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Séries

Riverdale : Archie Facho ?

Riverdale, le teen show à succès diffusé en France sur Netflix est un patchwork acidulé de références pop sur fond d’homicides. Si nous sommes prêts à accepter la vacuité et l’incohérence de ce plaisir coupable, le discours tissé derrière l’esthétique léchée est plus troublant.

Marie Ingouf et Fairouz M’Silti

Bienvenue à Riverdale, une jolie ville imaginaire où tout le monde est beau et où le sirop d’érable coule à flot. Pourtant, derrière la façade sucrée, les choses sont loin d’être aussi roses qu’elles n’y paraissent. Même Betty, l’archétype de la girl next door qui aide les vieilles dames à traverser la rue, dissimule de sombres secrets. Durant les 22 épisodes de la dernière saison, on déploie ainsi l’éventail des vices et des secrets honteux abrités sous les façades ombragées de cette ville si typiquement américaine qu’elle en devient mythologique. Vingt-deux épisodes c’est beaucoup, c’est neuf de plus que la première saison. Ce qui n’empêche pas l’inconsistance psychologique des personnages et la vacuité des péripéties, et provoque une impression désagréable de remplissage, voire même de bourrage. Une sorte de concept « zapping » narratif, où on se remet des tentatives de meurtre et des thérapies de reconversions homosexuelles en un claquement de doigts. 

Sauf qu’en plus de dépeindre des comportements sans aucune logique, le choix est fait de styliser à outrance la violence qui surgit derrière chaque milk shake dans cette bourgade pas si tranquille. Les scènes de passage à tabac et de règlements de compte, nombreuses, sont réalisées de manière sensationnaliste, voire sexy. Et la surenchère de la violence ne semble pas connaître de limite. On assiste même à une crucifixion – toujours sobre comme procédé… D’ailleurs, les conséquences de ces actes sont aussi erratiques que la psychologie des personnages : se faire massacrer par trente personnes assoiffées de vengeance ne provoque qu’un jour d’ITT et quelques petits pansements. Difficile de s’accrocher à une quelconque cohérence.

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Photo prise le 13 juillet 2017, Langley, BC, Canada. © Netflix / CW

A History of Violence

Et si on en revenait à l’interprétation mythologique de cette série qui raconte, en toile de fond, comment des colons se sont appropriés des terres et ont massacré ses premiers occupants, les Uktena ? Et si les tendances sociopathes qui jaillissent en chacun des personnages, si sains en apparence, étaient le fruit d’une malédiction ? Comme s’ils portaient en eux le péché originel. La question de la filiation (celle des familles et des clans) induit une généalogie du bien et du mal, qui est au centre du teen show. “Il y a de la noirceur en moi”, répète Betty. Parce qu’elle coule dans les veines des héros, leur part d’ombre se transmettrait de génération en génération. Une logique qui justifie tous les vices. Ainsi l’assassin assassine car ses ancêtres l’ont fait avant lui… Du gros méchant au petit pervers, on explique tout par l’héritage. Par conséquent, lorsque Betty a des scrupules – notamment après qu’elle livre son frère aux griffes d’un tueur psychopathe -, elle pense être fondamentalement mauvaise, au lieu de réfléchir aux motivations de son acte. La réponse que lui donne Cheryl, la cheerleader incendiaire, expédie le problème en moins de deux. “Tu es une bonne personne.” Les protagonistes n’évoluent pas, et s’ils sont ponctuellement agités par des remords, ils s’assurent, toujours, de surmonter leur mauvaise conscience. Car leur statut ou leur position sociale leur garantissent la rédemption. Comme si la case « gentil » avait été cochée au préalable, suivant les rôles qu’on leur avait assigné. Parce qu’ils s’en persuadent facilement, ils sont voués à demeurer les mêmes. Pour une série destinée aux ado, on relève l’étrangeté du parti pris. C’est là toute l’ambivalence de Riverdale, qui dépeint des personnages en proie aux doutes, sans la dimension perfectionniste qui va avec. Et qui montre l’étendue du manichéisme entre des héros qui demeureront toujours gentils, et des méchants qui le resteront toujours également : c’est écrit en eux. La contradiction entre noirceur et vertu de Betty est donc aussi vite désamorcée, puisqu’elle ne sert, au fond, qu’à ajouter une touche de tragique au show.

Make America Great Again

Et puis il y a Archie. On a beaucoup lu et entendu sur ce personnage médiocre et naïf, leader officieux de la bande d’amis. Archie, c’est d’abord le héros des comics, un étudiant banal, dont le geste le plus provocateur a été, un jour, de troquer son maillot de foot contre une guitare. Un brave type sans histoires, qui plait au filles, aime la musique et son père. Jusqu’à ce que ce dernier se fasse tirer dessus par un  homme cagoulé. Tout à coup, Archie Andrews s’arme d’une batte de baseball et surveille la maison. Puis enrôle les lycéens de la ville au sein d’une milice pour arpenter les rues. Sa mission ? Combattre le crime. On passe sur le moment où il devient l’homme de main de Hiram Lodge, le mafieux local, ou encore lorsqu’il s’emballe à l’idée de construire une prison à la place du lycée. Archie est versatile et manipulable. Un sympathique nigaud qui, tout à coup, déterminé à traquer un tueur, s’improvise justicier. Encagoulés eux aussi, torses nus en prenant des poses menaçantes, les vengeurs masqués du « Red Circle » rappellent que l’Amérique ultra protectionniste et hyper armée de Trump a encore de bons jours devant elle. En cela, le personnage d’Archie synchrétise à peu près tout ce qu’il se fait de pire dans un pays où l’on prône la justice par soi-même. Et où l’on considère de son devoir de se protéger, quitte à faire la loi comme on l’entend. Quand un revirement de situation rappelle l’adolescent à la raison (les mafieux, c’est pas si génial), on assiste, encore, au retour du gentil héros. Lui aussi est une bonne personne, nous murmure Cheryl à l’oreille… De ce flirt du côté de la sphère facho, on ne nous dira rien. À Riverdale, la fin justifie toujours les moyens.

Riverdale. Série créée par Roberto Aguirre-Sacasa d’après les personnages de Archie Comics. 2 saisons. Episodes de 42 à 47 mn. Diffusée depuis le 26 janvier 2017 sur Netflix. Avec : K.J. Apa; Lili Reinhart, Camila Mendes, Cole Sprouse, Marosil Nichols, Madelaine Petsch, Luke Perry…

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