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Tulip Fever : Un tableau bancal

Après le drame historique Deux sœurs pour un roi (2008) ou encore le film biographique Mandela : Un long chemin vers la liberté (2013), le réalisateur Justin Chadwick revient dans les salles obscures aux commandes de Tulip Fever. Un drame romantique sur fond de tulipomanie qui – outre un casting cinq étoiles et une photographie léchée – tombe rapidement à plat. La faute à un scénario brouillon qui frise à plusieurs reprises l’invraisemblance.

L’an 1636, à Amsterdam. La ville est plongée dans une fièvre spéculative autour du commerce de la tulipe. Cornelis Sandvoort (Christoph Waltz), riche marchand, décide d’engager le prometteur portraitiste Jan Van Loos (Dane DeHaan) pour immortaliser la beauté de sa jeune femme Sophia (Alicia Vikander). Il ne se doute pas que son épouse va tomber rapidement sous le charme du peintre, et que le quotidien de la maison va s’en trouver chamboulé.

Alors oui, cette idylle entre Sophia et Jan n’est pas sans rappeler la relation entre la servante Griet et le peintre Johannes Vermeer dans La Jeune Fille à la perle (2003) de Peter Webber. Un drame qui, comme le dernier opus de Chadwick, trouve sa source dans un roman. En effet, La Jeune Fille à la perle est tiré du livre éponyme de Tracy Chevalier, tandis que Tulip Fever s’inspire quant à lui du Peintre des Vanités de Deborah Moggach. À ceci prêt que, après visionnage, le premier film nous apparaît bien plus fin que le second. Et pourtant, la trame historique de Tulip Fever est des plus intéressantes. Notamment la mise en lumière de la « tulipomanie », qui fut au XVIIe siècle le nom donné à l’engouement soudain pour les tulipes, qui entraîna l’augmentation démesurée puis l’effondrement successif des cours de l’oignon à tulipe. Pour info, lors de cette « crise de la tulipe », un bulbe pouvait se négocier pour un montant égal à dix fois le salaire annuel d’un artisan. S’ajoute à ce fond historique l’évocation logique de l’âge d’or de la peinture néerlandaise. Et cela passe à l’image par l’utilisation de sublimes décors et costumes, ainsi qu’une photographie maîtrisée qui parfait ce tableau d’époque. Tableau d’époque qui, lors du visionnage de la bande annonce, se fait des plus prometteurs avec Christoph Waltz, Alicia Vikander et Dane DeHaan (Life, Valerian et la Cité des mille planètes) en têtes d’affiche. Si leur justesse n’est aucunement remise en cause dans Tulip Fever, nous pointons du doigt les personnages eux-mêmes. Waltz se retrouve piégé dans les traits d’un mari cocufié dont la résilience frise le ridicule, tandis que DeHaan est limité au rang d’amant fougueux – tout élément biographique sur le peintre Van Loos étant passé à la trappe. Quant à Vikander, toujours aussi délicate, les aléas et attitudes de son personnage virent rapidement à l’invraisemblance. Une étrangeté que l’on retrouve au sein même du scénario. En effet, le film cumule bien trop rapidement une série de rebondissements, parfois peu convaincants, qui en deviennent loufoques à l’approche du dénouement final. Une demi-heure supplémentaire aurait été la bienvenue et aurait sans doute permis à Tulip Fever de gagner en justesse. Un festin visuel qui laisse sur sa faim.

Réalisé par Justin Chadwick. Avec Alicia Vikander, Dane DeHaan, Christoph Waltz… Etats-Unis, Angleterre. 1h47. Genres : Romance, Drame, Historique. En e-Cinéma le 12 juillet 2018.

Crédits Photo : © 2017 PROKINO Filmverleih GmbH.

Camille Griner

Touche-à-tout, Camille a écrit et réalisé plusieurs courts métrages, et tenu différents postes sur des projets courts (première assistante, chef opératrice, cadreuse, scripte, photographe de plateau). Elle officie également en tant que directrice de casting sur des courts et moyens métrages. En parallèle, elle écrit pour Les Ecrans Terribles et Boum! Bang!, photographie compulsivement tout ce qui l’entoure, et voue un culte inexplicable aux ratons laveurs, aux Clash et à la chèvre Djali dans Le Bossu de Notre Dame, entres autres.

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