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Pourquoi faut-il (re)voir Princesse Mononoké 20 ans après ?

Princesse Mononoké est un des plus grands chef-d’oeuvres de Hayao Miyazaki. Grâce à des animations magnifiques, mais surtout à sa profondeur philosophique, il a marqué les esprits des enfants et des parents des années 1990. Le film s’offre à présent une restauration à l’occasion du Studio Ghibli Festival aux Etats-Unis. Pourquoi celui-ci et pas un autre me direz-vous ? Parce que Princesse Mononoké est un voyage initiatique puissant qui traverse les années sans prendre une ride ! Entre relation nature/industrie, rapports conflictuels entre différentes cultures et féminisme, il n’a jamais autant été d’actualité.

Le village d’Ashitaka, jeune prince japonais, est attaqué par un démon-sanglier. En le tuant, il est atteint par le mal de la bête : une malédiction qui le rend puissant mais qui le transformera, à terme, en machine à tuer. Afin de briser le maléfice, Ashitaka part à l’Ouest pour en trouver la source, et découvre ainsi le village des forges dirigé par Dame Eboshi. Pour étendre la richesse de son peuple, cette dernière déforeste les alentours, et attaque les esprits de la forêt. Le jeune prince découvre que c’est elle qui est à l’origine du mal qui le ronge : la balle qui a empoisonné le sanglier provient d’une arme construite à la forge. Dame Eboshi se félicite d’avoir réussi à le tuer car il l’empêchait d’accéder au gisement de fer. Or, quelqu’un entrave encore avec hardiesse les plans de la maîtresse du village : Princesse Mononoké, la fille-loup.

Princesse Mononoké © Le Studio Ghibli

La guerre entre la nature et l’industrie est le principal thème du film. Or, l’intelligence du scénariste est de ne pas en faire un conflit manichéen. Le village des forges, avant l’arrivée de Dame Eboshi, était en perdition car la lèpre l’avait décimé. Elle est donc une réelle sauveuse et protectrice pour les habitants. Les esprits de la nature, quant à eux, sont bienveillants pour la plupart, mais également sauvages. S’ils attaquent et cherchent à détruire le village, c’est pour vivre en paix. Les deux camps ont le même but : leur survie personnelle. La paix ne pourra être restaurée que par des personnages essayant de comprendre ceux qu’ils affrontent : Ashitaka et San (Princesse Mononoké). Lui est le représentant du monde des hommes (intelligent et technique) mais possède un profond respect pour la nature dont il connaît les secrets et la puissance. Elle, élevée comme la fille de l’esprit des loups, est sauvage et violente. Bien qu’elle soit du côté de la nature et veuille combattre les hommes, San apprend à les comprendre au contact d’Ashitaka, qui lui prouve que son espèce n’est pas qu’une monstruosité destructrice. Pour l’année 1997, on peut dire que ce film est en avance sur son temps. Le rapport destructeur entre l’humain et son environnement y est critiqué avec finesse, puisqu’il n’est pas question de stopper l’avancée technologique, mais de trouver une manière plus juste et plus respectueuse de la nature pour y arriver.

Un conflit toujours d’actualité

Pour réellement briser la malédiction et ne pas devenir une machine à tuer, Ashitaka doit faire les choses « pour » et non « contre ». Il ne doit pas agir dans la colère car dans le cas contraire, il réveillerait le monstre qui grandit en lui. La philosophie prônée par l’anti-manichéisme du film est celle de la compréhension de l’autre et de l’acceptation de la différence. À vrai dire, plus que pour leur simple survie, hommes et bêtes se battent par peur de l’autre. Tous deux pensent que la partie inverse est le mal incarné, puisque les échanges ne se font que par la guerre et non par la discussion. Le débat sur la peur de l’autre et la recherche d’équilibre entre différentes cultures n’est-il pas complètement d’actualité ? Princesse Mononoké y apporte une réponse qui devrait être celle de tous : apprendre à respecter la diversité car elle forme au final la beauté de notre monde.

Princesse Mononoké © Le Studio Ghibli

Un second point agite encore notre société 20 ans après la sortie initiale du film : l’égalité homme-femme. En 1997, le scénariste et réalisateur Hayao Miyazaki propose une société matriarcale à ses spectateurs : dans le village des forges, ce sont les femmes qui ont le pouvoir. Elles travaillent à la forge pendant que les hommes ramènent la matière première. Dame Eboshi les forme, les protège et croit bien plus en elles qu’en les hommes, qui sont à ses yeux des chiffe-molles facilement corruptibles. Pour elle, les femmes sont plus fidèles, plus courageuses et possèdent une force mentale incomparable. Princesse Mononoké renverse les codes enracinés par des siècles de tradition patriarcale. Or ceci est encore fait avec subtilité. Le film ne défend pas le fait que les femmes devraient diriger le monde en écrasant les hommes, il montre simplement qu’elles sont aussi capables qu’eux. On peut reconnaître au Studio Ghibli d’avoir touché du doigt une vérité que nous cherchons encore à faire valoir : l’équilibre entre les sexes existe, et chacun est capable du meilleur si on en fait le protagoniste de l’histoire.

Merci, donc, au Studio Ghibli d’offrir à ce film une restauration ! Les plus jeunes pourront le découvrir grâce à la qualité des anciens enregistrements, et les plus âgés se rappelleront de la baffe qu’ils s’étaient prise il y a 20 ans. Digne du Prix Nobel de la Paix, Princesse Mononoké devrait être montré à toutes les générations présentes et à venir. Bien que les conflits ne soient pas prêts de finir, ce chef-d’oeuvre essaie d’y apporter une réponse poétique et pertinente.

Réalisé par Hayao Miyazaki. Studio Ghibli. Animation. Japon. Durée : 134 mn. Sortie française : 12 janvier 2000. 

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