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Netflix & Sick

Notre rédactrice Camille Griner a évité une nouvelle fois le COVID, mais s’est retrouvée arrêtée suite à un combo malvenu d’angine/pharyngite. Elle a donc profité de sa convalescence isolée pour découvrir La Bulle de Judd Apatow et Apollo 10 ½ : Les Fusées de mon Enfance de Richard Linklater, tous deux sortis sur Netflix le 1er avril. Critiques à chaud entre deux quintes de toux.

Le cinéma, c’est sympa, mais ça présente tout de même des inconvénients en terme de contagiosité. Pour exemple me concernant, je suis certaine de l’identité de celui qui m’a refilé ce doublé angine/pharyngite. Une certitude d’autant plus fâcheuse puisqu’il s’agit d’un client absolument imblairable du cinéma dans lequel je travaille. Ce quinqua-con-facho visiblement bien pris à la gorge, pour qui le masque « plus obligatoire » signifie sa prohibition totale, m’a donc en toute détente craché au visage, pendant près de trente minutes, ses microbes et son indignation face au manque de films doublés en français dans les cinémas parisiens. Une dévalorisation et une absence de la VF en salles qui, selon cet énergumène fan autoproclamé des cinémas Mégarama, sont faites uniquement pour que « la racaille » – je cite – ne vienne plus dans les cinémas de la capitale. Maisouibiensûr. Étant en inter séance, mon erreur a été de retirer mon masque peu de temps avant son arrivée pour respirer un peu et d’avoir attendu 300 fatidiques secondes après le début de son blabla pour me le remettre sur le nez (entre temps, Imblairable-Man avait déjà eu le temps de me tousser deux fois dessus sans aucun geste barrière).

Après son départ, je me souviens avoir dit à mon collègue : « Si je tombe malade dans quarante-huit heures, je lui fais une balayette la prochaine fois qu’il passe la porte ». Et bien, je crois que j’ai été un basset hound – ou n’importe quel autre chien pisteur – dans une autre vie, puisque mon flair et mon intuition se sont révélés infaillibles. Deux jours plus tard, j’avais un Magyar à pointes dans la gorge et la tête aussi comprimée que des sardines dans une boîte. Suite à un rendez-vous médical durant lequel on m’a glissé, en même temps que mon arrêt de travail, qu’il était étonnant d’avoir demandé à voir un médecin avant d’être allée faire un test antigénique (j’avais oublié qu’à l’ère COVID, il fallait faire des tests à gogo mais pas spécialement consulter un docteur lorsque l’on ne se sentait pas bien, my bad), j’ai décidé de sauver ma fin de semaine au chaud devant Netflix et ses deux grosses sorties longs métrages du 1er avril. J’ai tout de même prêté mes narines à la pharmacienne pour un résultat négatif, qui signe la première fois que je contre l’adage « jamais deux sans trois ». On peut dire ce que l’on veut de Netflix, mais c’est au moins une activité où personne ne nous tousse dessus.

Après avoir avalé mes deux cachetons d’Amoxicilline, j’entame donc ma première soirée d’anginée-pharyngitée avec La Bulle de Judd Apatow. J’ai adoré The King Of Staten Island (2020), mais mes attentes pour ce nouveau projet étaient peut-être un peu trop grandes. Surfant sur la vague virale actuelle, le réalisateur américain nous catapulte durant la pandémie de COVID sur le tournage hollywoodien fictif d’une suite de film d’action peuplée de dinosaures volants et de personnages clichés. La Bulle suit les tribulations des acteurs, actrices et techniciens du projet, confinés dans un hôtel immense, et leurs galères multiples pour boucler ce futur navet. Après une première demie-heure qui laisse esquisser quelques légers sourires, La Bulle devient rapidement aussi difficile à déguster que ma soupe sans goût (passion nez bouché). Entre longueurs et abus de blagues dépassées sur les impacts de la période COVID-ienne pas encore derrière nous, le film et son humour gras se perdent rapidement en chemin. Le quinquagénaire «  pape de la comédie US » a perdu de sa superbe et de sa drôlerie, et l’on sent non sans peine la ringardise d’Apatow pointer le bout de son nez. Lourde et assez indigeste, cette comédie noire sonne-t-elle dans le même temps le déclin du réalisateur et le début d’un panel futur de projets médiocres sur la pandémie ? Difficile à dire. Je me suis consolée après cette désolation aux côtés de Michael Scott et Dwight Schrute de The Office avant de rejoindre Morphée.

Le lendemain, après avoir longuement galéré à couper ma frange seule (ne suivez jamais les tutos que vous pouvez trouver sur l’Internet à ce sujet), me voilà à nouveau lovée sous la couette, prête à décoller sur la Lune et dans les sixties aux côtés de Richard Linklater. Inspiré de la vie du cinéaste, Apollo 10 ½ : Les Fusées de mon Enfance retrace l’histoire du premier voyage sur la Lune en 1969, vécu du point de vue des astronautes et du centre de contrôle de mission, mais aussi à travers les yeux d’un enfant qui habite à Houston et a lui-même des rêves intergalactiques. Tourné en prises de vue réelles avant que les images ne soient animées par rotoscopie, ce film à hauteur d’enfant dresse le portrait touchant de la vie aux États-Unis dans les années 60, entre passage à l’âge adulte et soif de liberté, d’émancipation et d’ailleurs. Richard Linklater dénote une nouvelle fois son talent pour la sublimation d’instants quotidiens et éphémères. Efficace et séduisant, malgré une animation qui peut sembler étrange lors des premières séquences, Apollo 10 ½ : Les Fusées de mon Enfance condense tout le savoir-faire du réalisateur dans un film cocooning où la réalité et nos souvenirs d’enfant se perdent dans la buée de la fiction et de l’imagination. Une pépite revigorante, qui rendra même nostalgiques ceux qui, comme moi, ne sont pas nés dans les sixties. Comme quoi, le ratio ringardise n’augmente pas forcément avec l’âge (ouf !). Avec sept ans de plus au compteur qu’Apatow, Linklater parvient a contrario à se réinventer et expérimenter toujours plus son cinéma de façon toute personnelle. 

La Bulle. Réalisé par Judd Apatow. Avec Karen Gillan, Iris Apatow, Pedro Pascal… États-Unis. 02h06. Genre : Comédie. Sortie sur Netflix le 1er Avril 2022.

Apollo 10 ½ : Les Fusées de mon Enfance. Réalisé par Richard Linklater. Avec les voix de Zachary Levi, Jack Black, Glen Powell… États-Unis. 01h37. Genres : Animation, Aventure, Drame. Sortie sur Netflix le 1er Avril 2022.

Crédits Photo : Apollo 10 ½ : Les Fusées de mon Enfance © Netflix.

Camille écrit et réalise des courts métrages, et officie en tant que directrice de casting sur de nombreux projets. Passée par les rédactions de Studio Ciné Live, Clap! Mag & Boum! Bang!, elle est rédactrice chez Les Écrans Terribles depuis 2018.

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