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L’Américaine : portrait tendre d’une femme libre

Dans son petit village du Jura, tout le monde l’appelle l’Américaine. Émilienne aurait pu être la grand-mère du réalisateur Joachim Michaux, si elle n’avait pas ardemment voulu vivre sa vie et conquérir sa liberté de l’autre côté de l’Atlantique.

Tu penses si j’avais la frénésie de me marier à dix-huit ans… Mais pas du tout !” Émilienne a les cheveux blancs et le dos courbé. Avec un large sourire aux lèvres, elle évoque son voyage à bord du ferry qu’il l’a conduite, jeune femme, à traverser l’océan pour rejoindre New-York où elle vécut près d’un demi-siècle après avoir quitté sa terre natale du Jura – et Julien, le grand-père de Joachim. De cette vie libre et singulière, il reste quelques images sur pellicule, de superbes films en super 8 tournés dans les années 60, que la vieille dame a confiés au réalisateur. 

“Sur ce continent inconnu, tu filmes l’ailleurs” 

Le tutoiement, en voix off, rythme cet instantané de vie, les fragments d’une existence qui nous parviennent à travers des images déployées sur quelques mois seulement, et dont Joachim Michaux tente de saisir la portée. Sa dimension documentaire d’abord, celle de l’après-guerre en Amérique, l’essor de la modernité, Broadway, les danses de rue et les grosses cylindrées. Émilienne, mince et belle dans une robe à motifs colorés, qui pagaie dans un petit canot. Le réalisateur s’interroge. Ces films ressemblent à des images rêvées, “les parcelles d’une vie qui ne lui ressemblent pas”. Nulle trace de sa précarité, des réalités de ses emplois de femme de ménage ou de cuisinière… Où sont les fêtes auxquelles assistait la jeune femme, qui se décrit comme une “pépée” un peu folle qui avait sans cesse la tête en l’air ? Quel est son quotidien ?

En contre-point, se révèlent les images du monde paysan auprès duquel Émilienne revient chaque été ; un univers ancien, comme figé dans le temps. Des laboureurs dans les champs de blé, à la lumière du couchant, tout droit sortis d’un tableau de Courbet, le pas lent de ses parents, un spectacle de guignol sur une petite estrade en bois du village… La fin d’une époque. “En apprend-t-on plus sur quelqu’un en observant ce qu’il a vécu ou en observant la manière dont il regarde le monde ?” Au détour d’un plan, d’un fragment de nature ou de la capture de gestes familiers, émerge le regard Émilienne. Un regard tendre, contemplatif. Ici et ailleurs, au croisement de deux univers et de deux époques. A travers ce portrait de femme profondément libre, qui s’est détournée de l’avenir auquel elle était destinée et s’est affranchie des normes, Joachim Michaux invoque la dimension réflexive du matériau photographique. De ces quelques bandes de pellicule, il tire une réponse à l’énigme qu’est l’autre.

L’Américaine. Joachim Michaux. Avec Émilienne Paponnet. France. 26 minutes. Production : Filmo 2. Diffusé le 17 novembre 2019, dans le cadre de la compétition régionale de Fenêtres sur courts, la 24e édition du festival international du court-métrage de Dijon.

Pour plus d’informations sur le festival, c’est ici.

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