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Films

POISSONSEXE d’Olivier Babinet : une odyssée mélancomique

A l’heure où l’on n’a pas aperçu un poisson sur la côte Atlantique depuis deux ans, Daniel travaille dans un laboratoire afin de tenter de redonner aux poissons l’envie de copuler. Cette quête rejoint la sienne, celle d’un homme célibataire en mal d’enfant. Une comédie écologique et romantique, loufoque et touchante, mais un peu plate.

 « On y est jusqu’au cou, jusqu’au menton, jusqu’aux narines. Nous sommes noyés dans une mer pétrochimique d’œstrogènes ». Poissonsexe s’ouvre à la façon d’un documentaire animalier collapsologiste. La catastrophe naturelle constitue le fil rouge de ce long métrage, qui évolue au rythme de la géolocalisation de Miranda, la dernière baleine en vie. Poissonsexe se rapproche en ce sens des drames écologiques qui se multiplient sur les écrans, documentaires ou fictions, dont le très réussi Dark Waters de Todd Haynes est l’exemple le plus récent. Olivier Babinet (Robert Mitchum est mort, Swagger) ne cherche pas à éduquer son spectateur, qui ne connaît que trop bien la tragédie qui se joue dans les fonds marins. Il s’attache plutôt à décrire la détresse sous-marine afin de la lier à celle de son héros, Daniel. Ce dernier œuvre à la repopulation des océans, mais il est lui-même en proie à la solitude et ne demande qu’à avoir un enfant. L’une des premières scènes le montre dans sa maison au bord de l’eau, parachevant la décoration de la chambre de l’enfant qu’il s’apprêtait à accueillir, avant qu’on ne lui annonce qu’il ne pourra finalement pas en être le père adoptif.

India Hair et Gustave Kervern

Poissonsexe, voilà déjà un drôle de titre. On pourrait situer ce film quelque part entre les obsessions de Truffaut pour les avancées scientifiques sur le ton de l’enfance – Antoine Doinel construit des bateaux télécommandés dans Domicile conjugal – et la dystopie façon Black Mirror. Daniel partage avec Doinel une mine enfantine et une maladresse comique. Mais l’application « vie idéale » sur laquelle il cherche une compagne pour procréer semble plus proche de la série d’anticipation. Olivier Babinet dépeint sur le ton de la comédie les pérégrinations de son personnage dans ce non-lieu et ce non-temps qui ressemble à notre présent, mais pas tout à fait. Le personnage est en pleine crise existentielle, tout comme Lucie, désabusée, qui a fui la ville pour construire une vie meilleure au bord de l’eau, à Bellerose-sur-mer. Contre toute attente, un axolotl en forme de pénis baptisé Nietzsche va redonner de la vie et de l’espoir dans ce quotidien morose. « Mélancomique », Poissonsexe déploie un imaginaire touchant avec peu de moyens et réunit un casting haut en couleurs, avec notamment l’équipe de scientifiques qui murmure à l’oreille des poissons Adam et Eve afin de leur donner l’envie de se reproduire. Olivier Babinet s’inscrit dans cette généalogie de films initiés par Michel Gondry, Sébastien Betbeder ou parfois même Wes Anderson. Ces réalisateurs ont en commun le soin apporté à l’image, l’absurde des situations, l’errance de leurs personnages qui révèle une profonde mélancolie.

Les personnages sont embarqués dans des situations loufoques, presque fantastiques, comme Daniel, qui, au cours d’une nuit de tempête, sort de la route et dort dans sa voiture sur la plage, ivre après avoir avalé un flacon de parfum. Si le film est doté d’un véritable potentiel comique, celui-ci ne semble pas avoir été exploité à son maximum. Une impression de platitude parcourt un film dans lequel les interactions entre les personnages sont absurdes, parfois drôles, mais malgré tout un peu froides. Le casting n’en reste pas moins touchant, avec Gustave Kervern en roc maladroit à la mine triste et dont la personnalité « fleur bleue » lui est reprochée sa supérieure Eeva. Une boss glaciale mais adroitement interprétée par Ellen Dorrit Petersen. On est également agréablement surpris de retrouver Alexis Manenti du côté de la comédie, même si on souhaiterait le voir un peu plus longtemps à l’écran dans ce film.

Si l’on reste sur sa faim devant ce conte moral un peu simpliste, Olivier Babinet donne envie au spectateur de resserrer les liens avec ses voisins et de prendre le temps de partager une discussion au clair de lune. Parce que ce qu’Olivier Babinet raconte avec Poissonsexe, c’est une maladie contemporaine, celle d’un lien perdu. Une distance qui se creuse profondément entre des êtres pourtant proches à travers des écrans. Daniel et Lucie, à l’image de nombreux de leurs semblables souhaitent se partager l’un avec l’autre, se réchauffer avec des mots et une intimité physique. Pour cela, il suffit parfois de bousculer légèrement le quotidien, afin de le rendre plus beau.

Poissonsexe. Un film réalisé par Olivier Babinet. Avec :  Gustave Kervern, India Hair, Alexis Manenti… Nationalité : Français, Belge. Distribution France : Rezo Films . Durée : 1h29. Sortie en salles le 2 septembre 2020.

Crédits photographiques : © Rezo Films / Comme des Cinémas – Tarantula

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