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Séries Mania 2022 : Rencontre avec Pete Jackson, créateur de « The Birth of Daniel F. Harris »

Un OVNI s’est invité en compétition internationale 2022 de Séries Mania sans taper dans l’œil du jury, mais il est tout de même reparti avec le Prix du Public. Et pour cause : The Birth of Daniel F. Harris est une série très british dans son cadre mais éclatant largement les normes telle que sait le faire Channel 4. Même si elle va être programmée aux côtés de comédies et dure 30 minutes, elle ressemble plus à un drame aigre, humain et imparfait. Aucune star devant ou derrière la caméra, à peine une boîte de production qui a fait ses preuves pour la chaîne, Clerkenwell Films (Misfits, The End of the F***ing World) et une histoire tellement triste que d’aucuns souhaiteraient bien voir comment la France pourrait la vendre (NB : la série n’a toujours pas de diffuseur !). 

Daniel F. Harris est donc un quidam, pas le futur Président des États-Unis ou un remplaçant de Boris Johnson. Pourtant, la « naissance » évoquée dans le titre ne fait pas référence à l’accouchement, mais à l’éveil et l’existence de Daniel envers le monde extérieur. Après un accident de voiture ayant coûté la vie de sa mère, son père le parque dans une maison au milieu de nulle part et l’élève seul sans aucun contact humain. Daniel grandit avec la certitude que le monde grouille de monstres dangereux jusqu’à ses 18 ans où, après la mort de son père, il est recueilli par la famille de sa tante. C’est là où un lent et souvent loufoque processus d’adaptation sociale va commencer. Entrecoupé de flashbacks de Daniel enfant, la série bénéficie d’une interprétation remarquable et d’une écriture délicate signée du nouveau venu Pete Jackson. C’est l’une des deux propositions de la compétition proposant d’exploser le genre de la comédie dramatique en 30 minutes, aux côtés de The Baby (sur OCS à la fin du mois). The Birth of Daniel F. Harris, projet décapant, valait bien une rencontre en bonne et due forme.

Cette table ronde a été réalisée en présence de Julie Vincent (Lubie en Série) et Julien Lada (Cinématraque). Ce transcript reprend des morceaux choisis de la rencontre.

Vous êtes-vous inspirés de vrais faits divers pour la série, comme celui de Natascha Kampusch (une Autrichienne enlevée et séquestrée pendant 8 ans au début des années 2000, ndr) ? D’où vous est venue cette idée ?

Pete Jackson (créateur) : L’idée m’est venue bien après l’affaire Kampusch, même si j’étais très au fait de ces histoires-là. J’ai plus réfléchi à l’acte d’amour d’un père envers son fils, et des mondes bienveillants que l’on construit autour de nos enfants, tout en étant terrifiés à l’idée de les libérer et de les laisser affronter la réalité d’un monde tellement complexe. Le pitch venait de cet acte d’amour, et de l’idée qu’il puisse déraper ; puis j’ai imaginé qu’un père pourrait acheter une maison au milieu de nulle part et y élever son fils. Ce qui le rendait différent des faits divers est que les abus étaient vraiment au grand jour, et je me suis dit : et si la maison où Daniel avait grandi était un peu mieux et qu’il voulait y retourner ?

En termes de développement, c’est votre tout premier crédit en tant que scénariste. Est-ce que vous l’avez développé avec la société de production, ou est-ce que vous l’avez directement pitché à la chaîne ?

J’ai eu une réunion avec la responsable de la société de production Clerkenwell Films. J’ai brièvement évoqué quelque chose qu’elle n’a pas aimé, puis j’ai eu cette idée au retour de cette rencontre et je lui ai envoyé par e-mail. Dans les 48 heures suivantes, elle a pris mon synopsis, qu’elle a adoré, et l’a proposé à Channel 4, qui l’a acheté de suite. On avait donc une commande de scénario et un budget pour le développement. Tout ça était plutôt rapide pour de la télévision, où les choses ont tendance à prendre des années. Lee Mason, responsable des comédies pour la chaîne, a vivement défendu le projet, et BBC Studios s’y est associé assez rapidement. 

The Birth of Daniel F. Harris est présenté comme une comédie noire. Pourtant, on a du mal à distinguer la comédie pendant les trois épisodes. Est-ce qu’elle va être promue comme une série dramatique, ou un drame avec un côté léger ? Ce que traverse le personnage principal, socialement, est dur.

Très clairement. On n’aurait pas pu produire ce genre de séries avant aujourd’hui, parce qu’on amène un peu de cœur à une série dramatique qui aborde des sujets très difficiles. Et les penchants comiques de la série ne sont pas fondés sur des gags, mais juste sur des personnages qui restent eux-mêmes, sans avoir des pages entières de vannes, et des ados qui sont marrants ensemble. On ne sacrifie jamais les aspects plus difficiles de la série, qui sont très importants. Parfois, la comédie est mise en avant dans le mix, parfois elle est en retrait ! Si on commence à avoir des quotas de gags, on écrit de manière moins naturelle. 

Comment avez-vous travaillé avec votre acteur principal, Lewis Britten, afin qu’il puisse être spontané et n’en fasse pas trop ?

On savait dès le départ que le casting, surtout celui de Danny, serait de longue haleine. L’une des premières auditions qu’on a reçues était celle de Lewis, et on a su immédiatement qu’on tenait notre personnage principal. Et en lisant le scénario, lui aussi le savait (rires). Quand il auditionne pour d’autres séries, il se dit parfois que d’autres comédiens pourraient incarner ce rôle, mais il savait qu’il serait la bonne personne pour Danny. Il détenait toutes les qualités qu’on souhaitait pour le personnage. Alex Winckler, le réalisateur de la série, prête un regard très sensible sur les performances. Ils ont donc travaillé de concert pour que le résultat soit ce que vous voyez à l’écran. 

La série, qui est encore inédite sur Channel 4, n’a pas de noms connus au casting. Est-ce que vous avez évoqué avec la chaîne la meilleure façon de faire sa promotion sans trahir son identité ? 

En ce qui concerne le casting, les comédiens adultes sont phénoménaux, et très demandés. Mais c’est génial de pouvoir faire une série où le public ne va pas réaliser « Ah, c’est X que j’ai vu dans telle série », et de vraiment pouvoir représenter une vraie famille. Pour la promotion, je laisse la responsabilité aux équipes de la chaîne. C’est une série difficile à promouvoir, parce qu’il y a différents aspects et plusieurs surprises en stock. Le défi est de pouvoir choisir des extraits sans trop en révéler ou promouvoir la série pour ce qu’elle n’est pas. Je suis ravi que ce ne soit pas mon métier (rires).

Créée par Pete Jackson. Avec Lewis Gribben, Rory Keenan, Lisa McGrillis… Grande-Bretagne. 8 Épisodes x 30 Minutes. Genre : Comédie. La série n’a pas encore de distributeur français.

© Clerkenwell Films / Channel4.

Crédits Photo : © Clerkenwell Films / Channel4.

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