deux Fils est avant tout un joli film sur l’absence, qui oscille de façon sensible entre comique et nostalgie. La mère de ces deux fils ne sera d’ailleurs jamais mentionnée, ce qui permet de centrer la narration sur les trois personnages masculins. Le long métrage s’ouvre sur la mort du frère du père de famille, Joseph (interprété par Benoît Poelvoorde), désœuvré, qui se rend aux pompes funèbres pour lui trouver un cercueil aux bonnes dimensions. Le décès de Jean bouleverse son frère, remettant en question jusqu’à sa vocation médecin. Il repart de zéro, en s’essayant à l’écriture d’un roman (raté). Joachim, quant à lui, reste inconsolable après sa rupture avec Suzanne. Les deux modèles du jeune Ivan se fissurent, il cherche des repères, en bravant les interdits, mais aussi à travers une brève phase mystique. La crise est partagée, et les personnages échangeront leur place sur le divan du psy, jusqu’à une scène comique pendant laquelle le frère, puis le père, bouleversés et en pleine insomnie, viendront s’épancher sur le lit du pauvre Ivan qui essaye de dormir puisqu’il a cours le lendemain.

Deux Fils © Le Pacte

Mais si les personnages sont en crise, l’absence et le doute leur donnent un véritable élan. Caméra dans le dos, ils s’élancent dans les rues de Paris au son d’un free jazz qui donne au film une ambiance feutrée. Une véritable fluidité de mouvement accompagne les protagonistes dans leurs pérégrinations. Le jeune Mathieu Capella saisit par sa maturité, tantôt malicieux, tantôt habité par des passions qui ne sont pas de son âge. Ivan veut devenir agrégé de latin, boit du vin rouge et fume des cigarettes. Félix Moati rend avec Deux Fils un hommage au cinéma de la jeunesse, celui de Skolimowski avec Deep End, qui s’incarne dans une scène romantique entre Joachim et Esther qui plongent dans une piscine. Mais c’est aussi Antoine Doinel que l’on reconnaît sous les traits d’Ivan, qui fait croire à sa professeure que son père est atteint d’un cancer, là ou Doinel évoquait à son professeur la mort présumée de sa mère dans Les 400 Coups de Truffaut. Deux Fils est sur un fil, entre humour et gravité. Mais s’il s’ouvre sur la mort d’un personnage, le film de Félix Moati se conclut par une nouvelle aube, pleine d’espoir et de vie.

Réalisé par Félix Moati. Avec Vincent Lacoste, Benoît Poelvoorde, Mathieu Capella. France. 1h30. Genre : Drame, Comédie. Distributeur : Le Pacte. Sortie le 13 février 2019.

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