Musique et Cinéma

Warren Ellis en huit bandes originales

Acolyte incontournable de Nick Cave depuis les années 1990, le musicien et compositeur australien Warren Ellis reste cependant moins connu, et pourtant tout aussi talentueux, que l’icône rock contemporaine à la voix barytone. Pour parer cette injustice de hype et célébrer la sortie de son nouvel album studio Carnage en collaboration avec Nick Cave, notre rédactrice Camille revient en toute subjectivité sur les meilleures bandes originales du cinquantenaire barbu multi instrumentiste, accompagné – ou non – de son copain Nick. Une œuvre à la source d’une foule d’émotions ! 

Avant toute chose, une biographie rapide du bonhomme s’impose afin d’apprécier d’autant plus la traversée de son univers. Warren Ellis voit le jour le 14 février 1965 sous le soleil de Ballarat en Australie. Violoniste avant tout (d’où la présence forte de cet instrument dans ses compositions), ce musicien discret joue également du piano, de la mandoline, de la guitare et du bouzouki. Il rencontre Nick Cave en 1993 et rejoint illico son groupe Nick Cave & The Bad Seeds au sein duquel il joue du violon. Ellis est aussi membre du groupe Dirty Three et a par ailleurs fait partie du groupe de rock Grinderman jusqu’à sa dissolution en 2011. Pour autant, depuis leur rencontre, Cave et Ellis ne se sont jamais quittés. En parallèle de leur groupe, le tandem a composé les bandes originales d’une quinzaine de films depuis 2005. Warren Ellis a également travaillé en solo sur des B.O. de courts métrages et de documentaires, ainsi que sur quatre longs métrages. Ça y est, te voilà fin prêt à embarquer pour un voyage sonore à travers les plus jolies compositions d’Ellis. Bonne écoute !

Song for Bob – composé avec Nick Cave – dans L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (2007) d’Andrew Dominik

C’est grâce à ce western que j’ai découvert la musique envoûtante de Cave et Ellis au cinéma. Et quelle merveille ! Pour les plus avertis, vous aurez sans doute remarqué que Nick Cave fait même une apparition dans l’une des scènes. Film à la tension dramatique pesante, L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford est sublimé par les notes puissamment mélancoliques et émotionnelles des deux musiciens. À l’unisson de la sublime photographie de Roger Deakins, cette partition est, somme toute, un chef d’œuvre. 

The Proposition #1 – composé avec Nick Cave – dans The Proposition (2005) de John Hillcoat

Après les avoir découvert dans L’Assassinat de Jesse James, je me suis penchée sur les travaux antérieurs des deux compères au cinéma. Et voilà que je tombe à nouveau sur un western. Première collaboration du duo australien, la bande originale de The Proposition, dont le scénario est signé Nick Cave, allie des cordes envoûtantes (indissociables des œuvres cinématographiques du tandem) à la voix suave de Cave pour un résultat lancinant. Une première partition à quatre mains qui leur vaut une poignée de statuettes dans les festivals d’Australie. Le courant est d’ailleurs si bien passé avec Hillcoat que Ellis et Cave vont travailler par la suite deux nouvelles fois avec le réalisateur.

Mama’s Room – composé avec Nick Cave – dans Comancheria (2016) de David Mackenzie

Pour ce western (encore un !) moderne aux multiples lectures, Nick Cave et Warren Ellis allient subtilement cordes, piano et ambiance folk country. Un cocktail qui accompagne merveilleusement la photographie solaire et la vision amère de la société contemporaine américaine dépeinte dans le film. Pour sa bande originale et son propos, je vous recommande Comancheria, un film non sans fausse note, mais tout de même une belle surprise de la rentrée 2016. Sa bande originale figure par ailleurs parmi mes favorites du tandem Ellis et Cave. 

Lale’s Theme dans Mustang (2015) de Deniz Gamze Ergüven

Tiens, tiens, tiens. Warren Ellis en solo sur une bande originale ? Voilà de quoi piquer ma curiosité à l’époque. Après visionnage (et écoute) de ce sublime film turc, on retrouve incontestablement la patte si touchante du barbu australien. Cette bande originale, véritable force narrative de Mustang, lui vaut d’autre part le César de la Meilleure Musique la même année. C’est ce travail en particulier qui m’a fait réaliser que le talent de Warren Ellis n’était probablement pas assez mis en lumière, contrairement à celui de son acolyte Nick Cave. Une différence de hype qui a fini par rendre plus “précieux” le travail d’Ellis à mes oreilles.

The Beach – composé avec Nick Cave – dans La Route (2009) de John Hillcoat

J’évoquais plus haut le fructueux trio Ellis/Cave/Hillcoat, et en voici la preuve auditive ! Avec son piano émouvant et ses cordes déchirantes, la bande originale de ce drame post-apocalyptique renforce la rudesse et la froideur des péripéties de Viggo Mortensen et Kodi Smit-McPhee. A noter que l’on retrouve les trois hommes dans Des Hommes Sans Loi en 2012, pour une collaboration toute aussi réussie, mais j’ai préféré mettre en avant ici le grand film visionnaire qu’est La Route parce qu’il m’a bien plus chamboulée. Vous prendrez bien un mouchoir ? Moi, oui. 

Far from Men – composé avec Nick Cave – dans Loin des hommes (2014) de David Oelhoffen

Tu as l’impression d’entendre le même genre de musique depuis tout à l’heure et cela ne te parle pas plus que ça ? OK, tu as le droit – même si je ne comprends pas ton cœur de pierre. Voici ceci dit une partition détonante avec le reste des compositions du tandem qui devrait te plaire. La bande originale de Loin des hommes est peut être la plus « organique » des partitions de Cave et Ellis. Si les cordes et le piano se retrouvent ici, la présence fragmentée d’accords de guitare électrique crée un sentiment d’immersion totale avec les paysages désertiques traversés par Reda Kateb et Viggo Mortensen.

Lacrimosa Song dans Django (2017) de Etienne Comar

Challenge de taille pour notre compositeur australien ! Pour les besoins du biopic Django, Ellis a du restituer et parachever Requiem à mes frères tsiganes, une partition perdue dont il ne subsiste que quelques bribes, composée à la mémoire du génocide des tziganes et interprétée une unique fois lors de la Libération en 1945. Le film relate trois années de vie du célèbre musicien Django Reinhardt, et notamment la composition de ce requiem qui est joué en épilogue. J’ai ajouté ce morceau à ma sélection parce que c’est un défi culotté relevé avec brio par Warren Ellis. Quant au film, il n’a malheureusement pour lui que sa bande son et son interprète principal.

Merahi Metua No Tehamana dans Gauguin – Voyage de Tahiti (2017) de Edouard Deluc

On se quitte en musique instrumentale (évidemment) avec l’émouvant morceau Merahi Metua No Tehamana, présent sur la bande originale du film français Gauguin – Voyage de Tahiti relatant l’exil du peintre en Polynésie française. Pour être tout à fait honnête avec vous, je n’ai pas vu le film, mais connaît sa bande originale. Il faudra que je remédie à cette lacune à l’occasion, histoire de. Tout ça pour dire que je ne cesserai jamais de m’émouvoir en écoutant les notes de Warren Ellis qui, comme bon nombre d’autres, me transportent (très) loin. Sa musique – et la musique en général – permet tant de voyages sensoriels et émotionnels qu’il fait bon vivre et revivre, surtout ces temps-ci. 

Crédits Photo : Warren Ellis © Tony Öhberg. 

Touche-à-tout, Camille a écrit et réalisé plusieurs courts métrages, et tenu différents postes sur des projets courts (première assistante, chef opératrice, cadreuse, scripte, photographe de plateau). Elle officie également en tant que directrice de casting sur des courts et moyens métrages. En parallèle, elle écrit pour Les Écrans Terribles et Boum! Bang!, photographie compulsivement tout ce qui l’entoure, et voue un culte inexplicable aux ratons laveurs et au groupe The Clash, entres autres.

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