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Les Animaux Anonymes : Vous êtes des animaux

Réalisateur de courts métrages pour la plupart dénués de dialogue et d’une trentaine de clips, Baptiste Rouveure passe au format long pour la première fois avec Les Animaux Anonymes. Le film, sans parole ici encore, est un hybride expérimental et intelligent qui ne manque pas d’idées malgré son petit budget. 

« Le rapport de force entre l’homme et l’animal a changé. Dans une campagne reculée, toute rencontre avec le dominant peut devenir hostile. » Voilà un synopsis bien mystérieux, et déjà inquiétant. Une inquiétude qui croît dès la première séquence du film où un homme, attaché à un tronc d’arbre sur le bord d’une route, guette les moindres faits et gestes aux alentours comme une bête apeurée. Et lorsqu’une voiture sort du brouillard épais, ralentit puis trace son chemin, le spectateur est, comme le protagoniste, planqué derrière la végétation. Le véhicule fait finalement demi-tour, et son conducteur énigmatique semble fuir la caméra. Il détache notre homme et le met à l’arrière de son automobile. Ses intentions sont-elles bonnes ou mauvaises ? Nous n’en dirons pas plus.

Les Animaux Anonymes rappelle La Planète des Singes par la relation intervertie entre l’homme et l’animal, mais évoque aussi l’univers si particulier de Yórgos Lanthimos avec son regard froid sur l’humanité. Il n’y a aucune trace de soleil dans le film. Tout est brumeux, humide et teinté de gris. Une ambiance lourde, rappelant celle des abattoirs, où tout espoir semble vain. Les Animaux Anonymes adopte une esthétique épurée, donnant une dimension quasi mockumentaire qui sert à merveille son propos. Le spectateur est propulsé à la place des animaux sans défense, traqués et chassés par l’homme. 

Il est désagréable et dérangeant d’être mis face à sa condition d’« espèce supérieure » à la violence arbitraire, banalisée et aveugle. Mais Baptiste Rouveure parvient à mettre en scène avec intelligence l’homme face à sa propre bêtise et son manque de respect total pour la faune et la flore environnantes. Le fait de ne pas avoir utilisé de dialogues, si ce n’est la propre langue de chacun des animaux – forcément incompréhensible, est également un élément clef permettant de mettre le spectateur dans la même position que les hommes. La caméra, privilégiant des plans serrés, capte les moindres signes de stress, de peur et d’incompréhension des humains face à leur destin funeste. 

Amer et cruel, Les Animaux Anonymes pêche cependant un peu du côté de son montage, volontairement abrupt, créant un ensemble de séquences courtes et macabres montées en alterné, et peuplées de coupes au noir trop nombreuses. On a parfois la sensation que le réalisateur a souhaité étirer un court métrage en longueur. Le film captive cependant par son propos et son traitement. Mais sa découpe en scénettes rend les trajectoires morbides des hommes redondantes. On a parfois même l’impression d’être face à un empilement de spots préventifs. Malgré ce défaut de forme, Les Animaux Anonymes reste une curiosité cinématographique dérangeante, mais fascinante.

Réalisé par Baptiste Rouveure. Avec Thierry Marcos, Aurélien Chilarski, Emilien Lavaut… France. 01h04. Genres : Fantastique, Epouvante horreur. Distributeur : Anonymous Animals. Sortie le 29 Septembre 2021.

Crédits Photo : © Anonymous Animals.

Camille écrit et réalise des courts métrages, et officie en tant que directrice de casting sur de nombreux projets. Après un passage chez Studio Ciné Live, Clap! Mag & Boum! Bang!, elle est rédactrice chez Les Écrans Terribles depuis 2018.

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