Cinéma,  Films

Nomadland : On The Road

Troisième long métrage de Chloé Zhao, Nomadland fait parler de lui depuis quelques temps déjà puisqu’il a raflé un grand nombre de récompenses prestigieuses : le Lion d’Or à Venise, deux Golden Globes, quatre BAFTA et trois Oscars (rien que ça !). Un road-movie qui, en ces temps de pandémie, s’est taillé un chemin royal au sein d’une industrie fragilisée depuis de nombreux mois. Attendu de pied ferme en salles, Nomadland sera-t-il l’un des films majeurs de cette décennie ?

Après l’effondrement économique de la cité ouvrière du Nevada dans laquelle elle vivait, Fern (Frances McDormand) décide de prendre la route à bord de son van aménagé et d’adopter une vie de nomade des temps modernes, en rupture avec les standards de la société actuelle. Nous retrouvons dans Nomadland un motif cher à Chloé Zhao : celui de mettre en lumière des populations marginalisées. Son premier long métrage Les Chansons que mes frères m’ont apprises (2015) relatait la vie d’Amérindiens dans une réserve sioux du Dakota du Sud, tandis que son deuxième projet The Rider (2017) contait l’histoire d’une étoile montante du rodéo dont la carrière vacille après un tragique accident de cheval. Ici, la réalisatrice nous plonge dans le quotidien d’une soixantenaire qui a tout perdu (mari compris) lors de la crise économique de 2008, et décide de tout plaquer pour vivre sur la route. De petit boulot en petit boulot, Fern vit au rythme du goudron et des saisons, et croise sur son chemin des camarades et mentors l’accompagnant dans sa découverte des vastes étendues de l’Ouest américain. Camarades et mentors interprétés pour la plupart par de véritables nomades, à l’image de Linda Lay (dans son propre rôle), une vagabonde qui propose à notre héroïne de se rendre au Rubber Tramp Rendezvous, un grand rassemblement de nomades en Arizona.

La grande réussite du film réside dans l’authenticité de ses protagonistes, comme de ses propos. La dimension quasi documentaire de Nomadland nourrit et épaissit le récit (inspiré du livre Surviving America in the Twenty-First Century de Jessica Bruder paru en 2017). La réalisatrice nous plonge avec entrain, et rudesse parfois, dans le quotidien de cette communauté de seniors devenus précaires où chacun se croise, et se recroise parfois au détour d’une ère de stationnement. On est d’ailleurs surpris par l’extrême courtoisie de tous ces nomades. Politesse et solidarité sont les valeurs maîtresses de tous leurs liens sociaux. Chloé Zhao nous montre généreusement son amour pour l’Amérique d’aujourd’hui, ses décors somptueux et ses gueules cassées. Le regard doux et empathique de la réalisatrice d’origine chinoise sur son pays d’adoption et cette communauté marginale suinte à chaque plan. La caméra sublime les paysages désertiques et montagneux traversés par Fern tout au long de son périple, donnant à Nomadland une allure de western moderne. Un western moderne plein de tendresse et d’humanité, dont Frances McDormand est la colonne vertébrale. Méconnaissable, la comédienne apporte lumière et caractère à ce road-movie, permettant au film de ne jamais tomber dans un drame sombre. Une performance remarquable pour une actrice trop rare à l’écran. On se laisse bien volontiers embarquer sur la route aux côtés de Fern, et Nomadland livre un joli voyage, tout en sobriété et authenticité, qui donne forcément des envies d’évasion (et de périple en terre inconnue) en ce temps de pandémie. 

Grâce à son parcours en festivals, Nomadland est peu à peu entré dans l’histoire. Chloé Zhao a en effet rejoint le cercle prestigieux, mais malheureusement minime, des réalisatrices multiprimées. Elle est la seconde femme à recevoir l’Oscar de la Meilleure réalisatrice (la première étant Kathryn Bigelow pour Démineurs en 2010) et également la seconde à pouvoir brandir le Golden Globe de la Meilleure réalisation (après Barbra Streisand pour Yentl en 1984). Sacré coup double pour la réalisatrice chinoise. Après ce western contemporain, Chloé Zhao fait un grand écart et sera de retour dans les salles obscures fin 2021 aux commandes de The Eternals, vingt-sixième film des Studios Marvel. Nul doute que Chloé Zhao a fait une entrée fulgurante dans le cinéma indépendant américain et qu’elle n’a pas fini de faire parler d’elle !

Réalisé par Chloé Zhao. Avec Frances McDormand, David Strathairn, Gay DeForest… Etats-Unis. 01h48. Genre : Drame. Distributeur : The Walt Disney Company France. Sortie le 9 Juin 2021.

Crédits Photo : © Searchlight Pictures.

Touche-à-tout, Camille a écrit et réalisé plusieurs courts métrages, et tenu différents postes sur des projets courts (première assistante, chef opératrice, cadreuse, scripte, photographe de plateau). Elle officie également en tant que directrice de casting sur des courts et moyens métrages. En parallèle, elle écrit pour Les Écrans Terribles et Boum! Bang!, photographie compulsivement tout ce qui l’entoure, et voue un culte inexplicable aux ratons laveurs et au groupe The Clash, entres autres.

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