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Jumbo : Un petit tour entre tes bras

Premier long métrage de la réalisatrice belge Zoé Wittock, Jumbo déroute par son sujet : l’objectophilie, le fait d’aimer et de désirer sexuellement des objets inanimés. Un thème radical et casse-gueule avec lequel la réalisatrice s’en sort plutôt bien malgré quelques fausses notes.

Jeanne (Noémie Merlant) est une jeune femme à part, très mal à l’aise en société et passant tout son temps libre à fabriquer des maquettes avec des guirlandes colorées. Elle travaille de nuit dans un parc d’attraction et vit une relation fusionnelle avec sa mère Margarette (Emmanuelle Bercot), fantasque et à la sexualité débordante. Alors que son patron Marc (Bastien Bouillon) la drague gentiment, Jeanne développe une passion amoureuse et charnelle avec l’attraction phare du parc, qu’elle baptise « Jumbo ». Ensemble, elles communiquent par le biais de clignotements et vibrations. Une idylle étonnante qui ne va pas manquer d’inquiéter Margarette…

Jumbo est une authentique bonne surprise malgré tous les à priori qu’il peut susciter. Même s’il est parfois difficile de se projeter dans cette histoire d’amour particulière, le point fort du film est de traiter l’objectophilie non pas comme une maladie, mais du point de vue de l’émotion sans chercher à la justifier auprès du public. Après tout, comme le dit très justement dans le film le personnage campé par Sam Louwyck (Bullhead, Keeper), Jeanne ne fait de mal à personne, et si elle est heureuse comme ça, pourquoi pas ! Atypique, Jumbo n’est cependant pas sans rappeler le vrombissant Christine (1983) de John Carpenter ou encore Crash (1996) de David Cronenberg. La réalisatrice a d’ailleurs imaginé au départ une idylle entre l’héroïne principale et sa voiture avant de se tourner finalement vers le milieu de la fête foraine. Un choix qui permet à Zoé Wittock de créer une esthétique originale, lumineuse et colorée, et des séquences poétiques presque féériques. N’insistez pas, on ne répétera rien, mais la scène d’amour fascinante entre Jeanne et Jumbo est une réinvention de la représentation du sexe au cinéma.

Si le sujet peut perturber, déranger et même laisser le spectateur de marbre, la réalisatrice belge a pourtant le mérite de rendre universel cet amour « différent ». Notamment à travers le dispositif de son « coming out ». On regrette cependant que la relation mère/fille, centrale mais frisant parfois le cliché, ne soit pas plus aboutie. Surtout que Noémie Merlant (Le ciel attendra, Portrait de la jeune fille en feu) et Emmanuelle Bercot (Polisse, Mon Roi) sont toutes deux remarquables dans leur rôle respectif. L’option d’une once de happy ending est également dommage, alors que bon nombre d’autres pistes auraient pu être plus intéressantes à traiter. Non sans fausses notes, Jumbo a malgré tout des attraits. Laissez-vous séduire par son casting convaincant et la beauté de ses plans hypnotisants à la lueur de néons. Un film charmant et onirique qui mérite d’être vu pour son originalité.

Jumbo. Réalisé par Zoé Wittock. Avec Noémie Merlant, Emmanuelle Bercot, Bastien Bouillon… Belgique, France, Luxembourg. Durée : 1h33. Genre : Drame. Distributeur : Rezo Films. Film d’ouverture du Champs Elysées Film Festival en ligne : 9 juin 2020. Sortie en salles : 1er juillet 2020.

Crédits Photo : © Williamk.

Touche-à-tout, Camille a écrit et réalisé plusieurs courts métrages, et tenu différents postes sur des projets courts (première assistante, chef opératrice, cadreuse, scripte, photographe de plateau). Elle officie également en tant que directrice de casting sur des courts et moyens métrages. En parallèle, elle écrit pour Les Ecrans Terribles et Boum! Bang!, photographie compulsivement tout ce qui l’entoure, et voue un culte inexplicable aux ratons laveurs et au groupe The Clash, entres autres.

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