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Notre année 2020

Phéline Leloir-Duault : « Par tous les moyens »

2020, tu m’en auras fait voir de toutes les couleurs ! Entre confinement, déconfinement, reconfinement, couvre-feu à 21h, 20h ou 18h, bref je ne sais plus où donner de la tête. Mes plannings de sorties ou de courses changent chaque semaine, j’ai fait tellement d’attestations que mon téléphone les pré-remplit automatiquement pour moi, je passe mes soirées dans ma cuisine à faire des bons petits plats quand avant je les passais au ciné ou dans les bars. 

Bref, 2020, tu n’es pas comme les autres, mais d’un point de vue culturel, qu’est-ce qui a réellement changé dans ma vie?

Déjà ma carte UGC Illimité n’est jamais autant restée au fond de mon portefeuille. Je suis typiquement du genre à arriver au cinéma en début de journée et à enchaîner les séances jusqu’au soir : un véritable marathon qui me permet de combler mon insatiable appétit du films.


Noyée sous l’actualité souvent anxiogène à cause de mes études de journalisme, le cinéma et les séries sont depuis longtemps ma planche de survie mentale, mon échappatoire quand le réel est trop pesant

Vous me direz : « Et les plateformes de VOD, le streaming, Netflix, etc. ? ». Oui, bien sûr ! Mais est-ce si agréable de s’enfermer chez soi sans pouvoir partager avec les autres ? Avec le confinement, les cinéphiles de tout poil se sont trouvés privés de leur dose quotidienne d’écrans, de fauteuils rouges et de popcorn. Mais vous allez me dire : « Oui enfin, chez moi, j’ai un vidéoprojecteur, je fais mes popcorns au micro-ondes et j’ai recouvert mon fauteuil préféré d’une couverture rouge ! ». Ok, très bien Timothée, on est ravis pour toi. 

Le cinéma se résume-t-il seulement à un film projeté, un fauteuil confortable et des confiseries hors de prix ? Aller au cinéma, c’est avant tout une expérience sociale. Même la personne qui vient seule et qui ne parle à personne se retrouve malgré elle embarquée dans une aventure collective ! Elle entend les rires, les soupirs ou les pleurs des autres spectateurs. Elle peut échanger des regards amusés, attendris ou agacés avec ses voisins, et écouter les commentaires à la fin de la séance. Le cinéma se vit à plusieurs, même lorsque les spectateurs ressentent l’expérience de manière individuelle. 


Confinés, les cinéphiles ont donc dû trouver une manière de poursuivre cette expérience collective en restant chez eux. C’est ainsi que sont nées les watch parties.

Avec des amis, on s’est retrouvés sur la plateforme Kast. Ensemble, on a retrouvé cette expérience commune de regarder un film ou une série à plusieurs, mais à distance. 

Sur Kast, on peut organiser une watch party : quelqu’un partage son écran pour projeter le film ou la série choisie et on peut commenter les événements tous ensemble dans une chatroom. Souvent à base de « ooooh c’est trop mignon <3 », « mais comment il peut dire ça ??? » ou « noooooon ce n’est pas possible !!! ». Parfois même, on fait un appel de groupe via WhatsApp histoire de vraiment commenter ensemble.

J’en vois déjà se crisper : oui, tous les films ou toutes les séries ne se prêtent pas à cet exercice. Loin de moi l’idée d’encourager les bavardages au cinéma, quand les salles rouvriront un jour ! Encore que…

Cette expérience m’a permis de redonner du sens à ma cinéphilie et à ma sériephilie. Je n’avais plus la sensation d’être seule derrière mon écran, j’étais entourée de plusieurs personnes qui partageaient la même expérience que moi. En plus, entre deux commentaires outrés sur l’intrigue, nous pouvions échanger des anecdotes sur les acteurs, commenter un décor ou un costume, discuter d’un choix scénaristique. Un enrichissement culturel qui accompagnait ces divertissements amicaux.

Pour autant, quand les cinémas ont rouvert, j’y étais presque tous les soirs.  J’y entraînais tous mes amis, presque de force, avec toujours cette même phrase : « Imagine si demain ça ferme, on ne pourra plus y retourner ! ». Une forme de chape de plomb permanente planait au-dessus de nos têtes. En septembre, on n’y croyait pas, en octobre c’est devenu directement plus concret. Le couvre-feu à 21h sonnait déjà comme une annonce de fermeture, mais nous nous accrochions à l’espoir. On sautait le dîner pour courir à la dernière séance, puis rentrer chez nous à 20h50 pétantes. 

Et depuis, pour recréer notre propre cinéma, on fait des soirées pyjama pour regarder et redécouvrir des films déjà vus. Récemment, j’ai revu Les Demoiselles de Rochefort, et c’est fou de voir combien un film vu et revu enfant peut vous marquer au point de connaître les musiques et dialogues par cœur. On s’échange nos références iconiques, on fait des rétrospectives de tous les films d’un même réalisateur. 

Catherine Deneuve et Françoise Dorléac dans « Les Demoiselles de Rochefort » © Getty / Sunset Boulevard

2020, c’est aussi l’année où j’ai enfin pris le temps de découvrir des séries cultes que je n’avais jamais vues. C’est ainsi que j’ai commencé (et toujours pas fini) Game of Thrones, grâce à un ami qui m’a forcé la main. Même chose pour Downton Abbey. 

Une découverte qui s’inscrit dans cette boulimie de culture qui a été 2020 : j’avais envie de toujours plus de films et de séries ! Découvrir de nouveaux univers, de nouveaux acteurs, de nouvelles histoires. 


Je pense honnêtement que 2020 a été l’année où je me suis autorisée le plus de découvertes.

Mais surtout en 2020, j’ai réalisé quelque chose. J’ai eu vingt-deux ans en novembre. Donc en 2010, j’allais sur mes douze ans. Un fossé de dix ans sépare ces deux années et quand je jette un regard en arrière, la Phéline de douze ans n’a rien à voir avec celle qui vient de souffler ses vingt-deux bougies (confinées). Sur plein de plans évidemment, mais surtout sur le plan cinématographique.

A douze ans, je regardais en boucle Harry Potter, les rares séries que je suivais étaient celles qui passaient le soir à la télé, et je n’imaginais pas que dix ans plus tard, je pourrais regarder le dernier épisode d’un show Netflix sur mon téléphone dans le train.

Clôturer dix ans de cinéphilie par une année confinée, c’est assez ironique.

Le cinéma a toujours été un refuge pour moi, comme les livres. Des univers où je m’évadais pour m’y plonger à corps perdu. Enfant, je pouvais regarder les dix mêmes cassettes Disney sans me lasser. Quelle ne fut pas ma surprise d’ailleurs quand j’ai découvert la vérité : ce n’était pas les seuls ! Imaginez donc quand j’ai découvert l’univers des séries à l’adolescence : celles qui passaient sur France 2 ou France 3 n’étaient pas les seules !

Les portes de la cinéphilie et de la sériephilie se sont ouvertes un peu tard chez moi, mais elles ne se sont jamais fermées.  Alors j’attends les dix prochaines années avec encore plus d’impatience : plus de films, plus de séries, plus de découvertes, que du bonheur !

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