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Off-Courts, 20ème / #4 / Programme corps et esprit

Eh bien coucou. Mes chers amis, quel honneur de vous retrouver pour ce quatrième papier ! C’est toujours signé Hugo, l’agent toujours double des Écrans très très Terribles, toujours en direct de Off-Courts, le Festival, oui oui, celui à Trouville ! 

Aaah Trouville… Trouville-sur-mer, Trouville-la-belle, Trouville City, « la grande tarte aux pommes » comme on l’appelle, la ville qui ne dort jamais ! Et ça tombe bien : quitte à ne pas dormir, autant voir quelques films pour se remuer les méninges, et boire quelques verres pour faire bosser un peu son foie aussi, c’te feignasse.

Le cerveau en ébullition

Au pied du lit (dès l’aube), je me sens doté d’une détermination farouche : aujourd’hui je compte bien rentabiliser ma journée à 200 %, quitte à en laisser ma santé s’il le faut (notez mon dévouement). Ainsi, après mes 6 heures d’une préparation matinale effrénée (comme chaque matin), je me dirige vers le Village, pour assister à ma première table ronde. Au programme : de la réflexion 100 % pur bœuf entre pro au sujet du montage et de son anticipation dès la phase d’écriture du scénario.

Des réalisateurs et des monteurs débattent sur la nécessité ou non de story-boarder la moindre ligne de scénario, parfois au détriment d’une certaine liberté sur le tournage… en effet cette manière de faire laisse une faible marge de manœuvre au monteur lors de son choix des plans ; elle oblige néanmoins le réalisateur, le directeur de la photo ainsi que le scripte (et bien sûr le monteur) à réfléchir ensemble, en amont, au montage. Les invités reviennent ensuite en détail sur la relation monteur/réalisateur, et comment établir une dynamique de travail efficace.

La deuxième table ronde à laquelle j’assiste, tout aussi passionnante, porte sur l’autoproduction. Comment définir un film auto-produit ? Cela dépend. Un film auto-produit a-t-il moins de visibilité en festival qu’un film produit ? Pas forcément. L’auto-production a-t-elle pour le réalisateur autant d’avantages, tels que la liberté de ne dépendre de l’avis d’aucune institution ni d’aucun producteur, que d’inconvénients, comme le fait de perdre beaucoup de temps et d’énergie pour au final avoir très peu d’argent ? La réponse : OUI tout à fait.


All inclusive,  Corina Schwingruber Ilić
© Off-Courts

Bon. Après ce doux massage des méninges, je décide de lever un peu le pied devant la vidéothèque du Marché du film. Mais vous le savez déjà… penser que la position de spectateur est de tout repos est d’une naïveté incroyable. Je reste en effet tout perplexe devant All inclusive de Corina Schwingruber Ilić, en compétition européenne. 

Ce court, rondement présenté dans le programme par la phrase « sous le charme du divertissement de masse en haute mer », est une sorte d’album photo dans lequel s’accumulent les images d’un paquebot archi-bondé. Le seul indice qui laisse penser que la caméra se place dans une position critique est un nuage de gaz d’échappement du paquebot, seulement visible pendant le générique ; et encore, ce signe est suffisamment discret pour que l’on se demande s’il est vraiment volontaire. Les images léchées, montées sur une musique entraînante nous feraient presque croire qu’il s’agit d’une pub (et une pub qui marche, qui attire). Et c’est précisément ce qui donne envie de se révolter, qu’une chose aussi aberrante qu’une croisière de luxe puisse encore nous séduire. Là où un autre réalisateur aurait appuyé le trait sur sa prise de position critique face au sujet, Corina Schwingruber Ilić ose une mise en scène qui manipule le spectateur. C’est sans doute là le génie du film.

Les sens en éveil

En fin d’après-midi, la projection Québec 1 me marque particulièrement. On me demande de voter et d’attribuer à chaque film une note entre 1 et 10 (à chaque séance, des personnes du public sont désignées au hasard pour choisir leurs films préférés). Exercice très difficile tant chaque proposition est radicalement différente. J’hésite même à refuser de leur attribuer une valeur numérique, mais je me prête finalement au jeu. Malgré tout, deux de ces propositions retiennent plus mon attention, car elles viennent chatouiller mes cinq sens, et j’aime bien ça, voilà, c’est comme ça.


Des infinies possibilités…
 Astres, Andrée-Anne Roussel
© Off-Courts

Dans Astres de Andrée-Anne Roussel, le personnage Hyo-Jin se voit remettre en question ses convictions scientifiques les plus profondes suite au décès de sa sœur. Le traitement du son et de la photo nous plonge dans l’intériorité du personnage et dans cet état d’éveil des sens si particulier que l’on peut parfois ressentir après un bouleversement émotionnel. Le film place l’art comme intersection possible entre religion et science. Il nous invite à toujours douter. Dans une magnifique scène finale, un lac aussi sombre que le cosmos, nous invite à plonger vers l’inconnu : la vie sur terre n’est qu’une des infinies possibilités de l’univers.


Mahalia melts in the rain, Carmine Pierre-Dufour et Emilie Mannering
© Off-Courts

Dans Mahalia melts in the rain (Carmine Pierre-Dufour et Emilie Mannering), Mahalia, petite fille noire de 9 ans, se « fait belle » selon les termes de sa mère : en clair, elle se fait lisser les cheveux. Une opération a priori anodine au salon de coiffure est ici montrée comme une violence faite à cette petite fille : bande-son bruyante, lumière oppressante, temps d’attente, agression du cuir chevelu… Et malgré tout, la pauvre petite se sent toujours mise à l’écart par rapport aux autres enfants (blancs). En plus, je la trouvais mieux avec les cheveux naturellement crépus. Come on Mahalia, tu peux te rebeller face à ta mère et tes fausses copines ! Pour moi c’est ok (notez de nouveau mon dévouement).


Et à l’intérieur, ça boit des coups en chuchotant …
© Hugo Bouillaud

Ouf, quelle journée ! Un détour à la projection extérieure SNCF Polar (où ça ? À la Guinguette bien  sûr, sinon c’est pas marrant !) (en vrai c’est assez cocasse parce que ça oblige les gens au bar à chuchoter)… et hop au dodo ! 

On se revoit demain ne vous inquiétez pas 🙂

Photo en Une © Hugo Bouillaud

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