Kabullywood by Les Ecrans Terribles
Films

3 bonnes raisons d’aller voir KABULLYWOOD

Face aux menaces que rencontrent chaque jour les artistes de Kaboul, une bande de jeunes rêveurs afghans se lance le défi courageux de restaurer un ancien cinéma désaffecté pour en faire un centre artistique. Leur quête est illustrée dans le docu-fiction Kabullywood du Français Louis Meunier. On vous donne trois raisons de prendre part au combat.

  • Parce que la culture, en Afghanistan comme ailleurs, mérite d’être défendue

Pour certains spectateurs plus jeunes que d’autres, entendre en ouverture que l’Afghanistan était une terre fertile pour les artistes avant de tomber aux mains des Talibans peut être une vraie surprise. Ce n’est pas l’image que l’on peut avoir du pays ces dernières d’années. On pense plutôt à un peuple qui peine à s’exprimer et à exister sous la répression de l’extrémisme religieux. À de nombreuses reprises, les jeunes hommes et femmes qui tentent de remettre le cinéma Aryub en état se voient répondre que le projet est dangereux, qu’ils ne sont pas en sécurité. L’attentat perpétré au café où se réunissent les artistes au début du film est là pour le prouver : l’art (au sens large) est un danger. Les gens ne doivent pas réfléchir ou s’évader, de quelque manière que ce soit. Les sociétés répressives ou totalitaires ont toujours fonctionné de cette manière (Fahrenheit 451 n’a pas été écrit par hasard). La bonne surprise de Kabullywood est que cette volonté de retaper le plus grand cinéma d’Afghanistan n’est pas qu’une histoire de cinéma. Lors du tournage, l’équipe l’a véritablement remis en état en vue d’une réouverture publique. Le film de Louis Meunier s’apparente donc à un docu-fiction (tout est écrit et romancé), mais aussi à un geste militant visant à rendre à la culture la place qu’elle n’aurait jamais dû perdre dans la capitale afghane.

  • Pour son portrait sans détour de la société afghane

Durant les années 1970, l’Afghanistan était un havre de paix. Après vingt-cinq ans d’oppression, la mise en échec des Talibans par les forces occidentales a donné naissance à un nouvel espoir, et avec lui une nouvelle scène culturelle. Mais les troupes ont quitté le pays et l’obscurantisme a repris petit à petit sa place. Daech n’est jamais loin. Les libertés et les droits sont bafoués. Des conceptions archaïques semblent encore faire loi, sans qu’on ne vienne les questionner. Le patriarcat a toujours raison de tout, les femmes ne sont que des objets dont on dispose à sa guise. « Les émeraudes ont besoin d’être polies pour briller », entend-on à un moment. « C’est la même chose pour les femmes. Choisis une femme, le mariage la fera briller, elle deviendra précieuse ». Nos oreilles saignent. Le film de Louis Meunier scrute l’obsession du mariage et du paraître, de cette pureté des femmes à préserver, sinon, « qu’est-ce que vont dire les voisins ? » dans une société où la norme est de s’endetter pour organiser ses propres noces, puis celles de ses enfants. Le tout sans que personne n’ait le droit de penser en dehors des cases et de vivre selon ses propres règles. Au-delà d’une déclaration d’amour à l’art, Kabullywood montre aussi et surtout le combat de jeunes afghans pour la liberté. Celle de ne plus attendre en grinçant des dents qu’on leur dicte quoi faire de leur vie.

Kabullywood by Les Ecrans Terribles
Naser, le véritable projectionniste du cinéma Aryub © Destiny Films
  • Pour son amour très clair du cinéma américain

L’ADN de Kabullywood est, par essence, protéiforme. Documentaire et fiction, sans être véritablement ni l’un ni l’autre, porté par des comédiens venus d’Afghanistan ou d’Iran et par le vrai projectionniste du cinéma Aryub (qui avait enterré les bobines de ses films pour que les Talibans ne les brûlent pas). Le tout filmé par un metteur en scène français ayant vécu dix ans en territoire afghan. Par son existence même, Kabullywood affirme son métissage, et son simple nom, en référence à la capitale américaine (mondiale ?) du septième art, ne cache pas son amour du cinéma américain. Ainsi retrouve-t-on de-ci de-là quelques scènes typiques des blockbusters américains, de la course-poursuite en voiture aux scènes tristes sur fond de violons plaintifs, en passant par une séquence de pur suspense où le potentiel risque d’attentat devient soudain bien trop réel. S’il en fait parfois des caisses, Louis Meunier joue de cette mixité de tons et évite les écueils du pamphlet pour livrer une œuvre hybride, finalement aussi attachante qu’elle est engagée.

Kabullywood, de Louis Meunier. Avec Omid Rawendah, Roya Heydari, Naser Nahimi. France / Afghanistan. Durée : 1h25. Distributeur : Destiny Films. Sortie le 6 Février 2019.

Gauthier Moindrot

Élevé dès le collège à la Trilogie du Samedi. Une identité se forge quand elle peut ! Télé ou ciné, il n'y a pas de débat tant que la qualité est là. Voue un culte à Zach Braff, Jim Carrey, Guillermo DelToro, Quentin Tarantino et Balthazar Picsou (because why not ?).

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