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Close : Dhont et la grâce

Après le sublime mais polémique Girl (2018), Lukas Dhont était de retour sur la Croisette en mai dernier pour y présenter son deuxième film, Close. Reparti avec le Grand Prix, le jeune réalisateur belge livre un drame émouvant sur les tourments adolescents et l’amitié masculine.

Il est des films qui vous transpercent malgré vous, la sensibilité d’un cinéaste qui vous submerge et fait écho profondément en vous. Close fait partie de ceux-ci, de ceux qui vous font pleurer à chaudes larmes tant les émotions et les silences vous semblent familiers. Que nous ayons vécu ou non l’histoire qui nous est racontée, Lukas Dhont parvient une nouvelle fois brillamment à mettre en scène la difficulté d’être soi-même dans une société normée, avec les dégâts psychologiques que cela implique. À travers l’amitié fusionnelle entre Léo (Eden Dambrine) et Rémi (Gustav De Waele), 13 ans, le réalisateur dresse le portrait de cette nouvelle génération qui tend vers la libération totale de ces codes obsolètes, mais qui restent poursuivis par les diktats de l’indécrottable hétéronormativité. Presque frères et se vouant une admiration réciproque, les deux jeunes garçons partagent tout, de leurs jeux quotidiens, aux courses effrénées à travers les champs de fleurs, jusqu’à leur lit où ils aiment se chuchoter des histoires quand l’un d’eux ne trouve pas le sommeil. L’amour serait-il lié à cette amitié idyllique ? Close n’y répond jamais, et ce n’est de toute façon pas la question. Tout démarre ici à la rentrée en classe de sixième, qui va fissurer à jamais la profonde complicité entre Léo et Rémi. Des réflexions de ses camarades sur son « meilleur ami ++ », aux provocations et moqueries homophobes, il n’en faut pas plus à Léo pour mettre de côté son ami de toujours et se lancer dans la (re)conquête de sa masculinité pour être bien vu des garçons les plus populaires et virils de son collège. Sa proximité avec Rémi devient alors source d’embarras face aux regards des autres et Léo finit par se montrer distant, laissant son copain dans un chagrin et une incompréhension qui nous broient le cœur, jusqu’à la rupture totale. 

Close brille par sa pudeur et la sobriété de sa mise en scène, dont la photographie aussi somptueuse que lumineuse, offre un contrepoint malin à son propos sombre et brutal. Évitant la surenchère de séquences tire-larmes malgré une utilisation régulière de violons dans sa bande originale, le film, taiseux, subjugue par sa délicatesse et son minimalisme. Laissant la part belle aux regards et aux non-dits dans des plans souvent serrés sur ses protagonistes, Lukas Dhont livre un portrait lucide de la quête d’identité masculine à l’adolescence. Close signe également l’éclosion d’un jeune acteur époustouflant, Eden Dambrine, dont le regard azur vous hantera longtemps. La sincérité du cinéaste se ressent dans chaque séquence, déclenchant inéluctablement un flot d’émotions puissant qui nous traverse, telle une pensée noire dans laquelle on se morfond avant de trouver la force d’en tirer une leçon qui nous secoue autant qu’elle nous ravit. Ravis, on l’est en effet, d’une telle proposition sur l’adolescence contemporaine, mais aussi qu’un jeune réalisateur d’une petite trentaine d’années réussisse avec autant de grâce et de subtilité son deuxième projet, sacrant sa confirmation avec poésie. 

Réalisé par Lukas Dhont. Avec Eden Dambrine, Gustav De Waele, Emilie Dequenne, Léa Drucker… Belgique, France, Pays-Bas. 01h45. Genre : Drame. Distributeur : Diaphana Distribution. Grand Prix au Festival de Cannes 2022. Sortie le 1er Novembre 2022.

Crédits Photo : © Menuet/Diaphana Films/Topkapi Films/Versus Production.

Camille écrit et réalise des courts métrages, et officie en tant que directrice de casting sur de nombreux projets. Passée par les rédactions de Studio Ciné Live, Clap! Mag & Boum! Bang!, elle est rédactrice chez Les Écrans Terribles depuis 2018.

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